Coronavirus : pourquoi le Grand Est ne connaît pas de deuxième vague ?

Strasbourg, France
Santé

PAUSE - Alors que la situation sanitaire inquiète à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône, mais également en Ile-de-France, dans le Grand Est, les services de réanimation tournent au ralenti.

La progression de l'épidémie de Covid-19 se mesure d'abord en chiffres, et notamment par le biais des indicateurs que livrent quotidiennement l'Agence régionale de santé (ARS). Et dans le Grand Est, même si le nombre de cas positifs est important, notamment dans la Marne, force est de constater que l’activité dans les hôpitaux reste très mesurée et que les services de réanimation ne font pas face à une deuxième vague.

D'ailleurs, Strasbourg, qui est en zone rouge avec 94 cas pour 100.000 habitants, et qui concentre de nombreux bars et lieux de loisirs, ne devrait pas passer en alerte renforcée, car la circulation du virus reste malgré tout contenue. Et comme le souligne dans Lorraine Actu, le préfet de Meurthe-et-Moselle Arnaud Cochet, "en termes de progression de circulation du virus, le Grand Est est l’une des régions les moins touchées avec la Bretagne". 

L'Allemagne ne s'y est pas non plus trompée : car même si désormais la plupart des régions françaises sont pour elle à risque, la partie frontalière du Grand Est est pour le moment épargnée.

En dessous du seuil d'alerte

Ce qui se justifie, si l'on regarde dans le détail la situation épidémiologique. Sur la période du 21 au 27 septembre, le taux régional d’incidence s’élève à 39,4 nouveaux cas pour 100.000 habitants (contre 46,7 cas la semaine précédente), bien loin du taux observé au niveau national (103,8 nouveaux cas pour 100 000 habitants) et en dessous du seuil d'alerte de 50 cas pour 100 000 habitants. 

Au 27 septembre, la circulation virale diminue même dans la majorité des départements de la région par rapport à la semaine précédente : le taux d’incidence n'est en hausse que dans un seul département : l’Aube (37,1 cas pour 100 000 habitants), d'après les données de l'ARS Grand Est. 

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En fait, l’inquiétude provient surtout des métropoles, fortement peuplées. Ainsi, la plupart des clusters sont identifiés dans les grandes villes, dans des fêtes privées, des anniversaires ou des repas notamment. D’ailleurs le taux d’incidence s’envolait la semaine dernière à Reims, (avec 151,3 cas pour 100.000 habitants le 21 septembre) "mais la courbe tend à s'infléchir aujourd'hui avec 112 cas", avance auprès de LCI, le président de la région Jean Rottner. "La progression c'est surtout fait sentir chez les jeunes, liée à la rentrée universitaire, mais également à Sciences Po et dans les écoles de commerce", explique-t-il.

Ce que confirme à LCI l'épidémiologiste Michel Vernay, en charge du Grand-Est au sein de l'Agence Régionale de Santé : "C’est en effet une population jeune qui est majoritairement touchée jusqu’à présent, notamment des populations étudiantes sur les trois métropoles de Strasbourg, Nancy et Reims", dit-il.

Des malades (très) jeunes

C'est donc bien la jeunesse des cas qui pourrait expliquer cette absence de deuxième vague en septembre, "même si cela n'est pas corroboré scientifiquement", poursuit Michel Vernay. "Ce qui est sûr néanmoins c'est que c'est une population moins sensible aux complications, et sans symptômes pour beaucoup, ce qui expliquerait le faible impact de l’augmentation de leur nombre sur le système de soins". Ainsi, au 29 septembre, les nouvelles hospitalisations était en baisse par rapport à la semaine précédente avec 274 personnes contre 305. Le nombre de nouvelles admissions en réanimation et soins intensifs était lui en légère hausse, 35 contre 21.

Pour Jean Rottner, beaucoup de précautions ont par ailleurs été prises par les uns et les autres, notamment en matière de distanciation physique. "Et même si elles ne sont pas plus drastiques qu'ailleurs, en tout cas elles ne sont pas remises en question par la population. Et c'est probablement dû aux cicatrices qui restent. Nous avons tous perdu quelqu'un lors de la première vague", explique-t-il. Quant aux bars et restaurants, censés être plus à risques, pas de mesures particulières mais une certaine forme d'autorité. "Un bar qui ne respecte pas les règles sanitaires, il faut le fermer. Un point c'est tout", estime le président de région qui insiste sur le fait que "les préfets sont très vigilants là-dessus dans le Grand-Est". "Je suis plutôt pour ce genre d'initiative, car il y a une forme de révolte qui existe, et beaucoup d'incompréhension par rapport à des décisions qui sont prises", ajoute-t-il. 

La situation des personnes âgées est aussi en très nette amélioration, notamment dans les Ehpad même s’il y a encore des clusters dans certains établissements. "C'était le cas la semaine dernière à Mulhouse avec 9 personnes testées positives dans un Ehpad, dont un cas avéré. Mais il n'y a pas eu d'affolement. On gère les choses calmement, on isole. Et on a adopté des mesures plus strictes et plus réactives que par le passé", se félicite Jean Rottner. 

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"Il ne faut pas pour autant baisser la garde, et rester humble", poursuit Jean Rottner. En témoigne les mesures prises par la préfète de la région, Josiane Chevalier, avec par exemple la prolongation des arrêtés sur le port du masque en extérieur jusqu'au 15 octobre dans les 13 villes du Bas-Rhin de plus de 10.000 habitants. 

N'oublions pas qu'au plus fort de la crise, le nombre des admissions à l’hôpital pour Covid-19 dans le Grand-Est avait atteint un pic avec 3777 nouvelles hospitalisations, dont 648 en réanimation et soins intensifs (pour une capacité de 471 lits de réanimation en situation normale). 

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