"On est en face d'un mur" : dans les hôpitaux, des soignants racontent la deuxième vague

"On est en face d'un mur" : dans les hôpitaux, des soignants racontent la deuxième vague

TÉMOINS - Alors que la situation sanitaire se dégrade chaque jour un peu plus, dans les hôpitaux publics comme privés, les médecins sont à la tâche. Comment appréhendent-ils ce sursaut épidémique ?

"L'épidémie est hors de contrôle". C'est dans ces termes que les professeurs Jean-François Defraissy, Karine Lacombe et Eric Caumes ont qualifié ces dernières heures la vitesse de propagation du virus sur le territoire français. Alors que Santé Publique France a publié le chiffre de 52.000 cas positifs quotidiens, dimanche 25 octobre, Jean-François Delfraissy estime lui, que l'on se situerait plus autour de 100.000 cas. 

Dans les faits, cette hausse extrêmement brusque du nombre de cas quotidiens depuis quelques jours se traduit forcément par un nombre d'hospitalisations en hausse. Comment cela se passe-t-il dans les hôpitaux ? Cela dépend des régions mais la saturation pourrait être atteinte dès la semaine prochaine.

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Une épidémie "hors de contrôle"

Ce dimanche 25 octobre, c'est Karine Lacombe, cheffe de service des maladies infectieuses à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, qui a été la première à alerter : "l'épidémie est hors de contrôle". Sur LCI, elle s'est dite "très inquiète", "parce que les chiffres sont défavorables, on a de plus en plus, de façon très brutale, de personnes qui arrivent malades aux urgences, et qui passent en réanimation (...) On est en face d'un mur. On pensait à une marée mais il semblerait que ce soit une vague qui nous retombe dessus". 

D'ici une semaine ou deux, on va saturer complètement- Frédéric Adnet, Chef des urgences de l'hôpital Avicenne, à Bobigny

En région parisienne, et plus spécifiquement à Bobigny, "tous les lits de réanimation sont occupés par des patients Covid et non Covid". "On a un service de régulation en Ile-de-France pour centraliser les lits disponibles. Il en reste quelques-uns mais c'est sûr que sur cette lancée, d'ici une semaine ou deux, on va saturer complètement", explique Frédéric Adnet, chef des urgences à l'hôpital Avicenne à Bobigny. 

A Lariboisière, cela tient, pour le moment mais ce sont les bras qui manquent. "On est sur 60% de patients Covid en réanimation, à Lariboisière. La problématique c'est le nombre de lits ouverts mais sans le personnel autour", explique le docteur Anthony Chauvin, médecin aux urgences de cet hôpital. Quant à l'état des troupes, "le moral, c'est compliqué. On s'y remet, on est en train de voir comment on va pouvoir tenir ce marathon. On essaye de faire bloc mais c'est difficile (...)", dit-il. 

Physiquement, nous n'y arrivons plus parce que nous sommes en sous-effectif - Kamel Bouchou, médecin à l'hôpital du Gier et maire de Saint-Paul-en-Jarez

Si en région parisienne, la situation est tendue, dans la Loire, elle est critique. Kamel Bouchou, médecin à l'hôpital du Gier et maire de Saint-Paul-en-Jarez, explique que dans sa région, les hôpitaux font face à un "véritable tsunami de patients Covid". "On a dépassé notre pic par rapport à celui du mois de mars car actuellement nous sommes à 573 patients hospitalisés alors qu'on avait pas dépassé 490. Petit à petit, nous sommes obligés de fermer nos services, et physiquement nous n'y arrivons plus parce que nous sommes en sous-effectif (...) Et là on est au bout du rouleau, on y arrive plus du tout et c'est pourquoi on veut faire appel éventuellement à l'armée", dit-il. 

A l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, 122 patients atteints du Covid sont hospitalisés et plus aucun lit de réanimation n'est disponible. Les opérations non essentielles ont été déprogrammées et les personnels soignants, formés, redéployés dans les unités Covid. "On a pas encore annulé de congés annuels, et on fait appel au volontariat", explique Sandrine Bazin, cadre de santé en réanimation. Dix malades ont été transférés, la semaine dernière et cette semaine, de nouveaux transferts sont prévus vers Chambéry et la Nouvelle-Aquitaine.

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Pour le professeur Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation médicale et toxicologique de l'hôpital Lariboisière à Paris, "l'anticipation n'était pas optimale, néanmoins il faut garder espoir et ne pas céder à la panique et à la peur". Selon lui, "l'hôpital fera face et, on l'espère, pourra prendre en charge la totalité des patients, que ce soit pour le Covid ou pour les autres. Bien sûr nous avons besoin de moyens , nous avons besoin d'organisation mais nous sommes prêts à nous occuper de tous les patients à la hauteur des soins dont ils ont besoin", assure-t-il sur LCI. Une situation que nous confirme un médecin parisien, sous couvert d'anonymat :  "Ça s'aggrave mais ça fait un moment qu'on le dit (...) On a appris à anticiper encore plus donc ça nous donne un peu d'air", dit-il à LCI.

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