Contre un "apartheid vaccinal", Oxfam France demande la levée des brevets des vaccins anti-Covid

L'usine de Saint-Amand-les-Eaux de la multinationale britannique GSK.

ENTRETIEN - La prise de position de l’administration Biden au sujet des brevets de fabrication des vaccins contre le Covid pourrait provoquer un revirement de la part de la communauté internationale. Trois questions à Oxfam France, qui demande la levée des brevets depuis plus d’un an.

"Il s’agit d’une crise sanitaire mondiale et les circonstances extraordinaires de la pandémie du Covid-19 appellent à des mesures extraordinaires." Par ces mots de la représentante au Commerce Katherine Tai, la Maison Blanche a affiché publiquement son soutien mercredi 5 mai à une levée des brevets de fabrication des vaccins contre le Covid-19. Une décision forte de l’administration Biden, qui pourrait amener la communauté internationale à revoir sa position sur cette question. L’Union européenne a d’ailleurs esquissé ce jeudi matin un léger infléchissement en se disant "prête à discuter" de ce sujet et Emmanuel Macron s'est dit "tout à fait favorable" à la levée des brevets, tout en affichant sa préférence pour les dons de doses aux pays les plus démunis. Sandra Lhote-Fernandes, chargée de plaidoyer Santé chez Oxfam France, répond aux questions de LCI, après l’annonce américaine considérée comme "historique" par l’OMS. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

LCI : Comment accueillez-vous la prise de position de Washington ? Qu’attendez-vous désormais de la France ?

Sandra Lhote-Fernandes : Nous célébrons cette décision des États-Unis qui va enfin faire bouger les choses. Et on le voit. L’annonce américaine fait changer la donne car l’Union européenne parle de changer de position. Pour nous qui suivons cette question depuis des années, c’est un vrai moment historique que nous vivons là. Et nous demandons à la France d’être du bon côté de l’Histoire. Est-ce qu’elle va choisir de suivre la voie du président Biden, et de la Nouvelle-Zélande qui s’est aussi exprimée, ou est-ce qu’elle va continuer de soutenir aveuglément l’industrie pharmaceutique ? C’est cette question-là que nous posons à Emmanuel Macron et nous avons décidé de lancer un appel à tous les élus français pour qu’ils lui demandent de soutenir la levée des brevets. Le président a été l’un des premiers à se positionner en faveur d’un vaccin comme "bien public mondial". Mais si ce vaccin est protégé par des droits exclusifs liés à la propriété intellectuelle, il n’est pas de fait un bien public mondial. Emmanuel Macron ne peut pas se contenter de beaux discours, il faut aujourd’hui transformer l’essai et soutenir la levée des brevets. Nous appelons la France à défendre cette position au sein de l’Union européenne. Sa voix est attendue.

Concrètement, quelles sont les conséquences de ne pas lever les brevets de fabrication des vaccins ? 

Avant même que les vaccins aient été développés, nous appelions déjà à la levée de la propriété intellectuelle parce que nous avions pu remarquer que ces questions-là bloquaient certains pays à pouvoir s’équiper et à faire face à la pandémie. Ce fut notamment le cas des masques et des respirateurs. Depuis que ces vaccins ont été développés, on a pu voir un réel apartheid vaccinal se former avec des vaccins produits par un petit nombre de laboratoires pharmaceutiques, protégés par des brevets, qui étaient précommandés et réservés par les pays riches. Et cette situation est toujours la même au 6 mai : nous avons plus de 80% de doses administrées dans les pays riches, quand le continent africain représente moins de 2% des doses administrées aujourd’hui. Il y a donc un réel écart entre des pays riches qui avancent vers l’immunité collective et une couverture vaccinale assez importante et des pays pauvres qui ont encore beaucoup de peine à avoir accès aux doses de vaccin. La propriété intellectuelle est ici un obstacle juridique insensé en période de pandémie, qui limite artificiellement la production de vaccins quand on sait qu’il faut produire plus de 4 milliards de doses en une période record.

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Or, pour certains, et notamment pour le président des Entreprises du médicament Frédéric Collet, "la levée des brevets sur les vaccins ne réglerait pas le défi de la production de masse". Que répondez-vous ? 

Rappelez-vous, les mêmes arguments étaient avancés à propos des traitements antiviraux contre le Sida. Nous avions la même opposition des laboratoires pharmaceutiques sur les questions de propriété intellectuelle, qui veulent défendre leurs intérêts et maximiser leurs profits, ce qui a causé le décès de millions de personnes en Afrique. Selon des experts de l’OMS, avec qui nous avons des échanges quotidiens, il est faux de dire que toutes les capacités sont exploitées pour produire des vaccins. Il y a des producteurs de médicaments génériques dans les pays émergents et en développement qui pourraient participer à cet effort de guerre. 

Mais ce qui est vrai, c’est que si nous levons les brevets demain, il n’y aura pas une production de milliards de vaccins dans un mois. Il faut donc que les laboratoires jouent le jeu et contribuent à ce transfert de technologies. Il faut ce transfert de technologies et cette mutualisation des savoir-faire, mais il faut le faire très rapidement parce que nous avons un an pour vacciner l’ensemble de la planète. C’est ce que démontre notre étude menée auprès d’épidémiologistes du monde entier. Sinon, nous serons dans une impasse et laisserons les variants du virus se propager et défier l’efficacité des vaccins. C’est une course contre la montre dans laquelle tout le monde doit être mobilisé. 

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