Covid-19 : 6 choses à savoir sur la stratégie de vaccination française

La Russie affirme que son vaccin contre le Covid-19 - baptisé "Spoutnik V" - sera mis en circulation dès le 1er janvier 2021.

PRECISIONS - La Haute autorité de santé (HAS) a dévoilé lundi 30 novembre ses recommandations pour la future campagne de vaccination contre le Covid-19, levant le voile sur des interrogations restées en suspens jusque-là.

L'exercice est "inédit" mais rendu nécessaire par l'urgence épidémique. La Haute autorité de santé (HAS) a élaboré des recommandations concernant la stratégie de vaccination française contre le Covid-19, alors que les vaccins ne sont pas encore sur le marché et qu'on ne connaît ni toutes leurs caractéristiques, ni les quantités qui seront disponibles. Ces dernières ont été dévoilées ce lundi matin.

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Si des "recommandations différenciées", "vaccin par vaccin" doivent être présentées dans un second temps par l'autorité sanitaire, lorsqu'elle disposera d'informations plus détaillées, le premier volet a permis de lever le voile sur un certain nombre de questions propices à la confusion ces dernières semaines. La vaccination sera-t-elle finalement obligatoire ? Qui sera concerné en premier lieu ? Quid des enfants ? On fait le point.

A partir de quel âge pourra-t-on se faire vacciner ?

"Dans un premier temps", il n'y aura pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM) de vaccins concernant les personnes âgées de moins de 18 ans, faute de données issues d'essais cliniques, a précisé ce lundi matin la Haute autorité de Santé, lors d'une conférence de presse destinée à détailler la stratégie française relative à la future campagne. 

"Il est souhaitable qu'il y ait rapidement une autorisation de mise sur le marché pour les moins de 18 ans", a estimé à ce sujet Daniel Floret, vice-président du Comité technique des vaccinations (CTV) lors du point presse  en ligne. "Il faut espérer que des études soient menées rapidement car il y a certainement des enfants qui ont des comorbidités avec un risque [de formes graves] peut-être moins important que certains adultes ou publics vulnérables, mais plus élevé que d'autres enfants", a-t-il détaillé. Et de poursuivre : "Il est certain que les différents laboratoires qui développent des vaccins ont l’intention dans un deuxième temps d’introduire des enfants qui pourraient bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché dans un deuxième temps". 

Qui sera prioritaire ?

"La vulnérabilité" et "le risque d'être exposé" au Covid-19 sont les deux critères retenus par la Haute autorité de Santé pour déterminer les populations prioritaires sur la vaccination, a-t-il été indiqué. Ces derniers ont été déterminés à la lumière de la littérature scientifique disponible à date mais "il y a encore des données qui arrivent, et qui vont continuer à arriver dans les semaines et mois qui viennent donc notre stratégie va évoluer", a-t-on encore précisé. Pour rappel, parmi les facteurs de vulnérabilité figurent notamment l'âge mais aussi la comorbidité (obésité, insuffisance rénale, diabète, cancer déjà traité...), tandis que parmi les populations susceptibles d'être exposé au virus, figurent entre autres les professionnels de santé, les travailleurs sociaux et les personnels des services à la personne. S'agissant de la proportion des populations à risque dans la population française, à savoir les personnes ayant plus de 65 ans ou moins de 65 ans mais avec des comorbidités, "on avoisine les 30 millions de personnes donc une petite moitié de la population française", a indiqué la Pr Élisabeth Bouvet, présidente de la Commission technique des vaccinations (CTV). 

Pour la HAS, les personnes âgées résidant en Ehpad doivent être vaccinées en priorité "à l'arrivée des toutes premières doses", car "elles cumulent les deux types de risque" (âge et exposition élevée du fait de la vie en collectivité). Une population d'environ "750.000 personnes". Cette première étape devrait aussi concerner les salariés de ces établissements "qui présentent eux-mêmes un risque de forme grave (professionnels de plus de 65 ans et/ou avec comorbidité(s))", soit environ 90.000 personnes. 

A noter que l'autorité sanitaire n'a par ailleurs pas encore tranché sur la conduite à tenir pour les personnes ayant déjà été infectées par le coronavirus.

