Où en est-on après un mois de déconfinement ?

De nombreux professionnels, et même des parents d'élèves réclament l'accélération du déconfinement. Ils militent pour que tout redémarre au plus vite.
Santé

BILAN - Baisse des malades, retour à l'école puis au collège, déplacements autorisés à 100 km puis sans limite... Depuis le 11 mai, la France sort peu à peu de son confinement, reprenant une vie quasi-normale. L'occasion de faire un état des lieux, un mois après.

Les mots ont leur importance. Dans son communiqué quotidien, la Direction générale de la Santé change de ton. Si elle appelle toujours à rester "vigilants et prudents dans notre vie quotidienne", notamment dans l'application des gestes et mesures barrières, elle ne décrit plus l'épidémie comme "toujours active et évolutive", comme elle le faisait le 11 mai dernier, et observe plutôt une "baisse régulière de la circulation". 

Une évolution sémantique, symbole d'un glissement, qui s'inscrit entre autres nombreux changements notables, un mois après le début du déconfinement. Entre les indicateurs sanitaires à la baisse, la reprise de la contestation sociale, les conséquences politiques et la reprise de la pollution, on fait le bilan.

Un bilan sanitaire positif

La phase "progressive et prudente" - ce sont les mots de la DGS - de sortie du confinement se traduit par "une évolution favorable de la situation épidémiologique sur notre territoire". C'est ainsi que l'institution résume la situation sanitaire en France, le mercredi 10 juin. Et pour cause, la multiplication des interactions sociales pose, inévitablement, la question de l'infection, et donc celle des données sanitaires. Pourtant, près d'un mois après le début du déconfinement, tout le monde semble avoir détourné son regard de ces indicateurs épidémiologiques de suivi. Alors qu'en est-il?

Les cas admis en réanimation sont en baisse continue depuis huit semaines, selon les chiffres du ministère de la Santé. Le nombre de personnes hospitalisées a été divisé par deux, passant de 22.284 le 11 mai à 11.678 ce 10 juin, dernier bilan disponible. Quant à l'évolution en 24 heures, elle est aussi en chute de 75% (130 nouvelles admissions contre 523 en mai). Même constat chez les cas les plus graves accueillis dans ce service. 933 malades "atteints d'une forme sévère de Covid-19" sont hospitalisés actuellement en "réa", selon le dernier bilan, contre 2712 il y a un mois. Les nouveaux cas graves admis sont, encore ici, divisés par quatre (23 contre 82). Deux indicateurs pertinents, et qui poussent à l'optimisme, puisque ce sont automatiquement eux qui influent sur le nombre de décès. Résultat : la DGS n'a pas recensé plus de 100 morts en hôpital en 24 heures depuis le 19 mai dernier. Pour rappel, les victimes décédées en Ehpad ne sont plus relevées de façon journalière. Entre autres arguments pour justifier le recul de la pandémie, Santé publique France relève que le port du masque est un réflexe particulièrement adopté. Plus d'un Français sur deux respecte cette consigne sanitaire (54%) contre près de 40% il y a trente jours. 

Si le virus tue toujours, les chiffres de la mortalité en lien avec le coronavirus ont été divisés par dix. Le 11 mai encore, 263 personnes succombaient au Covid-19 en 24 heures, contre 23 ce 10 juin. Encore plus parlant, tandis que la moyenne sur sept jours s'établissait à 206, elle n'a cessé de baisser, atteignant, un mois plus tard, la moyenne de 38 décès par jour dans les hôpitaux et dans les établissements sociaux et médicosociaux. 

De quoi pousser la DGS à évoquer une "baisse régulière de la circulation" du virus - à l'exception de Mayotte et de la Guyane -  "depuis plus de 8 semaines". En "baisse", et non pas à l'arrêt. Il continue en effet à circuler dans de nombreux territoires, comme le montrent les foyers épidémiques encore bien présents. En tout, 201 "clusters" sont apparus depuis le 9 mai, dont 77 ne sont plus actifs. Parmi eux, un peu plus d'un quart ont été observés dans la région Grand Est. Avec 43 foyers épidémiques signalés depuis le 11 mai, l'heure est à la précaution dans ce territoire, particulièrement touché. Encore ce mercredi, au cours d'une conférence de presse, le préfet de Meurthe-et-Moselle a sonné l'alerte, prévenant qu'il observait une "forte hausse des contaminations" dans le département depuis une semaine. 

