Coronavirus : où en est-on en Guyane et à Mayotte, seuls territoires à rester en "zone orange" ?

Des passagers d'un ferry à Mayotte.
Santé

OUTRE-MER - Emmanuel Macron l'a annoncé ce dimanche 14 juin, lors de son allocution : à l'exception de Mayotte et de la Guyane, toute la France passe en "vert". Quelle est la situation dans ces territoires, où le virus circule encore ? On fait le point.

Ils sont les deux seuls territoires en France à ne pas être totalement déconfinés et où le virus circule encore activement. A Mayotte et en Guyane, les indicateurs n'ont pas permis aux autorités de passer ces zones ultra-marines en "zone verte", comme partout ailleurs en France. Dans ce contexte, le second tour des élections municipales devrait malgré tout se tenir et ce, en dépit des appels à son report dans ces territoires. Et désormais, c'est vers les ARS et leurs gestions de la crise, que les regards se tournent. 

Un niveau élevé de circulation du virus, dans ces territoires

Santé Publique France indique dans son dernier bilan épidémiologique qu'à Mayotte le coronavirus continue de circuler à un niveau élevé. Quant à la Guyane, la circulation du virus s'intensifie et deux clusters avec diffusion communautaire ont été détectés. Mayotte comptait, vendredi 12 juin, 2.268 cas déclarés de Covid-19 cumulés depuis le début de l'épidémie pour une population officielle de 265.000 habitants, (400.000 officieusement, ndlr), 39 hospitalisations (dont 13 en réanimation), et 28 décès, selon les chiffres de l'ARS

La Guyane, de son côté, présentait ce dimanche 1255 cas pour 300.000 habitants dont 94 nouveaux cas, 3 décès et 60 hospitalisations. Dans son point épidémiologique hebdomadaire, l'antenne locale de Santé Publique France y dénombre 13 clusters actifs. "Neuf d’entre eux se situent dans les communes de Cayenne, Rémire-Montjoly, Matoury, Montsinéry-Tonnegrande, Kourou, Macouria et l’un d’entre eux est passé en "diffusion communautaire" ce qui est cohérent avec l’augmentation de la circulation virale". L'indice de contamination en Guyane atteint 2,95, ce qui indique qu'un malade contamine près de trois personnes en moyenne. A titre de comparaison dans l’Hexagone, au pic de l'épidémie, le record de cet indicateur se situait à 2,8.

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Quelles conséquences pour les élections municipales ?

Dans ce contexte, le confinement est donc toujours de mise, en Guyane. Un arrêté préfectoral datant de la semaine dernière a indiqué qu'il était interdit de circuler sans attestation dans seize communes du territoire du samedi soir jusqu’au lundi, 5h du matin. En d'autres termes, les Guyanais sont confinés comme avant le 11 mai. Une mesure visant à freiner la circulation du virus : selon le Dr Hatem Kallel, chef du service de réanimation du Centre Hospitalier de Cayenne, son service accueille "un à deux patients Covid-19 par jour en réanimation"

Une situation qui a poussé certains élus locaux à questionner la tenue du second tour des municipales qui se dérouleront le 28 juin prochain. Le président de la Collectivité territoriale de Guyane, Rodolphe Alexandre, a officiellement demandé jeudi 11 juin dernier au Premier ministre le report du second tour des municipales, suivant en cela les recommandations de son comité d'experts médicaux locaux. 

Il juge notamment "incohérent voire déraisonnable d'appeler les personnes concernées à se déplacer en masse pour aller voter, alors que nous n'avons de cesse dans le même temps de multiplier les appels à la population à limiter ses déplacements". "Il y a un risque certain à organiser un second tour en Guyane particulièrement sur l'île de Cayenne (Rémire, Matoury, Cayenne) où les cas ne cessent d'augmenter depuis 15 jours", a renchéri le sénateur LREM Antoine Karam à l'AFP. Début juin, le député (GDR) Gabriel Serville s'était déjà interrogé quant à "la pertinence du maintien du scrutin". La question "se pose", admet-on aussi au sein des autorités. 

A Mayotte, le député LR Mansour Kamardine s'était positionné, à l'inverse, pour le maintien du second tour. Il estime qu'il n’y a "aucune raison de décider d’un nouveau report", qui "serait largement incompris par l’opinion publique mahoraise et viendrait troubler une situation politique déjà tendue par les problématiques sociales, sécuritaires et migratoires". "De nombreux candidats aux élections ayant manifesté leur souhait d’achever le processus électoral, un éventuel report serait immanquablement interprété comme une manœuvre du gouvernement pour tenter de défendre des intérêts politiciens", affirme le député. De plus, il estime que "les organisateurs du scrutin sont parfaitement à même de faire respecter les consignes de sécurité sanitaire". 

La gestion de la crise par les ARS locales pointées du doigt

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Des associations de malades et usagers du système de santé demandent désormais à l'ARS de Mayotte de revoir sa gestion de la crise du Covid-19 à Mayotte. Dans une lettre adressée à Dominique Voynet, directrice de l'antenne locale, elles estiment que la communication est mal adaptée pour la population mahoraise, que le nombre de tests ainsi que les équipements de protection sont insuffisants pour les professionnels de santé, que le suivi des malades vient à manquer... Ce qu'elles souhaitent ? Une campagne de tests à grande échelle : "En métropole, ils ont tellement de tests qu’ils ne savent pas où les stocker. La Guyane et ses élus se sont mobilisés pour les avoir, ils ont multiplié le nombre de contaminés par 6. On est bien conscient que si on ne dépiste pas, on n'a pas le même nombre de cas", explique Joëlle Rastami, membre de l'URASS. 

Selon elles, une campagne grand public pour "inciter la population à se faire dépister, avec une communication vers le grand public réalisée avec des anthropologues connaissant les habitudes des Mahorais face aux maladies", ajoute l'Union régionale. Les associations réclament enfin "un suivi des patients qui ont été diagnostiqués positifs, y compris ceux qui ont été évacués à La Réunion. Il doit y avoir une préparation à l’après-épidémie et ses conséquences. C’est l'ARS qui doit être le chef d’orchestre de cette organisation-là", estime Joëlle Rastami. 

En Guyane non plus, la gestion sanitaire ne fait pas l'unanimité. Le député Gabriel Serville a ainsi fustigé la gestion de la crise par la préfecture et l'ARS. Sur Guyane la 1ère, il a ainsi déploré que "le préfet et la directrice de l'ARS n'ont pas été réellement en capacité de regarder en face ce qu'étaient les réalités de la Guyane pour pouvoir adapter notre stratégie ou notre tactique à cette réalité...".

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