Coronavirus : quel a été l'impact du confinement dans le recul de l'épidémie?

Coronavirus : quel a été l'impact du confinement dans le recul de l'épidémie?

EFFICACITÉ - Utilisant les courbes de l'épidémie, certains tentent de démontrer que les mesures sanitaires en France, et notamment ce deuxième confinement, n'ont pas eu d'effet sur le contrôle de l'épidémie. C'est un raccourci.

C'est un message d'espoir que celui lancé par les autorités sanitaires, vendredi 20 novembre. Et pourtant, certains trouvent déjà à y redire. Selon Santé publique France, le pic de la seconde vague de l'épidémie de coronavirus dans l'Hexagone semble avoir été franchi. Si l'agence sanitaire appelle cependant toujours à continuer d'appliquer les "mesures de prévention",  d'autres critiquent d'ores et déjà leur efficacité. Et les différentes consignes sanitaires.

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Une décrue arrivée trop vite?

Derrière son bureau, le professeur Didier Raoult a asséné en début de week-end que si le "nombre de cas est en train de s'effondrer à une vitesse étonnante" les "mesures sociales contraignantes" mises en place par le gouvernement n'y sont pour rien. Dans une vidéo publiée sur YouTube, le directeur de l'IHU Méditerranée lance qu'elles n'auraient en fait "pas eu d'effet sur le contrôle de l'épidémie". Des propos repris par des figures de l'extrême droite. Ex du Rassemblement national, Jean Messiha assurait sur Cnews ce lundi qu'il n'y a "aucune corrélation entre les mesures prises et la décrue de l'épidémie", quand l'ex-égérie du parti Marion Maréchal Le Pen tweetait : "L'efficacité du confinement ne repose sur aucune certitude scientifique". Mais aussi des membres de la société civile, comme l'auteur Alexandre Jardin qui relayait une chronique de LCI sur le sujet.

Le principal argument développé consiste à faire valoir que la décrue du Covid-19 est arrivée trop rapidement pour qu'elle soit le fait du confinement. Ces statistiques flatteuses auraient donc une origine naturelle. Prenons le cas des contaminations. De fait, le taux de positivité des tests a atteint son pic, 21%, en semaine 44, soit la semaine où a été annoncée le confinement. Idem pour le taux d'incidence, à son plus fort niveau le 2 novembre, à 499,6 cas positifs pour 100.000 habitants. On est là seulement cinq jours après l'annonce d'Emmanuel Macron de ce nouveau confinement. Et trois jours après son entrée en vigueur. Un délai effectivement trop court, étant donné que les spécialistes s'accordent à dire que les mesures ne sont visibles que deux semaines plus tard.

Idem pour les hospitalisations. Santé publique France note dans son dernier bulletin épidémiologique, publié jeudi 19 novembre, qu'après avoir augmenté pendant plusieurs semaines, les nouvelles hospitalisations ont diminué "pour la première fois en semaine 46", soit du 9 au 15 novembre. Et en réanimation, la France connaissait un pic le vendredi 13 novembre, avec 4487 personnes dans ce service. Soit deux semaines après le début du confinement. A titre de comparaison, il fallut 22 jours pour observer la bascule lors de la première vague. Ce recul a donc, dans les deux cas, une semaine ou plus d'avance. 

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Sauf que ce postulat oublie de prendre en compte toutes les mesures décidées auparavant par l'exécutif, justement pour endiguer l'épidémie sans recourir au confinement généralisé. On pense au couvre-feu, appliqué d'abord dans plusieurs métropoles, puis généralisé dans tout le pays. Mais aussi à un autre phénomène, non-gouvernemental celui-ci : les vacances de la Toussaint, qui ont démarré le 17 octobre. Deux événements qui semblent faire leur preuve aujourd'hui. C'est en tout cas ce qu'a relevé Dominique Costagliola. Epidémiologiste à l'Inserm, elle a estimé que la baisse des hospitalisations dans les hôpitaux était "le reflet de ce qu'il s'est passé il y a trois semaines", et notamment dans "les zones les plus à risque où des mesures avaient été prises". 

Même constat de l'agence sanitaire française, qui écrivait que "la temporalité" entre la mise en application des premières consignes "et l'inversion de la tendance une dizaine de jours plus tard, est en faveur d'un effet direct des mesures". Toutefois, l'agence souligne qu'il n'est pas encore possible "de mesurer l'impact des vacances de la Toussaint".

