Covid-19 : à quel point le "milieu sportif", pro ou amateur, est-il touché ?

Covid-19 : à quel point le "milieu sportif", pro ou amateur, est-il touché ?
Santé

ÉPIDÉMIE - Dans son dernier point épidémiologique, Santé publique France publie pour la première fois le détail des foyers épidémiques dans le monde du sport. On y apprend notamment que le milieu amateur est particulièrement touché.

Matchs annulés, compétitions retardées, sportifs isolés... Le coronavirus a aussi défrayé la chronique sportive. Jusque-là, on ne savait pas dans quelle proportion ce milieu avait été touché. Le dernier point épidémiologique de Santé publique France, en date du 8 octobre, apporte quelques éclaircissements sur la question, grâce à son "focus sur les clusters en milieu sportif".

223 clusters dans le milieu sportif

Depuis le début de l'épidémie en France, et jusqu'au 5 octobre, 223 "clusters" - aussi appelés foyers de contamination - en lien avec le milieu sportif ont été rapportés. Ce qui porte à 1710 le nombre de cas, soit une moyenne de 8 cas par clusters. Vestiaires mal aérés, crachats, contacts pendant le match, foule en délire qui en oublie les distances sanitaires,... les contaminations peuvent s'effectuer aussi bien lors d'un entraînement que lors des événements qui entourent une rencontre. C'est pourquoi les clusters étudiés prennent aussi bien en compte le milieu professionnel que les événements publics ou privés. A titre de comparaison, les autorités sanitaires comptabilisent 205 clusters qui seraient survenus dans le "milieu familial élargi" depuis le 5 mai.

Les sports collectifs avec contact les plus touchés

Les sports les plus touchés sont les préférés des Français, à savoir le football, le rugby, le basket et le handball, ceux en tout cas qui comptent le plus grand nombre de licenciés. Pour ces deux derniers, l'information n'est pas étonnante étant donné qu'ils se pratiquent en salle, où le risque de propagation du virus est supérieur à un lieu ouvert et aéré. Pour le reste, l'agence note que, outre le fait que ces sports soient parmi les plus pratiqués en France, cette activité implique forcément "du contact avec un risque de transmission avéré". On pense notamment aux mêlées des rugbymen. Un sport pour lequel la proximité est telle que les mesures sanitaires au niveau professionnel sont très strictes. Pour preuve celui mis en place par le Racing 92 après que neuf cas d'infections, staff inclus, détectés en début de mois au sein de son équipe, obligeant le report de plusieurs rencontres. Le club ciel et blanc a même dû mettre en place une "bulle" afin de respirer avant la finale de la Coupe d'Europe, et va, à partir de dimanche, délocaliser sa préparation en Corse d'ici au 17 septembre et son match face à Exeter à Bristol (Angleterre). 

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Les cas explosent depuis la reprise

L'agence souligne également que le nombre de foyers a fortement augmenté en août et septembre, comme l'illustre le graphique ci-dessous. Rien d'étonnant à cela étant donné qu'entraînements et compétitions ont été arrêtés pendant près de cinq mois. C'est le cas de la Ligue 1, par exemple, d'abord stoppée momentanément à la mi-mars, puis définitivement interrompue le 30 avril. Les joueurs du championnat de France n'avaient pu ressortir leurs crampons que le 21 août pour progressivement reprendre leur activité.  En plus, cette reprise s’est faite dans un contexte d'augmentation de la circulation du coronavirus. C'est, d'ailleurs, depuis ces dates que l'on retrouve le Covid-19 en Une de la presse sportive. Par exemple L'Equipe titrait le 4 septembre sur la "deuxième vague" de coronavirus dans le monde du ballon rond qui avait d'abord frappé au sein du PSG, avec des tests positifs pour les stars Di Maria, Neymar et Paredes, avant de s'abattre sur les effectifs de l'OM, dont le gardien Mandanda. Les cas au sein des joueurs marseillais avaient d'ailleurs poussé le choc d'ouverture OM-ASSE à être reporté

Le milieu amateur en fait les frais

C'est à l'ombre des grandes affiches que les difficultés se font le plus sentir, du côté de ceux que l'on peut qualifier affectueusement de "sportifs du dimanche". Car, de fait, seul un cluster sur cinq (19 %) est survenu dans des structures professionnelles. Les 81% des autres foyers ont eu lieu au sein de ce que Santé Publique France qualifie d'"associations amateurs". 

Pour le sport de loisir, il existe bien un protocole sanitaire édité par le ministère des Sports, mais il fixe uniquement un cadre large. On y lit notamment essentiellement les règles pour la conduite à adopter en cas de coronavirus confirmé ou suspecté. C'est ensuite à chaque fédération sportive qu'incombe la responsabilité d'une "mise en oeuvre adaptée des recommandations générales à la pratique spécifique de leur sport" et la "diffusion auprès de leurs réseaux" de ces consignes. Seulement, encore plus que dans le monde professionnel, il n'est pas toujours facile de faire appliquer certaines règles. Entre le covoiturage pour se rendre au match, la buvette à la fin de la rencontre et les supporters qui ont du mal à appliquer les gestes barrières dans des stades ouverts, Antonio Texeira, le président de la Ligue de Football de la région Centre reconnaissait auprès de France bleu Orléans que "de nombreux problèmes existent dans la gestion concrète de ce protocole sanitaire", entre autres, la problématique des vestiaires, ou de l'arrivée à une rencontre. S'il y a aujourd'hui "la possibilité pour les clubs qui en ont d'utiliser le minibus", à bord c'est masque obligatoire pour tout le monde. Et pour les vestiaires, ils sont autorisés mais avec une limite du nombre de personnes. Donc ceux qui sont à domicile "ne prennent pas de douche, ils le feront à la maison", les vestiaires sont réservés "pour les arbitres et pour les adversaires". Et de conclure en estimant qu’il est aujourd'hui "difficile de faire respecter le protocole sanitaire dans les clubs de foot amateurs".  Chez les rugbymen, la situation a été telle qu'une centaine de matchs amateurs a dû être annulée au premier week-end du lancement des compétitions sur les quelques 1500 rencontres prévues. 

L'Occitanie, région la plus touchée

Des difficultés qui se font surtout sentir en Occitanie. La région, qui comte notamment la ligue de rugby la plus importante du pays, regroupe à elle seule 20% des foyers épidémiques dans le monde du sport. Dès le 20 septembre, le virus est venu jouer les trouble-fêtes dans ce sport de contact, où les chocs entre les joueurs sont forcément propices à la propagation du virus. La presse régionale se fait ainsi l'écho des cas à mesure qu'ils apparaissent dans les clubs. Onze cas positifs ont par exemple été détectés au sein de l'effectif du Castres Olympique, bousculant l'intégralité du calendrier. Au sein du Rugby Olympique Castelnaudary, c'est deux fois plus de cas qu'on a trouvés, obligeant le club à suspendre tous ses entraînements et ses rencontres jusqu'à nouvel ordre. Auprès de France 3, le patron du ROC Stéphane Bergerou assurait pourtant faire "le maximum pour faire respecter les gestes barrières". Relevant cependant que "le rugby reste un sport de contact". "Nous ne pouvons pas éliminer tous les risques". Selon l'ARS Occitanie, le milieu scolaire et sportif sont les principaux lieux de contamination dans la région. 

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Si le tableau du monde sportif semble assez noir, une donnée dévoilée par Santé publique France tend à rassurer. Sur les centaines de foyers signalés dans ce milieu, ceux à "criticité élevée" sont minoritaires (21%). Un chiffre bien plus faible que celui observé sur l'ensemble des autres clusters (35%).

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