5G, nanoparticules, "brevets" du Covid-19… Une vidéo virale multiplie les fake news

5G, nanoparticules, "brevets" du Covid-19… Une vidéo virale multiplie les fake news
Santé

Consultée plus d'un million de fois en l'espace de quelques jours, une vidéo conspirationniste multiplie les affirmations mensongères et trompeuses. LCI décortique en 5 points cette séquence de 8 minutes.

Visionnée plus de 1,3 million de fois depuis sa mise en ligne, une vidéo intitulée "A regarder d’urgence avant la censure : Institut Pasteur et Microsoft ont les brevets du Covid19" a suscité en quelques jours seulement un nombre impressionnant de réactions. En l'espace de 8 minutes, elle rassemble et combine une multitude de thèses en lien avec le Covid-19. 

A l'en croire, le virus serait, pèle-mêle, créé par l'Homme, faisant l'objet de brevets impliquant l'Institut Pasteur et Microsoft, mais aussi propice à un vaccin qui conduirait à tracer nos moindres déplacements via l'injection de nanoparticules dans notre corps. Sans parler du fait que le vaccin nous inoculerait le VIH. Des affirmations totalement fallacieuses qui méritent que l'on s'y attarde.

1) Le Covid-19 aurait été créé par l'Institut Pasteur et breveté

La vidéo indique notamment que le Covid-19 est "un coronavirus artificiel fabriqué en France par l'Institut Pasteur à partir du coronavirus naturel SARS-CoV". Il aurait été ensuite "transféré à Wuhan", où des scientifiques français de l'institut l'ont "délibérément relâché" à l'insu des autorités, assène le présentateur.

Cette thèse est loin d'être isolée, et renvoie aux multiples théories affirmant que le Covid-19 est une création humaine. Des discours récurrents que la communauté scientifique combat ardemment, et ce depuis les premières semaines de l'épidémie. Dès février, des chercheurs faisaient paraître dans la revue The Lancet une tribune dans laquelle, sur la base d'une dizaine d'études, ils certifiaient l'origine naturelle du virus. "Des scientifiques […] concluent massivement que ce coronavirus est originaire de la faune sauvage", écrivaient-ils notamment. 

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"La plupart des virus émergents viennent d'un réservoir animal", expliquait pour sa part à l'AFP le chercheur en virologie Etienne Simon-Lorière, de l'Institut Pasteur. "Si un scientifique, aussi génial soit-il, cherchait à 'créer' un virus, ce serait infiniment trop complexe car il s'agirait de créer quelque chose d'entièrement nouveau", ajoutait-il.

L'Institut Pasteur, régulièrement accusé d'avoir créé ce virus, a décidé en mars de déposer une série de plaintes. LCI revenait à l'époque sur les arguments avancés par les conspirationnistes, et auxquels les scientifiques avaient répondu point par point. 

2) Le vaccin va inoculer le VIH

Autre affirmation alarmante de la vidéo : il y aurait dans le vaccin qui s'apprête à être distribué "4 fragments du VIH1, qui donnent aux personnes vaccinées le syndrome du Sida et l'immunodéficience qui en résulte". Plus que surprenante au premier abord, cette assertion se révèle surtout complètement fausse. Elle se base sur une prépublication d'un article scientifique, rendue publique sans examen et validation par des pairs. Très largement critiquée et remise en cause, en raison notamment de biais méthodologiques, elle mettait en avant le fait que "de petits morceaux de la séquence génomique du VIH étaient identiques à des morceaux dans le SARS-CoV-2", résume Sciences et Avenir. 

Pour autant, "les morceaux identiques qu'ils ont trouvés sont beaucoup trop petits pour être significatifs", temporisait auprès du magazine Alexandre Hassanin, enseignant-chercheur à l'institut de Systématique, évolution, biodiversité (ISYEB) de Sorbonne Université et du Muséum national d'Histoire naturelle. "Il s'agit des tout petits morceaux de moins de 20 bases, sur un génome de 30.000 bases, et c'est des morceaux qu'on trouve aussi chez d'autres virus, pas seulement dans le VIH".

"Si l’on retrouve bien une séquence du VIH dans le génome du coronavirus SARS-CoV-2, cela ne veut pas dire que le second dérive du premier", ajoute l'Institut Pasteur. L'un de ses chercheurs, Etienne Simon-Lorière, explique en effet que "les séquences génétiques sont constituées par une suite de lettres. Si on examine une très courte série de lettres prises au hasard dans une séquence, elles peuvent ressembler à un petit fragment d’une autre séquence sans qu’il y ait un lien direct. De manière imagée, si on choisit un mot dans un livre et que ce mot est aussi trouvé dans un autre livre, cela ne veut pas dire que le premier livre a copié le second."

Assurer qu'un vaccin inocule le Sida est d'autant plus faux qu'à l'heure actuelle, aucun laboratoire n'est parvenu à le mettre au point. Des essais cliniques sont en cours, avec à chaque fois des versions différentes mises à l'étude. Parler d'un seul et unique vaccin qui serait ensuite distribué ou imposé à la population mondiale n'a donc aucun fondement. 

