Coronavirus : n'y a-t-il "aucune hausse particulière" de la mortalité ?

Coronavirus : n'y a-t-il "aucune hausse particulière" de la mortalité ?

DÉCRYPTAGE - Une internaute tente de prouver par les données de l'Insee sur la mortalité en France qu'il n'y a "aucune hausse particulière" à cause du Covid-19. Une démonstration aux chiffres aussi trompeurs que la méthodologie.

Il n'y aurait que 4.345 décès en plus entre 2019 et 2020 pour la même période. Alors "où sont passés les morts du coronavirus?". C'est ce que se demande une internaute en commentaire d'une publication partagée ce mercredi 21 octobre. Vue plus de 1700 fois en moins de 24 heures, elle donne dans un tableau des chiffres présentés comme ceux "des décès du 1er janvier au 30 septembre" de chaque année depuis 2010. Ils sont comparés au nombre, surligné de vert, qui correspondrait à l'année 2020, à savoir 484.325.  On découvre alors une légère augmentation, mais aucune hausse alarmante.

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Des chiffres très loin de la réalité

Dans sa publication, les chiffres sont attribués à la seule source fiable : l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). De quoi conforter les lecteurs, qui y voient une preuve que "la deuxième vague n'existe que dans l'esprit du gouvernement" ou qu'il n'y a "vraiment pas de quoi fouetter un chat". 

Seulement, les chiffres donnés sont tous faux. Sans exception. Même le taux annuel de mortalité, qui est pourtant très simple à vérifier en ligne. Prenons l'exemple de l'année 2019. Selon les données encore provisoires de l'Insee, il y a eu 612.000 décès et non 625.373 comme il est écrit. Alors d'où vient ce fossé abyssal entre les informations officielles et celles publiées sur Facebook ? Interrogé par LCI, l'Institut esquisse une hypothèse. Ce tableau a probablement été réalisé "à partir du fichier nominatif des décès", qui sont eux aussi disponibles en ligne. Ces registres très complets recensent en effet les personnes décédées à partir des informations reçues des communes. Problème : volontairement ou non, la personne a compté le nombre de morts sans prendre en compte "la date à laquelle est survenu le décès. "Les calculs sont donc faux, pour 2020 mais aussi les autres années visiblement." 

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 Les erreurs sont encore plus flagrantes pour la période s'étalant de janvier à septembre. Interrogée par LCI, l'organisme public rappelle en effet qu'il y a eu très exactement 456.033 décès de janvier à septembre 2019. Et non pas 480.162 comme l'avance la publication. Et pour 2020, selon un bilan encore provisoire, il y en a eu 478.678 sur la même période. "Nous voyons donc bien une surmortalité en 2020 par rapport à 2019", comme le conclut l'institut. Et ce "y compris si on prend toute la période janvier-septembre".

Une démonstration erronée

Car si les chiffres sont faux, la démonstration l'est tout autant. L'Institut, qui a à charge la production, l'analyse et la publication des statistiques officielles dans le pays, rappelle ainsi auprès de LCI qu'une simple addition ne peut pas servir de conclusion. Il faut savoir interpréter les données. C'est d'ailleurs pour ça que, comme nous vous l'expliquions ici, l'Insee avait publié dès la mi-mai, un "mode d'emploi des données" pour décrypter ce sujet. Il faut en effet prendre plusieurs éléments en compte pour une telle analyse afin de neutraliser certains "effets", comme ceux d'une grippe saisonnière. 

Pour gommer ces évolutions, il faut ainsi prendre une période "référence". Pour mesurer la surmortalité liée à l'épidémie, l'organisme public préconise de "comparer les décès comptabilisés à partir du 1er mars 2020", date à laquelle le Covid-19 s'est réellement installé en France, "à ceux de 2019 ou de la moyenne 2015-2019". Une fois les bons chiffres et la bonne méthodologie, on découvre alors que la surmortalité toutes causes confondues est, à ce jour, de 32.667. Des chiffes qui se rapprochent malheureusement de ceux donnés par Santé publique France. Ce jeudi 22 octobre, la France enregistrait 34.048 victimes du Covid-19.

Preuve qu'il y a bien eu une surmortalité dans l'Hexagone, les statisticiens de l'Insee ont démontré en septembre que le coronavirus était l'événement le plus mortel des vingt dernières années en France. Dépassant largement la canicule de 2003.

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