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La vaccination sera-t-elle obligatoire ?

"C'est une priorisation qui repose sur une décision volontaire", a-t-il été rappelé avec insistance ce lundi par la Haute autorité de Santé au sujet de la future campagne de vaccination qui prévoit des publics prioritaires. Toutefois, l'hypothèse d'une vaccination rendue obligatoire dans un second temps n'a pas été écartée. "Il ne faut pas se priver [...] de s'interroger", sur cette possibilité, considère la Pr Élisabeth Bouvet. "Peut-être qu'on sera résolu" à cette alternative "à un moment donné si on constate qu'à un moment, si on veut mettre fin à cette épidémie, on a besoin d'un taux de vaccination plus élevé" et que les vaccins disponibles ont prouvé leur efficacité, avance-t-elle. Et d'ajouter : "Mais on espère que non". 

Quel est calendrier ?

Dans le détail, la stratégie présentée par l'autorité se décompose en "cinq phases progressives" en commençant donc par les personnes âgées en Ehpad pour aboutir à la vaccination des personnes de plus de 18 ans et sans comorbidité, a indiqué sa présidente Dominique Le Guludec. "Ce qui va déterminer le passage d'une phase à l'autre, c'est essentiellement la disponibilité des doses", souligne Elisabeth Bouvet. Ainsi, "si pendant la phase 1 toutes les doses ne sont pas utilisées, il y aura un continuum entre la phase 1 et la phase 2". Dans le cas contraire, il faudra attendre un réapprovisionnement. "Les phases 2 et 3 devraient suivre de très près la phase 1 alors que les phases 4 et 5 surviendront probablement plus tardivement", estime Daniel Floret, vice-président de cette même commission, la période estivale étant évoquée pour cette ultime phase. 

Le calendrier de la campagne dépendra aussi de son succès, observe la présidente de la HAS Dominique Le Guludec.  Le gouvernement a affirmé la semaine dernière que la campagne de vaccination commencerait dès le feu vert des autorités sanitaires et vise un lancement "fin 2020-début 2021".

Pourra-t-on choisir son vaccin ?

"Dire que les gens pourront choisir leur vaccin me semble utopique", a estimé Daniel Floret, vice-président du Comité technique des vaccinations (CTV) , soulignant que "cela relève davantage d'une décision du médecin traitant" après une discussion avec le patient. 

En pratique, cela devrait dépendre de deux facteurs : du type de vaccin proposé, ainsi que de ses stocks disponibles. D’abord, chacun des vaccins n'aura pas le même effet selon le patient qui le reçoit. "On s’attend à des efficacités différentes en fonction du type de population. Certains types de vaccins, fonctionnent moins bien chez les patients immunodéprimés par exemple. D’autre auront une efficacité moins longue chez les patients âgés", a déjà eu l'occasion d'expliquer Jean-Michel Dogne, membre du Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinale de l’OMS, à la RTBF. De plus, il apparait que si un vaccin n’est pas stérilisant, c’est-à-dire qu’il protège du virus mais n’empêche pas sa transmission, "la vaccination pourrait être alors ciblée sur des populations spécifiques", avait rappelé le Conseil scientifique cet été dans un rapport sur le sujet. 

Quel est l'objectif recherché ?

Les candidats vaccins semblent empêcher de développer la maladie Covid-19, mais on ignore combien de temps et s'ils ont un rôle stérilisant. "Aujourd'hui, en l'état des connaissances, nous ne savons pas si ces vaccins empêchent de transmettre le virus", a rappelé la présidente de la Haute autorité de santé Dominique Le Guludec au cours d'un point presse en ligne. Or, "pour que la stratégie vaccinale vise le contrôle de l'épidémie, il est nécessaire d'attendre que les études établissent la preuve que les vaccins ont une efficacité possible sur la transmission du virus et que la disponibilité des vaccins soit suffisante [...]. Quand nous le saurons, la stratégie pourrait être revue", a-t-elle indiqué. Et d'insister sur le fait que pour l'heure les vaccins visent "à éviter la réanimation" et "de mourir" du Covid-19 et que l'objectif recherché est donc une "protection individuelle", et non collective.

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