Peut-on lier la mortalité du Covid-19 à la pauvreté ?

Peut-on lier la mortalité du Covid-19 à la pauvreté ?
Santé

Jean-Luc Mélenchon a expliqué que "la carte de la mort" correspondait à "la carte de la pauvreté et de la misère" dans le cadre de l'épidémie de Covid-19. Une affirmation partiellement vraie et qui mérite d'être nuancée.

Réunis à Châteauneuf-sur-Isère dans la Drôme pour leurs journées d'été, les militants de la France insoumise ont assisté ce dimanche matin au discours de clôture prononcé par Jean-Luc Mélenchon. Une intervention de plus d'une heure trente, durant laquelle le député a notamment fustigé les conséquences du capitalisme. 

Dans le contexte épidémique actuel, il n'a pas hésité à pointer du doigt des ponts avec nos modèles de sociétés. "Le Covid ne s'est pas propagé tout seul", a-t-il lancé, "il s'est propagé parce qu'il y avait la globalisation capitaliste. Non, le Covid n'a pas tué tant de monde par lui-même :  la carte de la mort est aussi la carte de la pauvreté et de la misère. Cette intersection a une signification politique." Peut-on ainsi lier mortalité et pauvreté ? LCI s'est penché sur les chiffres et les analyses des experts.

Pas d'évidence à l'échelle mondiale

Pour tenter de vérifier les propos du leader de la France insoumise, il est possible de comparer les pays les plus touchés à ceux qui sont aujourd'hui les plus pauvres du globe. Pour cela, on peut s'appuyer sur les décomptes qui présentent les pays affichant le plus de morts par million d'habitant, et tenter d'observer s'ils s'avèrent être également ceux où le PIB par habitant est le plus faible. 

À l'échelle mondiale, cette affirmation ne se traduit pas par les chiffres. Parmi les pays qui ont payé le plus lourd tribut à l'épidémie, on retrouve la Grande-Bretagne, l'Espagne, l'Italie, le Chili, mais aussi la Suède, le Brésil, les Etats-Unis ou encore le Mexique. Des pays globalement riches, qui ne figurent pas parmi ceux les plus défavorisés au monde. Parmi ces derniers, on peut citer le Liberia, le Niger, le Malawi ou le Mozambique, qui affichent de leur côté une mortalité faible voire très faible.

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Ces indicateurs ne sont pas d'une fiabilité parfaite, il faut le souligner, puisque la mortalité liée au Covid-19 dépend en partie de la capacité des différents état à identifier les cas et les causes de décès, mais il est indéniable que la majeure partie des pays les plus touchés par l'épidémie sont situés en Europe et sur le continent américain, où les niveaux de vie sont assez élevés, en comparaison notamment de l'Afrique ou de l'Asie du Sud-Est, moins touchés. 

Au sein même des populations, les pauvres souffrent plus

Cependant, si l'affirmation ne se vérifie pas sur le plan mondial, une série d'études met en évidence le fait qu'au sein d'une population d'un pays, les plus pauvres sont davantage exposés et susceptibles de développer des formes graves du Covid-19. C'est notamment ce qu'a montré Le Monde fin juillet, citant les travaux de "quatre économistes français".

Ces derniers ont en effet montré "que le Covid-19 tue d’abord, et de façon particulièrement importante, les plus modestes". Ils l'ont mise en évidence "en croisant les données de mortalité, le revenu des communes et les zones de déconfinement". Le résultat de leur travail, observe le quotidien, "est spectaculaire". Et pour cause :  ils ont dressé un parallèle entre "d’un côté, les trois quarts des communes du territoire français considérées comme les plus riches", qui "connaissent un excès moyen de mortalité, dû au Covid-19, de 50 % pour l’année 2020". De l’autre, "dans le quart des communes les plus pauvres, il atteint 88%".

"Ce n'est pas une grande nouveauté", expliquait déjà France Culture en avril. "Sociologiquement, on sait que les inégalités sociales se répercutent très fortement dans le domaine de la santé, et en France un peu plus qu'ailleurs. Nous sommes le pays où l'écart d'espérance de vie entre les 5% les plus riches et les 5% les plus pauvres est l'un des plus élevé d'Europe, avec un écart de 13 ans." La radio publique note que "le niveau de revenus définit le niveau d'exposition à la maladie", en raison d'un "accès aux soins, moins régulier", et "donc avec moins de possibilités de dépistage". En parallèle, "il a été montré que grandir dans un milieu défavorisé accentue l'exposition au stress, et cela a un impact sur la réponse immunitaire inflammatoire, nettement plus sollicitée." Un facteur de risque potentiel supplémentaire aux yeux des épidémiologistes. 

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Le dernier point rappelé par France Culture concerne les risques de comorbidité, "nettement plus élevés dans les milieux défavorisés : diabète, obésité, hypertension artérielle, autant de facteurs dont on sait qu'ils sont aggravants pour la Covid-19 et conduisent à développer des formes sévères, potentiellement mortelles". Ces constats, effectués en France, s'opèrent aussi à l'étranger. Que ce soit au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, la récolte et l'analyse de statistiques ethniques a permis de noter que les "Afro-Américains auraient deux fois plus de risques d'être contaminés, et surtout trois fois plus de risques de mourir de la Covid-19".

En conclusion, les propos de Jean-Luc Mélenchon méritent d'être précisés. Si les pays les plus pauvres du monde ne sont pas ceux où la mortalité est la plus forte, on constate néanmoins que le Covid-19 touche davantage les populations les plus pauvres au sein d'un même pays. L'épidémie peut ainsi être observée comme un révélateur des inégalités à l'échelle d'un territoire. 

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