Plus de précautions, moins de contacts

Alors pourquoi le couvre-feu aurait-il eu un tel effet ? En fait, au-delà de limiter les interactions sociales, de nombreux experts s'accordent à dire que ce dispositif a fait changer les comportements. Et ce, même dans les métropoles qui n'étaient pas concernées. C'est ce que Santé publique appelle l'"effet de résonance". Le couvre-feu dans les huit métropoles aurait entrainé, avant même sa mise en œuvre ailleurs "une modification des comportements dans un périmètre plus large que celui ciblé". Une prise de conscience qui s'est rapidement traduite par une baisse des contacts. En semaine 46, et pour la "quatrième semaine consécutive", l'assurance maladie observait une "diminution du nombre moyen de personnes contacts par cas" positifs. Cet indicateur est passé de 5 au début de l'été à 1,6 début novembre

Cette période avant le confinement a également été marquée "par une communication sur la gravité de la situation", relève Santé publique France. Un discours plus alarmiste que celui qu'on entendait pendant l'été qui conduit l'agence à penser qu'il a "pu contribuer à ce phénomène" de désaccélération de l'épidémie. Une hypothèse corroborée par l'enquête de covidprev, qui suit l'évolution des comportements dans la population. Dès le 19 octobre, soit avant la mise en place du confinement, les quatre mesures d'hygiène recommandées par les pouvoirs publics (se laver régulièrement les mains ; saluer sans serrer la main et arrêter les embrassades ; tousser dans son coude ; utiliser un mouchoir à usage unique) étaient adoptées par plus de 37% de la population. A titre comparatif, en août, cette proportion avait chuté à 30.

Comme le montre la figure ci-dessus, cette communication autour de la reprise épidémique a donc eu un double effet. Aussi bien sur l'adoption des mesures barrières, "plus fréquemment adoptées au début du mois de novembre qu'en octobre" que sur la baisse des contacts. Si ces effets restent encore à être "mieux évalués dans les prochaines semaines", pour reprendre les termes de l'agence sanitaire, Philippe Amouyel se félicite d'ores et déjà de ces observations. Professeur de santé publique au CHU de Lille, il relève que c'est avec cet ensemble de mesures qu'on a "atteint l'objectif de refroidir l'épidémie". La recette est simple : "Que la population porte le masque, garde les distances, se lave les mains, aère. Et que le reste du temps, les gens soient chez eux. Quand on a ça, on a une réduction massive du virus." Une stratégie que certains chercheurs ont baptisé "la technique de l'emmental". 

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VIDEO - Déconfinement : les erreurs à ne pas reproduire

Tandis que le professeur Didier Raoult, qui assurait en mai dernier que l'épidémie était terminée, émet l'hypothèse d'une dynamique "naturelle" du virus, les experts interrogés la réfute. Ils préfèrent se féliciter des résultats et appellent à attendre des études sur le sujet. C'est notamment le cas d'Yves Coppieters. Si l'épidémiologiste note lui aussi que "de nombreux pays européens ont confiné au moment de leur pic de transmission", il pense que le confinement a tout de même "permis de confirmer la baisse et accélérer la tendance". Quant à savoir si, sans le confinement, la courbe aurait "naturellement baissé", ce professeur de santé publique de l'Université Libre de Bruxelles nous répond : "Oui, bien sûr". Avant de préciser : "Mais peut-être bien plus lentement". Car ici, il relève un aspect étonnant de cette deuxième vague, "la réduction très rapide des contaminations". "Donc soit c'est grâce aux mesures, soit il y a un élément qu'on ne connait pas encore."

Même appel à la patience du côté de Santé publique France, qui rappelle dans un communiqué que "l'impact du confinement ne peut pas être évalué du fait d'un délai trop réduit depuis sa mise en place". Rien ne permet donc à quiconque de conclure si tôt de l'efficacité de telle ou telle consigne.

Reste que, comme le relève Philippe Amouyel  auprès de LCI.fr, l'enjeu aujourd'hui est ailleurs. "Peu importe ce qu'il s'est passé, l'important, c'est que ça marche", note-t-il. Avant d'appeler au "pragmatisme". "Il faut stopper la propagation du virus. C'est ça l'objectif. C'est ça, le cap", répète-t-il, comme une évidence qu'on aurait oublié un peu trop vite. 

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