Portiques de désinfection : que penser de ces dispositifs qui commencent à se multiplier ?

Les portiques de ce genre sont amenés à se multiplier dans les magasins et les administrations.

À l'entrée de magasins, de collectivités ou d'événements publics, des cabines ou portiques sont peu à peu mis en place, proposant des techniques de désinfection dans le cadre de l'épidémie de Covid-19. Si les techniques utilisés sont bien connues, leur efficacité reste difficile à démontrer.

Alors que l'épidémie de Covid-19 semble bien partie pour se prolonger, les contours d'une vie "avec le virus" se dessinent peu à peu. Dans les commerces, on cherche à protéger et rassurer les consommateurs, que ce soit par l'adoption de protocoles sanitaires précis ou avec l'adoption de nouveaux outils. C'est le cas du côté d'Aups, dans le Var, où le gérant d'un Intermarché a pris la décision d'installer un portique de désinfection à l'entrée de son magasin.

L'appareil ressemble aux portiques à franchir lors des contrôles de sécurité à l'aéroport, à ceci près que les détections de métaux sont ici remplacées par un scan du visage pour vérifier le port du masque, une distribution de gel hydroalcoolique et un procédé de désinfection. L'opération dure quelques secondes, comme en témoigne cette vidéo du fabricant.

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Des techniques bien connues

Comment fonctionnent ces machines ? Du côté de Saniboxx, l'entreprise qui a équipé l'Intermarché d'Aups, on indique que de la "brume sèche électrostatique attire les éléments en suspension dans l’air", tandis que "l’ozone et les UV ont un pouvoir oxydant sur les germes et virus, ce qui conduit à leur dégradation". Le cycle complet d'utilisation "n’excède pas les 7-8 secondes", précise le dirigeant de la société, Eric Peltier.

Pour s'assurer de la sécurité du dispositif, "nous avons fait appel au Docteur Alain Burr, chercheur au CNRS", ajoute-t-il. "Ses calculs ont permis de déterminer des temps d’exposition et par sécurité nous avons programmé nos portiques en dessous de ces valeurs." Pour ne prendre aucun risque, la durée d'exposition a été réduite par rapport aux seuils maximum tolérés, un choix assumé "quitte à ce que l'efficace soit un brin réduite". 

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Que sait-on des techniques utilisées avec ce portique ? "Elles sont bien connues et validées", note Dr Bruno Grandbastien, président de la Société française d'hygiène hospitalière (SF2H), mais "sans présence humaine". Les UV en particulier sont les plus utilisée, "notamment aux Etats-Unis où l'on s'en sert pour désinfecter des pièces, que ce soit des chambres à l'hôpital ou des blocs opératoires". Des études s'intéressant à "l’impact des UV sur le Covid-19 ont montré qu’il faut un minimum d’exposition de 5 à 6 minutes pour stériliser une surface contaminée par le Covid", précise pour sa part à LCI eu Nathan Clumeck, membre de l’Académie royale de médecine de Belgique et spécialiste des maladies infectieuses.

L'ozone, moins utilisé dans le domaine de la santé et moins étudié, s'avère néanmoins "mentionné dans des recommandations internationales", ajoute Bruno Grandbastien, "mais toujours hors présence humaine".

Une efficacité à prouver

Se réjouissant de l'installation de ces "portiques numérisés et intelligents 100% azuréens", Nice-Matin indiquait il y a quelques semaines que "la machine, entièrement numérisée et automatisée […] désinfecte la personne à 99%". Une affirmation modérée par Eric Peltier, le dirigeant de Saniboxx : "99%, dans la réalité on n'y arrivera jamais", tranche-t-il. "Ce sont des conditions de laboratoire, qui correspondraient à un type précis de vêtements, avec également un vent nul. Dans la réalité, les conditions d'expositions sont bien plus complexes, et c'est un discours que je tiens à tous nos clients." 

