Fichier regroupant les données des vaccinés : un dispositif habituel pour un vaccin

Un fichier a été mis en place en France pour assurer le suivi de la vaccination. Qui a accès à ces données ? Sont-elles suffisamment bien protégées ? Notre équipe a pu visiter l’une des plateformes où ces informations sont stockées.

POLÉMIQUE EN VUE ? - Le fichier "SI Vaccin Covid" regroupera des informations sur les personnes vaccinées. De quoi soulever quelques inquiétudes sur le traçage des individus. Or, ce type de dispositif a déjà existé. En 2009, par exemple, une base semblable avait été mise en place pour la vaccination contre le grippe A H1N1.

À peine annoncé, déjà pointé du doigt. Un nouveau fichier, baptisé "SI Vaccin Covid", regroupant les informations personnelles des personnes vaccinées contre le coronavirus, a été créé par décret vendredi 25 décembre. Opérationnelle dès le 4 janvier, cette base de données, placée sous la responsabilité du ministère des Solidarités et la Santé et de la Caisse nationale d'assurance maladie, a pour finalités "la mise en œuvre, le suivi et le pilotage des campagnes vaccinales contre le Covid-19", alors que les premières doses du vaccin Pfizer-BioNTech ont été administrées dimanche 27 décembre en France. 

Ce dispositif contiendra à la fois des éléments concernant l'injection (modèle du vaccin, soignant l'ayant injecté, date et lieu de la vaccination...) et des données à caractère personnel du patient (nom, prénoms, sexe, âge, état de santé...). Ces informations regroupées en un seul fichier, réservé aux personnels de santé, doivent aider à "l'identification des personnes éligibles à la vaccination", "l'envoi de bons de vaccination", "l'enregistrement des informations relatives à la consultation préalable à la vaccination et l'organisation de la vaccination de ces personnes". Elles vont aussi permettre "l'envoi à la personne vaccinée d'un récapitulatif des informations relatives à la vaccination, établi par le professionnel de santé réalisant la vaccination ou par le personnel placé sous sa responsabilité", et si besoin, de la contacter "en cas d'apparition d'un risque nouveau"

Toute l'info sur

Covid-19 : la France fait-elle les bons choix face au virus ?

Les dernières infos sur l'épidémie et les mesures sanitaires
Il n'y a pas matière à s'inquiéter- Patrick Biecheler​, ​expert de l'industrie pharmaceutique

De quoi susciter des craintes parmi les Français sur leur utilisation, beaucoup craignant un fichage des personnes vaccinées ou une fuite dans la nature de leurs données personnelles. "Pour chaque vaccin que je fais depuis dix ans voire plus, on a le numéro du lot parce que, s'il arrivait un souci, il faut avoir une traçabilité et pouvoir remonter qui a eu quel vaccin, à quel moment. Il n'y a jamais eu de souci, donc on ne l'a pas utilisé dans ce sens-là, mais c'est quand même une sécurité absolue", rassure Richard Handschuh, médecin généraliste et membre du syndicat MG France, invité sur LCI ce mardi 29 décembre. 

"Ça permet également de suivre la couverture vaccinale et donc l'efficacité que l'on a à couvrir les populations fragiles. Donc, non, il n'y a pas matière à s'inquiéter", nous confirme Patrick Biecheler, expert de l'industrie pharmaceutique au cabinet conseils Roland Berger. "Je pense qu'effectivement, c'est un principe de bon sens, pratiquement, que de recueillir des informations et de pouvoir prévenir des patients en cas de nécessité." Accessibles aux soignants ayant pratiqué l'injection, aux médecins traitants des patients ou à la Caisse nationale d'assurance maladie, un pare-feu a été érigé pour les chercheurs notamment. Les données devront obligatoirement être anonymisées pour "assurer la confidentialité" des individus vaccinés.

Déjà utilisé pour la grippe A H1N1

"Lorsqu'on parle du fichage, on a l'impression, effectivement, de quelque chose de terrible. La pharmacovigilance, qui consiste, à faire le suivi d'un médicament et de pouvoir, en cas de problème, signaler ces problèmes à tous les patients et les médecins qui l'ont prescrit, existe depuis des années", assure l'expert de l'industrie pharmaceutique. "Ce qui se passe sur ce vaccin, ça n'est finalement pas très différent de ce qui se passe sur les médicaments d'une manière générale. Là, on le médiatise davantage."

"Il est fondamental d'avoir ces données. On a besoin d'aller vite, d'avoir une réactivité pour dire si ce vaccin protège de la transmissibilité du virus", a également estimé sur LCI le professeur Jean-François Timsit, chef du service de réanimation à l'hôpital Bichat. "Si on prouve, dans un ou deux mois, qu'on va casser l'épidémie et qu'en juin on sortira du tunnel, ce sera formidable. Ce n'est pas dramatique d'avoir un fichier de plus dans ce domaine."

Lire aussi

Ce type de dispositif est habituel lors de la mise sur le marché d'un vaccin. Pour preuve, pas plus loin qu'en 2009, la Caisse nationale de l'assurance maladie avait été autorisée à mettre en œuvre un fichier appelé "gestion et suivi des vaccinations contre la grippe A H1N1". Il avait pour objectif "l'organisation de la vaccination, et notamment l'édition de lettres d'invitation et de bons de vaccination", "la gestion et le suivi des vaccinations, la contribution à la pharmacovigilance et la production de statistiques". Selon le décret n°2009-1273 du 22 octobre 2009, cette base regroupait ainsi des informations identiques au fichier "SI Vaccin Covid", à savoir "les données d'identification" du patient et les données relatives à la vaccination. 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Masques en tissu à éviter, 2 m de distanciation... Les nouvelles recommandations face aux variants du Covid-19

EN DIRECT - Covid : l'Allemagne durcit et prolonge ses restrictions jusqu'à mi-février

Investiture de Joe Biden : le FBI craint une menace venant de la Garde nationale

Au crépuscule de son mandat, Donald Trump s’apprête à accorder 100 grâces présidentielles

Donald Trump quitte la Maison-Blanche avec un record d'impopularité

Lire et commenter