Une gestion de crise qui n'a cessé d'évoluer

Preuve que ces indicateurs n'ont pas l'attention toute particulière de leurs débuts, la grande messe quotidienne du directeur général n'a plus lieu. Alors que le public s'était habitué aux points presse du numéro 2 de la Santé, ce dernier a été remplacé par un simple communiqué. Mais si Jérôme Salomon s'est peu à peu effacé, dès le 11 mai, les ministres ont adopté la stratégie radicalement inverse. Ils sont revenus en force sur le terrain, multipliant les apparitions dans les écoles, les chantiers, les transports, ... Une affluence après un moment d'absence qui n'est pas un cas à part.

Il s'agit ainsi de l'un des paradoxes de la crise sanitaire. Alors que la France avait cruellement besoin de de masques il y a un mois, cette denrée était réservée et ses prix explosaient. Et tandis que les territoires voulaient tester massivement, là aussi les laboratoires ont dû faire face à une pénurie de réactifs. Aujourd'hui, c'est tout le contraire. L'Hexagone est en capacité de fournir masques et tests. Sauf que la pandémie recule, provoquant un trop-plein. Les problèmes ont changé de camp. Un nouveau tournant dans la gestion de la crise sanitaire que devrait amorcer Emmanuel Macron lors de son allocution ce dimanche soir.  

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Masques : après la pénurie, le trop-plein

Le déconfinement rime bien avec un retour de la vie en société. Et il s'est accompagné en France d'un regain de la contestation sociale. Il y a un mois, parcs et jardins demeuraient encore fermés, poussant notamment les Parisiens sur des quais. A l'époque, les images de quelques rassemblements sporadiques créaient la polémique. Un mois après, ces débats semblent lointains. Si les Français ont profité de la reprise pour rattraper leurs coupes de cheveux faites maisons, ils sont aussi retournés massivement dans les magasins faire du shopping. Après avoir été le lieu de queues devant les magasins, les rues sont désormais le théâtre de la contestation. La population n'a pas attendu longtemps pour faire sa rentrée sociale. Malgré les interdictions de rassemblements de plus de dix personnes, des manifestations ont lieu à travers la France pour dénoncer les violences policières. Le personnel soignant a battu le pavé ce jeudi à Paris et devrait remettre ça mardi. Après avoir alerté sur le manque de moyens pendant des années, puis fait face à une pandémie inédite avec les moyens du bord, ce secteur veut aujourd'hui éviter un retour à "l'anormal". 

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C'est ce qui peut expliquer que, tandis que le bilan semble relativement bon, le président de la république et le gouvernement n'en profitent pas. Et voient leur cote de popularité chuter, selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio. Emmanuel Macron recule de sept points en un mois, atteignant 41% de satisfaction. Une chute brutale qui ressemble à celles observées pour les ministres en charge des secteurs qui souffrent le plus. Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, perd ainsi elle aussi sept points. C'est un point de moins que Gérald Darmanin, chargé de l'Action et des Comptes publics. Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, reste épargné (–3). Seul le Premier ministre trouve réellement grâce aux yeux des Français. La cote de confiance d'Edouard Philippe ne cesse  de grimper. Selon notre dernier baromètre Harris Interactive x Epoka, elle prend trois points pour atteindre 49%, loin devant le locataire de l'Elysée. C'est son plus haut niveau depuis l'été 2017.

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Si l'activité économique reprend, de façon encore trop lente selon Bruno Le Maire, le ministre ayant fait savoir ce 11 juin sur LCI qu'il souhaitait qu'elle "reprenne plus rapidement" et que "le retour au travail soit plus massif", toujours est-il qu'elle provoque d'ores et déjà un regain de la pollution. Dans l'agglomération parisienne, seule région surveillée par Air Parif, la baisse observée des concentrations de dioxyde d'azote "est passée de -25% pendant le confinement à -15% sur les 3 premières semaines de déconfinement". Selon un communiqué de cet organisme chargé de la surveillance de la qualité de l'air, il en va de même pour les particules fines. Elles ont aujourd'hui retrouvé leurs niveaux habituels. Un "retour à l'anormal" dont, là aussi, les Français se seraient bien passé. 

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