3) Un brevet de Microsoft prévoirait d'ajouter des nanoparticules au vaccin

Régulièrement ciblé par des théories du complot, Bill Gates est également mentionné dans la vidéo. Comme le souligne AFP Factuel, "le présentateur affirme d'entrée que le brevet W0 2020/060606 A1 déposé par Microsoft le 26 mars 2020, société 'créée entre autres par Bill Gates' permettra d’intégrer des nanoparticules à un éventuel vaccin contre le Covid-19."  Or, "ce fameux brevet déposé par Microsoft le 26 mars 2020, qui est disponible ici, ne traite ni de la 5G, ni des vaccins, ni des nanoparticules". Consultable en ligne, il "schématise un système de production de cryptomonnaie qui n'a aucun lien avec la vaccination ou le nouveau coronavirus". Rien à voir donc avec une quelconque technologie permettant d'injecter dans le corps humain des outils technologiques miniaturisés.

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Cette théorie tire très probablement son origine de projets de recherche qui visent à favoriser la couverture vaccinale des populations les plus pauvres. L'AFP note que des "chercheurs affirment effectivement avoir inventé des nanoparticules injectables sous la peau", créant comme une sorte de "tatouage" qui est "invisible à l’œil nu mais lisible avec des smartphones spéciaux" et une lumière proche de l'infra-rouge. Dès lors, une telle technologie permettrait "d'encoder son historique médical sur un patient".

Ces recherches, toujours en cours, ont attiré l'attention de la fondation gérée par Bill Gates et son épouse Melinda. Une fondation qui œuvre depuis plusieurs années dans le domaine de la santé et qui cherche notamment à favoriser la protection de population pauvres (en Afrique notamment) via des programmes de vaccination. Dans des pays où les habitants ne disposent pas nécessairement d'un carnet de santé ou de vaccination et ne sont pas toujours alphabétisés, disposer d'outils numériques pour contrôler des antécédents vaccinaux pourrait constituer une solution intéressante.

4) L'utilisation de la 5G pour suivre tous nos déplacements

Une fois les nanoparticules inoculées dans notre corps via le vaccin, les auteurs de la vidéo nous expliquent que nous pourrons être suivis à la trace par nos téléphones portables. Nos moindre faits et gestes seraient ainsi traqués. Pour y parvenir de manière encore plus efficace, les autorités pourront récolter des informations personnelles, indique le présentateur, "grâce aux nouveaux réseaux 5G"

Nous serions non seulement traqués à cause de notre portable, mais aussi par ceux de tous les gens que nous croiserions dans la rue. Ou même via les relais 5G, poursuit la vidéo, qui se trouvent "dans des compteurs électriques ou dans le mobilier urbain". Régulièrement incriminée par une série de théories du complot ces derniers mois, la technologie mobile est ici directement pointée du doigt comme outil de surveillance des masses.

Le chercheur américain Kevin McHugh, qui travaille sur ces projets de nanoparticules, a pourtant expliqué au site américain de vérification Factcheck.org qu'avec des tels outils, il n'existait "aucune possibilité de tracer les mouvements de quelqu'un". Et d'ajouter que "cette technologie est seulement capable de fournir des données très limitées de façon locale." D'ailleurs, pour qu'elles puissent être lues et analysées, "ces marques exigent d'être lues à une distance de moins de 30 cm".

5) Des références à des figures controversées

Il est intéressant, à la lumière des éléments présentés plus haut, de s'interroger sur les auteurs de cette vidéo et sur leurs références. Le présentateur, facilement reconnaissable à sa moustache, se nomme Frédéric Chaumont. Le site Conspiracy Watch, organe de presse en ligne "entièrement consacré à l’information sur le phénomène conspirationniste, le négationnisme et leurs manifestations actuelles", lui a consacré une page et souligne ses connivences avec un autre vidéaste, Serge Petitdemange.

Ce dernier, expliquait en 2018 Le Monde, a acquis "une certaine notoriété", après que ses théories ont été relayées dans le cadre du mouvement des Gilets Jaunes. Chaumont, quant à lui, a partagé de nombreux contenus aux accents conspirationnistes ces derniers mois via sa page Facebook. Il évoque notamment une "pandémie imaginaire" de Covid-19, ou des vaccins conçus pour nous "empoisonner". Des messages entrecoupés de soutiens à Donald Trump, d'une rhétorique anti-masques ou de dissertations sur l'influence des francs-maçons.

Pour apporter de la crédibilité à son discours, Frédéric Chaumont cite plusieurs "experts" ayant apporté leur "concours" à l'élaboration de la vidéo. Il évoque ainsi Jean-Bernard Fourtillan et Christian Tal Schaller, "deux personnalités connues pour leur activisme anti-vaccination et conspirationniste", comme le souligne Conspiracy Watch. Généralement présenté comme un expert en pharmacologie, le Pr Fourtillan apparaît notamment comme une figure controversée : il a été poursuivi en justice l'an passé pour avoir "conçu et testé des patchs sur des patients atteints de la maladie de Parkinson ou d'Alzheimer, sans autorisation préalable de l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM)", notait France 3. 

En conclusion, on peut donc observer que cette vidéo condense en moins de 10 minutes un nombre impressionnant de théories complotistes liées au Covid-19. Des affirmations étayées par des documents sans aucun rapport avec le sujet ou dont le sens est mal interprété. Sur Facebook, un avertissement apparaît d'ailleurs pour informer les internautes que la séquence qu'ils s'apprêtent à lire ou partager est trompeuse et diffuse des éléments trompeurs ou erronés. 

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