Pas d'hospitalisation pour "75% des patients d'Ehpad" au pic de l'épidémie ? Un chiffre sans fondement

Pas d'hospitalisation pour "75% des patients d'Ehpad" au pic de l'épidémie ? Un chiffre sans fondement
Santé

À LA LOUPE – Le député du RN Sébastien Chenu a dénoncé sur LCI des failles dans la prise en charge des personnes âgées au plus fort de l'épidémie de Covid-19. Pour appuyer son propos, il a toutefois utilisé des chiffres douteux, contestés par les autorités et les représentants des Ehpad.

Des tacles tous azimuts... pas tous avérés. Invité sur le plateau de LCI jeudi matin, le député du Rassemblement national (RN) Sébastien Chenu a évoqué la gestion du Covid-19 lors des derniers mois, et pointé une série de défaillances. Il a notamment déploré un accès réduit aux soins pour les personnes âgées : "75% des patients d'Ehpad n'auraient pas été pris en charge en ce qui concerne l'hospitalisation et la réanimation", a-t-il lancé.

Une assertion qui interpelle et fait suite aux déclarations ces derniers jours d'Eric Ciotti, qui a assuré en marge de la commission d'enquête parlementaire sur la crise du coronavirus qu'une "forme de régulation […] sans le dire, a privé d'accès à l'hôpital des personnes âgées". Surprenant, le chiffre de 75% évoqué par Sébastien Chenu laisse perplexe les autorités de santé, qui le jugent sans fondement. Du côté des Ehpad, on n'hésite d'ailleurs pas à qualifier le discours du député RN de véritable "hérésie".

"Utilisation fallacieuse des données"

Sébastien Chenu, comme Eric Ciotti avant lui, a fait référence à des chiffres - provisoires - livrés devant la Commission d'enquête parlementaire et fournis par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS). Ils mettent notamment en avant, comme l'a souligné Le Monde, une plus faible part de séniors en réanimation alors que l'épidémie progressait. 

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Des données que l'on ne conteste pas au sein du ministère de la Santé, mais dont l'utilisation est jugée "fallacieuse". Au sein du cabinet du ministre Olivier Véran, on assure qu'en France, "les patients qui nécessitaient une hospitalisation en réanimation ont été pris en charge", quel que soit leur âge où la région dans laquelle ils se trouvaient. Les éléments fournis par la DGOS ne permettent toutefois à aucun moment de corroborer les propos de Sébastien Chenu, dont l'origine des chiffres qu'il a lancés reste mystérieuse.

"Le choix d'hospitalisation en réanimation procède toujours d'une analyse par les médecins qui suivent le patient et doivent évaluer les bénéfices et risques pour le malade", souligne encore le ministère. Un constat que dresse également Eric Maury, président de la Société de réanimation de langue française (SRLF). Ce dernier met en avant le fait que "les critères [d'admission] n'ont pas changé, par contre c'est la maladie qui a changé".

"Il sort ça d'où ?"

L'intervention de Sébastien Chenu a surpris la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa). Sa directrice, Annabelle Vêques, ne comprend pas comment le député peut avancer son chiffre de 75% : "Il le sort d'où ?", interroge-t-elle, plus que dubitative. 

"Il est vrai qu'au plus fort de la crise, dans certaines régions, il était parfois difficile de joindre le Samu. Pour les responsables d'Ehpad comme pour n'importe qui d'ailleurs ! Mais les personnes âgées ont été prises en charge correctement, dire le contraire revient à jeter l'opprobre sur les structures d'ailleurs et le système de santé." Annabelle Vêques le certifie : "Le critère d'âge, on ne l'a jamais vu. Croyez-moi, si jamais on avait eu connaissance de ça et qu'on l'avait constaté, on l'aurait immédiatement remonté et on ne l'aurait jamais laissé passer. Les soignants aussi se seraient offusqués." 

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Covid-19 : les Ehpad se préparent pour éviter une nouvelle vague

La directrice de la Fnadepa souligne enfin que, durant la crise sanitaire, "le ministère a mis en place assez rapidement des référents pour la gériatrie, vers le fin mars, le début avril. Des personnes joignables tout au long au long de la journée, avec des astreintes. La chaîne sanitaire s'est adaptée et plus d'une trentaine de protocoles ont été mis en place pour répondre à l'évolution de la situation".

Le "marathon" de la réanimation

Si le nombre d'admissions en réanimation a baissé chez les personnes les plus âgées, des médecins l'expliquent en grande partie par le fait que ces patients se montrent plus fragiles que d'autres plus jeunes. "Quand vous êtes ventilé pour un Covid, ça dure 2, 3, 4, 5, 6 semaines", rappelle Eric Maury, bien plus que les "4 ou 5 jours" souvent nécessaires dans le cadre d'une classique pneumonie. 

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Le président de la SRLF a indiqué qu'au début de l'épidémie, des patients de 75 ou 80 ans étaient fréquemment admis en réanimation, mais que le caractère très éprouvant de ces hospitalisations s'avérait compliqué à supporter. Les patients survivaient difficilement à ce que le spécialiste qualifie de "marathon", jugeant qu'il n'était bien souvent pas raisonnable de "proposer la réanimation" à des personnes déjà fragiles. 

Du côté des Ehpad, des autorités ou des professionnels de Santé, on observe donc aujourd'hui un front commun expliquant qu'aucun tri des patients n'a été mis en place. Des accusations graves qui vont continuer à être analysées par la commission d'enquête parlementaire sur le coronavirus. Quoi qu'il en soit, le chiffre avancé par Sébastien Chenu ne correspond à aucune réalité de terrain et ne s'appuie pas sur les rares données disponibles, fournies il y a quelques jours par la Direction générale de l’offre de soins.

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