Covid-19 : AstraZeneca, itinéraire d'un vaccin décrié finalement réhabilité

Covid-19 : AstraZeneca, itinéraire d'un vaccin décrié finalement réhabilité

LE VRAI DU FAUX - Efficacité, retard de livraison, effets secondaires... si le vaccin anti-Covid AstraZeneca a bénéficié à ses débuts d'une "mauvaise presse en France" ainsi que l'a déploré le "monsieur vaccin" du gouvernement il y a peu, la donne est en train de changer.

Jusque-là, c'était un peu le mal-aimé des vaccins anti-Covid. En France, seulement 270.000 doses du sérum du groupe pharmaceutique anglo-suédois avaient été administrées samedi. Un chiffre bien faible au regard des 1,6 million de doses reçues par le pays en février.

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Et encore, ces chiffres ont semble-il bénéficié de l'ouverture, jeudi 26 février, de la vaccination aux 50-64 ans atteints de comorbidités qui a contribué à les booster. En effet, avant cette autorisation, le nombre de doses administrées étaient encore inférieurs à 140.000. Technologie, efficacité, retard de livraison, effets secondaires... si la donne est en train de changer en sa faveur, ce vaccin a cumulé à ses débuts les fausses notes qui ont fini par nuire à son image. On fait le point sur le vrai du faux le concernant.

Efficace même chez les 65 - 75 ans

"Désormais", les personnes âgées de "50 ans et plus, incluant les 65-75 ans", qui souffrent de "ce qu'on appelle des comorbidités, des fragilités", pourront "se faire vacciner avec AstraZeneca", chez "leur médecin traitant, dans l'hôpital qui les suit" ou "dans quelques jours en pharmacie", a déclaré lundi soir le ministre de la Santé, Olivier Véran sur France 2. Cet élargissement a été motivé par de nouvelles données venant d'une étude menée en Écosse, qui montrent des "pourcentages d'efficacité extrêmement encourageants" du vaccin d'AstraZeneca pour éviter l'hospitalisation des plus âgés, a expliqué la HAS. Cette étude montre notamment que, 28 à 34 jours après la première injection, "majoritairement chez les patients de plus de 65 ans", ce vaccin était efficace à 94% pour éviter l'hospitalisation.

Pour rappel, suivant un avis de la HAS le 2 février, le gouvernement avait d'abord réservé ce vaccin aux professionnels de santé, y compris les moins de 50 ans, et aux deux millions de personnes de 50 à 64 ans atteintes d'une comorbidité. À l'instar de la France, l'Allemagne ou la Pologne avaient choisi de réserver ce vaccin aux moins de 65 ans, faute de données sur son efficacité au-delà de cet âge. Conscient de cette absence de données, le PDG du groupe Pascal Soriot, avait d'ailleurs jugé "possible" que certains pays attendent de l'administrer à cette catégorie. 

Aussi efficace que le Pfizer et le Moderna

Bien avant cela, ce vaccin avait déjà fait l'objet de critiques liées à son efficacité du fait d'une confusion dans des résultats intermédiaires d'essais cliniques. Deux médias allemands lui avaient même attribué 8% d'efficacité pour les plus de 65 ans, avant d'être démentis par le gouvernement et les autorités sanitaires. Dans le détail, l'efficacité du vaccin AstraZeneca/Oxford était de 90% pour les volontaires qui ont d'abord reçu une demi-dose, puis une dose complète un mois plus tard, mais de seulement 62% pour un autre groupe qui a pourtant été davantage vacciné avec deux doses complètes à un mois d'écart. Le laboratoire britannique avait ainsi annoncé en novembre que son vaccin était en moyenne efficace à 70% contre plus de 90% pour ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna. Mais l'injection d'une demi-dose était en fait due à une erreur et l'entreprise, face aux inquiétudes exprimées, avait annoncé le 26 novembre la tenue d'une "étude supplémentaire" pour vérifier ces résultats. 

