Fermer les boites de nuit a-t-il "un sens épidémiologique" ?

La Machine du Moulin Rouge a fait l'objet d'une soirée expérimentale le 17 octobre 2021 dans la lutte contre le covid

FÊTE - Selon l'infectiologue Gilles Pialoux, la fermeture des clubs ce vendredi va se révéler utile dans la lutte contre le Covid, sachant que "sept fois plus de contaminations" ont lieu "dans ces lieux-là". Ce qui est vrai mais qui mériterait d’être confirmé par des données plus récentes.

Vendredi 10 décembre à 6h, les boites de nuit fermeront leurs portes pour la deuxième fois depuis le début de l’épidémie. Ces lieux sont les premiers touchés par des restrictions compte tenu de leurs conditions d’accueil, jugées peu compatibles avec un virus. Leur fréquentation entraine même sept fois plus de contaminations qu’ailleurs, selon les mots de Gilles Pialoux, invité de LCI ce mercredi 8 décembre.

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Selon le chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Tenon, à Paris, la fermeture de ces établissements "repose sur des données scientifiques" : "Juste à l’ouverture des boites en juillet 2021, il y a eu sept fois plus de contaminations dans ces lieux-là. Et c’est injuste pour ce secteur de l’événementiel lourdement touché mais ça a un sens épidémiologique."

+790% de risque pour les moins de 40 ans

Le clinicien renvoie ici à une étude conduite par Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’institut Pasteur, entre le 23 mai et le 13 août 2021. Menée auprès de 12.634 personnes testées positives et 5560 personnes témoins qui n’ont pas été infectées, elle vise à déterminer les lieux où l’on se contamine le plus. Ces données valent encore aujourd’hui puisque le variant Delta était déjà majoritaire sur le territoire : au 12 juillet, il représentait 81,5% des tests positifs qui étaient séquencés par les laboratoires, selon Santé Publique France. 8644 des quelque 12000 personnes malades inclues dans l’étude, soit 68% d’entre elles, avaient été infectées par le variant Delta, d'après un diagnostic PCR. Mais aucune donnée n’était disponible sur leur statut vaccinal.

Si l’étude ComCor insiste sur le rôle des bars en intérieur et des soirées privées dans la circulation du virus entre le 9 juin et le 9 juillet, à l’occasion de l’Euro de football, elle s’intéresse aussi aux boites de nuit qui sont devenues des lieux de transmission après cet événement. En effet, ces établissements ont rouvert le 9 juillet dernier après 16 mois de fermeture, avec présentation du pass sanitaire et barnums de tests à l’entrée. Malgré ces précautions, au mois de juillet, le risque de contaminations en boite de nuit a été de 790% supérieur pour les moins de 40 ans et de 240% supérieur pour les plus âgés. Des résultats publiés intégralement dans la revue médicale du Lancet le 25 novembre et qui font bien état d'un risque d’infection sept fois plus élevé dans ces lieux pour les plus jeunes. En comparaison, les bars ont été identifiés comme risqués à hauteur de 90% pour les moins de 40 ans et les transports, dans une moindre mesure : à hauteur de 20% pour le métro, de 30% pour le TGV et de 70% pour l’avion. 

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Pr Gilles Pialoux : L’Interview du 08 décembre 2021

Une autre étude conduite plus récemment en boite de nuit pourrait venir contrebalancer ces données récoltées au moment de la réouverture. Celle de l’agence des maladies infectieuses émergentes (ANRS), "Reviens la nuit", menée le temps d’une soirée à la Machine du Moulin Rouge, un club parisien. Mais ses résultats n’ont pas encore été rendus publics : "Ils sont en cours d’analyse", nous répond l'ANRS qui n'en dit pas davantage sur leur date de rendu. Autour de DJ comme Laurent Garnier ou Roni, l'événement a réuni le 17 octobre des fêtards vaccinés et sans masques pendant 7h afin de mieux évaluer le risque d’infection lors d’une soirée en situation normale et de comparer avec un groupe témoin, resté à domicile. "Compte tenu de la situation sanitaire actuelle, une attention particulière sera portée sur l’évaluation de la circulation du variant Delta", d'après le communiqué. 

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En résumé, si un risque de contamination sept fois supérieur chez les plus jeunes a bien été constaté au moment de la réouverture des boites de nuit, avec un variant Delta déjà largement présent en France, des données plus récentes doivent encore venir corroborer ce risque. Le fait que les sujets de l’étude "Reviens la nuit" aient tous été vaccinés, contrairement à ceux de l’étude ComCor, permettrait d’aller plus loin dans les connaissances portant sur les contaminations lors d’une soirée en condition réelle avec, cette fois, la donne des vaccins. 

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