Ischgl, la station de ski autrichienne au cœur de la propagation du coronavirus en Europe

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Coronavirus : la pandémie qui inquiète la planète

PROPAGATION - Selon les autorités sanitaires de plusieurs pays européens, des centaines de personnes contaminées par le coronavirus seraient liées à l'Autriche, et plus précisément à la station de ski d'Ischgl qui a longtemps refusé de fermer ses pistes... comme ses bars.

La ville ne compte que 1500 habitants. Pas de quoi l'empêcher de s'être transformée en un véritable nid à virus. C'est France 24 qui nous raconte l'histoire d'Ischgl. Derrière ce nom, une station de ski du Tyrol autrichien qui pourrait être l'un des principaux foyers de propagation du coronavirus en Europe. La raison ? Pendant bien trop longtemps, cette commune qui peut accueillir jusqu'à huit fois sa population en pleine saison a refusé de voir la réalité de l'épidémie en face. Et alors même que les pays voisins tiraient la sonnette d'alarme, l'activité a continué, laissant le coronavirus circuler, s'y développer. 

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Un super-spreader en pleine "Ibiza des Alpes"

Derrière ses airs de petit bourg alpin, la ville est connue pour sa vie nocturne et ses pistes prisées par une certaine "jet set". Des personnalités comme Paris Hilton ou Naomi Campbell y ont ainsi leurs habitudes. Surnommée "l'Ibiza des Alpes", il s'y déroule tout au long de la saison des soirées "d'après-ski", comme on les surnomme dans ces pays montagneux. Des fêtes qui réunissent beaucoup de monde, d'alcool et de serveurs jovials dans les bars, dont le très populaire "Kitzloch". C'est là qu'un salarié serait tombé malade, fin février, selon les informations publiées par les journaux locaux. A lui seul, ce barman de 36 ans aurait ensuite contaminé une quinzaine de clients et collègues. Un "super spreader", tel que décrit dans le jargon scientifique.

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Cette contamination massive s'expliquerait par le simple fait que le jeune homme travaillait dans un bar. Des lieux qui réunissent "les conditions idéales pour la propagation du coronavirus", expliquait récemment le virologue tyrolien Robert Zangerle. Interrogé par le quotidien autrichien Der Standard, il préconisait la fermeture de tous ces établissements, estimant que les autorités locales avaient "perdu un temps précieux". 

Dans ce pub en particulier, le risque de contagion était d'autant plus fort que les activités qui s'y déroulaient ne répondaient clairement pas aux recommandations sanitaires. Jan Pravsgaard Christensen, spécialiste des maladies infectieuses à l'Université de Copenhague, raconte ainsi auprès de CNN comment les clients "échangeaient leur salive" en jouant au beer-pong, jeu à boire prisé des jeunes fêtards. Côté serveurs, tous utilisaient le même sifflet pour "se frayer un chemin à travers la foule". Un comportement absolument pas adapté par temps d'épidémie. Afin de tirer les choses au clair, indique la BBC, les autorités autrichiennes ont annoncé lundi l'ouverture d'une enquête, qui doit permettre de déterminer si un cas a été dissimulé par la direction du "Kitzloch". 

De nombreux signaux d'alerte

Une décision sans doute bien trop tardive. Il faut dire que, depuis, cette station a été rattachée à des centaines de cas en Autriche, mais aussi dans au moins trois autres pays d'Europe. La Norvège, par exemple, a fait savoir vendredi 20 mars que la moitié de ses cas "Covid positifs" avaient été contractés à l'étranger. Sur les 1742 cas que comptait alors le royaume du Nord, 549 étaient liés à l'Autriche, soit trois fois plus que ceux en lien avec l'Italie, selon l'Institut norvégien de santé publique. Bien qu'un brin moindre, la situation est semblable au Danemark, où 298 cas sont associés à l'Autriche, ou en Allemagne, avec 300 contaminations proviendraient du pays voisin. Dans la ville d'Aalen, ce ne sont d'ailleurs plus les voyageurs venus de Chine ou d'Italie qui inquiètent mais bien ceux partis skier de l'autre côté de la frontière. 

En Islande, les autorités ont, dès le 5 mars, inscrit la station autrichienne sur la liste des zones à risque épidémique, au même rang que la Chine, la Corée du Sud, l'Italie ou l'Iran, déconseillant de s'y rendre. La veille, Reykjavik avait également communiqué un avertissement officiel aux Autrichiens et activé son système d'alerte précoce et de réaction (SAPR) qui permet, au niveau de l'UE, de signaler toute menace transfrontière grave sur la santé. en Europe. Mais rien n'y a fait. Le pub ne sera fermé que 10 mars et l'ensemble de la station deux jours plus tard. Pire encore, le 8 mars, soit quatre jours après l'alerte islandaise, les autorités autrichiennes expliquaient n'avoir "aucune raison de s'inquiéter". 

L'économie préférée à la santé

Et pour cause, l'accueil du public dans cette commune de la vallée de Paznaun et toute l'activité qu'il génère se révèle particulièrement lucratif. Avec 500.000 visiteurs chaque année, l'arrêt anticipé de la saison aurait eu de lourdes conséquences économiques. Werner Kurz, le maire d'Ischgl, faisait ainsi valoir auprès du journal allemand Der Spiegel que la fermeture était "une catastrophe" pour la ville. Et ce sans même un mea culpa quant à l'aspect sanitaire. "Nous avons appliqué toutes les réglementations en temps opportun", affirmait-il, sûr de son fait.

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Pour avoir privilégié l'économie et le tourisme au détriment de la santé publique, les autorités locales se retrouvent logiquement accusées d'avoir contribué à la propagation du virus. Et pire encore. Selon France 24, un anesthésiste de l'hôpital de Salzbourg, au nord ouest de l'Autriche, est lui aussi revenu contaminé de ses vacances dans la station, infectant par la suite une centaine de ses collègues, médecins, chirurgiens, infirmières... Des soignants tous placés en isolement préventif. De quoi priver le plus grand centre de soin de la région "d'une main d'œuvre critique", comme le souligne la chaîne d'information internationale. Signe qu'au-delà d'infecter ses voisins européens, l'Autriche s'est également tiré une balle dans le pied. 

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