"Nous pensons que nous avons trouvé la formule gagnante et comment arriver à une efficacité qui, avec deux doses, est élevée comme celle des autres", avait assuré un mois plus tard, fin décembre, Pascal Soriot. En délivrant son autorisation le 29 janvier, l'Agence du médicament européen, qui avait demandé des informations complémentaires sur la sécurité et l'efficacité du vaccin, avait estimé son efficacité à 60% environ. La Haute Autorité de la santé (HAS) "considère désormais, depuis aujourd'hui, que tous les vaccins dont nous disposons en France, le AstraZeneca, le Pfizer et le Moderna, ont une efficacité qualifiée de remarquable", a encore fait valoir le ministre de la santé Olivier Veran ce lundi 1er mars sur France 2. 

Des effets secondaires bénins

Depuis son autorisation, de nombreux soignants ont boudé ce vaccin, notamment en raison d'effets secondaires plus prononcés, le plus souvent de forts symptômes grippaux, chez les personnes plus jeunes. Selon l'Agence du médicament (ANSM), 149 déclarations de pharmacovigilance ont été effectuées entre le 6 et le 10 février sur les 10.000 personnes ayant reçu une dose pendant cette période. Un ensemble de signalements qui "ne remet[taient] en cause le rapport bénéfice/risque du vaccin", précisait l'ANSM le 19 février. L'Allemagne et la Suède ont identifié les mêmes effets indésirables, cette dernière ayant informé l'Agence européenne du médicament (EMA) qu'elle adaptait comme la France ses modalités de vaccination dans les établissements de santé. Pour "limiter le risque" de perturbation du fonctionnement des services de soin, il est recommandé de vacciner de façon échelonnée le personnel d'un même service, rappelle l'agence sanitaire française en recommandant, si besoin, de privilégier l'utilisation du paracétamol à la dose la plus faible et le moins longtemps possible.

Quoique désagréables, les effets secondaires de ce vaccin sont pour la plupart bénins, et même de bon augure. C’est en réalité "bon signe, et tout à fait attendu", a expliqué l’épidémiologiste Antoine Flahault sur CNews. Et de poursuivre : "C’est une réaction normale du corps humain face à un corps étranger. Toutefois, ce n’est pas parce que le patient «ne ressent rien, que le vaccin ne fait pas son effet et n’est pas efficace. On a tous des réactions immunitaires différentes". 

Une technologie éprouvée

Derrière ces questions, d'aucuns mettaient en cause indirectement la technologie utilisée par AstraZeneca. Contrairement aux vaccins Pfizer/BioNtech et Moderna (qui sont des vaccins à ARN messager), il s'agit d'un vaccin "à vecteur viral" qui prend comme support un autre virus (un adénovirus commun de chimpanzé) : il a été affaibli et génétiquement modifié pour  combattre le Covid-19 et l'empêcher de se répliquer dans l'organisme humain. La manière qu'il a de délivrer du matériel génétique dans les cellules, leur ordonnant d'attaquer le SARS-CoV-2, a été présenté comme un "cheval de Troie". 

De quoi expliquer ces éventuels effets indésirables, comme l'expliquait Antoine Flahault en rappelant qu'il s'agissait d'un "vaccin vivant", comme c'est aussi le cas contre la rougeole ou la fièvre jaune. "Pour des raisons que je trouve profondément injustes, ce vaccin a une relativement mauvaise presse en France. Il est considéré comme moins efficace que le vaccin à ARN messager et moins bien toléré. [...] Ceci n'est pas exact", l'a défendu jeudi 25 février Alain Fischer, le "monsieur vaccin" du gouvernement. C'est un "très bon vaccin", poursuit-il. "Il n'y a pas lieu de considérer que ce vaccin est un vaccin de deuxième catégorie. Il est tout à fait efficace. Il a sa place dans l'arsenal de la vaccination." 

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À noter, qu'outre cette série de mauvaises interprétations sur le plan scientifique, l'image de ce vaccin a aussi été ternie par des retards de livraison. AstraZeneca avait annoncé fin janvier ne pouvoir livrer aux 27 pays de l'UE que 40 millions de doses au 1er trimestre, sur les 120 millions qu'il avait initialement promis, en raison de difficultés manufacturières sur une usine belge. Mais le patron du laboratoire a affiché jeudi dernier son "optimisme" sur la capacité de son groupe à rattraper au deuxième trimestre ses retards de livraison de vaccins anti-Covid à l'UE, grâce à une augmentation de la production.

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