Facturé un peu moins de 16.000 euros, le portique est ainsi présenté comme "une solution complémentaire à ce qui existe déjà". D'ailleurs, "ce n'est pas un dispositif qui va soigner", fait remarquer Eric Peltier. "Si une personne arrive contaminée et passe dans la machine, puis enlève son masque et tousse, elle va risquer de propager le virus malgré tout." Modifiable à l'envie, le portique se veut adapté à différents usages, puisqu'un système de contrôle d'accès est envisagé pour les entreprises, tandis qu'un outil de comptage pourrait lui rendre service à des organisateurs de manifestations publiques.

Les personnes non symptomatiques peuvent transmettre le virus, même après un passage sous le portique- La Direction générale de la Santé

Faut-il voir dans ce dispositif une réponse intéressante dans un contexte de crise sanitaire comme celui que nous traversons ? Les autorités de santé, sur ce point, demeurent plus que prudentes. La Direction générale de la Santé (DGS) souligne que "les données scientifiques à ce jour ne sont pas suffisantes pour confirmer l’efficacité de ces procédés. De plus, un tel dispositif de 'portique' pourrait donner un sentiment de sécurité non fondé et inciter indirectement à relâcher l’attention des gestes barrière. Les personnes non symptomatiques peuvent transmettre le virus, même après un passage sous le portique."

La DGS renvoie par ailleurs vers les observations du Haut Conseil de la santé publique, qui a rendu le 7 juillet dernier un avis relatif à ces portiques. Le HCSP qui face au manque d'études approfondies se gardait de toute recommandations, et appelait à suivre au plus près les travaux menés sur le sujet. Une prudence de façade que comprendre Bruno Grandbastien, le président de la SF2H. "Nous n'avons pour l'heure pas d'idée de l'impact de ces actions sur la réduction des infections et de transmissions des micro-organismes", fait-il remarquer.

À titre personnel, utiliserait-il un tel portique en allant faire ses courses ? "Je pense que je ne contournerais pas, mais pour autant je ne suis pas sûr que cela me rassurerait par rapport à un quelconque risque. Si je devais y passer plusieurs fois par jour, je me poserais par ailleurs d'avantage de questions quant à son impact." Il rappelle à ce propos que la nocivité de l'ozone est encore aujourd'hui débattue, et que celle-ci pourrait être effective même sans que des seuils précis soit fixés. Des inconnues qui empêchent le spécialiste de certifier que de telles machines sont totalement sans risques.

La balance bénéfice risque interroge

Du côté de Saniboxx, on se réjouit des retours positifs de particuliers ayant expérimenté les portiques. Des installations qui peuvent avoir un côté rassurant lorsque l'on pénètre dans un magasin et qui contribuent sans nul doute à motiver des gérants à procéder à leur installation.

Dans le monde médical, on se montre plus réservé, à l'image de Bruno Grandbastien qui estime sans doute prématuré le déploiement de ces équipements. "Nous sommes en partie dans une démarche de communication", regrette-t-il. "On a vu le même type de débats avec l'eau de javel projetée dans les rues. Ça pose beaucoup de questions, notamment pour savoir si l'on dispose d'assez de recul sur les impacts et les risques." 

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Tout comme le HCSP, il attend des résultats d'études approfondies pour se prononcer sur l'utilité réelle du dispositif, et estime que l'on devrait "d'abord inciter à la prudence, sachant que la stratégie que l'on propose ici n'est en théorie pas exempte de tout risque". Une retenue d'autant plus justifiée à ses yeux "que l'on sait que nous avons des mesures dont on sait qu'elles sont très efficaces" Et de citer pêle-mêle, la distanciation physique, le fait d'éviter les rassemblements, le port du masque dans les espaces clos ou bien encore l'application des mesures "barrière".

En résumé, difficile donc aujourd'hui de conclure à une efficacité de ces portiques. Les techniques employées sont bien connues en matière de désinfection, mais elles ne sont d'ordinaire pas utilisées sur l'Homme, et pas dans des conditions aussi spécifiques (exposition courte, environnement soumis à de nombreuses contraintes). Si les risques pour la santé semblent en apparence très limités, les autorités sanitaires se refusent pour l'heure à préconiser l'usage de ces dispositifs et incite à surveiller de près les publications scientifiques qui permettraient d'obtenir d'avantage de recul sur l'utilité de telles installations. 

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