Le calvaire de ces jeunes qui ont attrapé le Covid-19 et en souffrent encore

Le coronavirus peut laisser des séquelles y compris chez les personnes jeunes. Des troubles surtout du cœur ou des poumons avec des conséquences pour la vie quotidienne. Nous avons rencontré une femme qui en souffre depuis des mois.
Santé

TÉMOIGNAGES - Ils ont trente ans, parfois moins, mais malgré leur bonne hygiène de vie et leur santé jusqu'alors au beau fixe, souffrent encore des symptômes du Covid-19 quatre mois après l'avoir contracté.

Ils sont jeunes, sportifs, en bonne santé... Et souffrent encore des effets du Covid-19 quatre mois après avoir contracté la maladie. "J’étais la première à penser qu’il s’agissait d’une simple grippe, que ça passerait en quelques jours", nous confie Isabelle Fabre, 33 ans. Cette vidéaste et influenceuse dans le monde du sport, habituée à crapahuter dans les montagnes sur son VTT une caméra dans le dos, ne peut aujourd'hui plus grimper les escaliers sans avoir le souffle coupé. 

Les symptômes, apparus autour du 20 mars, continuent de bouleverser son quotidien. "Aucun médecin, pneumologue, neurologue, ne sait combien de temps ça va durer. Ils nous disent que l’on est pas seuls, que l’on est plusieurs dans ce cas. Mais ils ne savent pas si on va guérir."

Des vagues de symptômes interminables

Les premiers signes d’une contagion au Covid-19 sont apparus quelques jours après son retour d'un voyage au Venezuela. Un séjour entre amis après lequel ils sont trois - sur cinq - à être tombés malades en même temps. "Mais c’est moi la grande perdante", plaisante-t-elle à moitié. "Mon conjoint a tout juste été fatigué, avec une légère toux, et notre ami était guéri après quatre jours de symptômes grippaux assez prononcés."

Avec une pratique sportive six fois par semaine, un passé de compétitions de judo à haut niveau, une bonne hygiène de vie et un état de santé impeccable, Isabelle est alors persuadée de s’en sortir, comme eux. Mais le temps passe et les symptômes restent. "Je n’étais pas à l’article de la mort, je n’ai jamais été hospitalisée, mais j’avais des maux de crâne terribles, d’intenses douleurs dans les poumons. Je n’arrivais ni à respirer ni à parler. J’étais épuisée."

J’étais en parfaite santé et je ne me remets pas de cette maladie- Camille Blache, dessinatrice de 29 ans malade du Covid-19

Aujourd'hui, des maux demeurent. "Les migraines ont cessées, les douleurs pulmonaires toujours pas", soupire Isabelle, qui a déclenché un asthme sévère nécessitant ventoline et arrêt du sport pour une durée indéterminée. Incapable d'efforts prolongés, elle qui enchaînait les marathons. 

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Un diagnostic similaire à celui de Camille Blache, qui doit désormais prendre un traitement "matin et soir" pour guérir un asthme sévère apparu suite à une infection au Covid-19 aux alentours du 10 mars. Cette dessinatrice de 29 ans faisait du sport régulièrement, et n’avait aucune pathologie. "J’étais en parfaite santé. Pourtant, quatre mois plus tard, je ne me remets pas de cette maladie. J’ai même des injections d'adrénaline à me planter dans la jambe en cas de crises..."  

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Covid-19 : quelles séquelles pour les patients guéris ?

Ces crises, justement, c'est le creux de la vague : tous les malades joints pour cet article décrivent une pathologie "en dents de scie" dont on ne voit pas le bout. "Plein de fois j’ai cru être guérie", signale Isabelle. "J’ai essayé de ressortir ou de faire de l’exercice, mais c’est revenu." Un cauchemar sans fin. 

Camille, elle, a maintenant rendez-vous tous les quinze jours avec son pneumologue. "Mon état est stable, ça n’empire plus. Mais il n'arrive pas à me dire si ça s’améliorera." Ce qu’il sait en revanche, c’est que le Sars-Cov-2 est bel et bien responsable : malgré une impressionnante batterie de tests, rien d'autre ne permet d'expliquer les lésions dans ses poumons. Un bouleversement. Elle ne peut plus faire de sport et évite les lieux publics "remplis de fumeurs".

Les réseaux sociaux, un exutoire

Comme d'autres eux aussi souffrants, Isabelle Fabre a partagé son calvaire sur les réseaux sociaux. Dans un post Facebook qui compte près de 10.000 réactions et 32.000 partages, la jeune femme décrit les différentes étapes de sa convalescence. Depuis quelque temps, des récits semblables éclosent sur Instagram

Sur Twitter, ce sont les messages de Pierre Garnier et Tatiana Ventose qui ont délié les langues et accumulé les témoignages en réponse. Evoquant leur propre situation, ils se sont insurgés de la proposition du Pr Eric Caumes de laisser les jeunes se contaminer entre eux pour construire une immunité collective. "J'ai 25 ans, sportif, en pleine santé, aucun antécédent, ça fait 3 mois et demi que j'ai contracté le Covid-19 et j'ai toujours des séquelles handicapantes au quotidien. Agir de la sorte c'est affecter de nombreux jeunes voire en tuer certains !", s'insurgeait Pierre, s'adressant au chef du service des maladies infectieuses de la Pitié-Salpêtrière. 

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Idem pour Tatiana, qui, depuis plusieurs semaines, ne cesse de contester le caractère prétendu inoffensif du Covid-19 pour les jeunes. Avec plusieurs internautes, elle utilise le hashtag #AprèsJ120 pour mettre des mots sur ce handicap qui s'éternise. Dans une vidéo postée sur YouTube, elle détaille longuement "l'enfer" qu'elle traverse depuis que le virus l'a touchée, parlant d'un "Covid long". Au-delà des problèmes respiratoires qui lui ont plusieurs fois donné l'impression qu'elle "allait mourir", elle affirme avoir "les idées embrouillées" en permanence, "être un zombie", sans capacité de lire ou réfléchir.

Des symptômes d’ordre neurologique qu’Isabelle dit également ressentir. "Je dors en permanence, et je suis devenue débile. Je n’arrive pas à parler, je n’arrive pas à comprendre ce que l’on me dit, je dois faire répéter les choses quatre fois." Des problèmes d’attention et de concentration qui sont sa principale angoisse. Avec la crainte de ne jamais retrouver sa "vie d’avant". Avec le recul, elle regrette particulièrement d'avoir méjugé le virus, "d'avoir cru que ça n'atteindrait que les personnes âgées ou fragiles". Touchée mais pas coulée, elle espère  à présent une prise de conscience de sa génération. "Si je peux alerter d'autres jeunes sur les dangers de l'épidémie, tant mieux." 

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