Coronavirus : pourquoi le taux de mortalité est-il si élevé en Seine-Saint-Denis ?

Coronavirus : pourquoi le taux de mortalité est-il si élevé en Seine-Saint-Denis ?
Santé

CRISE SANITAIRE - Alors que la vague épidémique liée au coronavirus continue sa progression en France, un département est particulièrement touché : la Seine-Saint-Denis. Le taux de mortalité y est en forte hausse. Explications.

En France, le coronavirus ne faiblit pas. Le pays vient de dépasser la barre des 10.000 morts, et le nombre de personnes admises en réanimation continue de progresser. Parmi toutes les zones gravement touchées, un département sort du lot : la Seine-Saint-Denis. Ce mardi, le président de la République était d'ailleurs en visite dans le département le plus pauvre de France métropolitaine.

Le nombre de décès y a d'ailleurs bondi de 63% entre le 21 et le 27 mars, un niveau "exceptionnel", soulignait la semaine dernière le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. À titre de comparaison, la hausse atteint 32% à Paris et 47% dans le département voisin du Val-d'Oise.

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À Bagnolet, commune de 35.000 habitants, le maire (PS) envisage même le pire. "Depuis 10 jours, nous sommes déjà dans le dur, et je pense que ce sera encore le cas durant quelques semaines", craint Tony Di Martino. Dans cette ville limitrophe à Paris, le nombre de morts est lui aussi en forte augmentation. "En mars 2019, nous comptabilisions 23 décès, il y en a eu 27 en mars 2020", regrette l'édile. Et les premiers chiffres du mois d'avril ne sont guère plus réjouissants : quand 4 décès avaient été enregistrés lors de la première semaine de 2019, le double a été atteint cette année.

Comment expliquer ce taux de mortalité ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces chiffres désastreux. En premier lieu, nombre d'habitants du département continuent d'aller travailler en raison de leur profession. Ce mardi matin, sur un quai de RER direction Paris, les équipes de TF1 ont pu rencontrer plusieurs d'entre eux, obligés de se rendre sur leur lieu de travail : les habitants travaillent notamment dans des maisons de retraite, dans des hôpitaux ou dans des crèches.

Autre raison, la très grande précarité du département et de ses habitants, dont certains logent à plusieurs dans de petits appartements. "Ils vivent à deux, trois, quatre voire cinq dans une même pièce", déplore le professeur Frédéric Adnet, chef de service des urgences de l'hôpital Avicenne de Bobigny. "La transmission du virus au sein d'une même famille est alors beaucoup plus facile."

En Seine-Saint-Denis, l'offre de soins est également largement insuffisante : il y a trois fois moins de médecins qu'à Paris, pour seulement 500.000 habitants de moins. "Ce sont des personnes qui sont mal soignées", regrette le docteur Nassera Jiar, médecin généraliste à Villepinte, qui a toujours exercé dans le département. "À la base, ils n'ont pas de médecins. S'ils sont atteints du coronavirus, ils sont éprouvés."

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Malgré les images de foule autour d'Emmanuel Macron ce mardi, il n'y a pas plus de relâchement des mesures de confinement en Seine-Saint-Denis qu'ailleurs en France. Les équipes de TF1 ont sillonné le département, et ont constaté que le confinement est globalement respecté. "C'est plutôt désert", avoue même Ludovic Bonnet du syndicat unité SGP Police-FO, en se baladant autour d'une place habituellement très fréquentée. "Dire qu'il y a plus de mortalité parce que le confinement n'est pas respecté, c'est certainement une récupération politicienne."

Pour faire face à cette surmortalité et au manque de moyens, quelque 300.000 masques de protection vont être distribués aux soignants, entreprises et associations humanitaires de la Seine-Saint-Denis, a annoncé la région Île-de-France. "Un plan d'équipement renforcé à destination" du département a été adopté "face à la situation de pénurie et dans un souci de ne pas laisser les fractures s'aggraver", a indiqué dans un communiqué sa présidente, Valérie Pécresse.

Ce mardi, la préfecture de Seine-Saint-Denis a également pris la décision de fermer tous les commerces entre 20 heures et 6 heures du matin, afin d'éviter les regroupements, alors que le coronavirus est toujours en circulation.

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