Covid-19 : avancer les vacances scolaires permettrait-il d'enrayer l'épidémie en Ile-de-France ?

Covid-19 : avancer les vacances scolaires permettrait-il d'enrayer l'épidémie en Ile-de-France ?

PISTE - Pour freiner la progression du Covid-19, la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse propose de faire débuter les congés scolaires le 2 avril et non le 17 comme prévu. Qu'en penser ?

Les élèves franciliens seront-ils en vacances dès la semaine prochaine, soit deux semaines plus tôt que prévu ? C'est en tout cas la solution imaginée par la présidente (Libres ! , ex-LR) de la région, Valérie Pécresse, pour enrayer la progression du Covid-19 en Ile-de-France. "Je me demande si la bonne mesure ne serait pas d'avancer les vacances scolaires de 15 jours afin de fermer les écoles dès le 2 avril", a déclaré ce mercredi l'élue qui en a fait la proposition au préfet. Un serpent de mer, alors que les cas en milieu scolaire ont connu une nette hausse ces derniers jours, et que le gouvernement ne veut toujours pas entendre parler de fermeture des classes.

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Décaler les vacances, une idée pas nouvelle

La question de décaler les vacances pour freiner le Covid a obtenu ses galons de serpent de mer. Elle se pose à chaque recrudescence du nombre de cas en milieu scolaire, s'attirant les mêmes réserves du gouvernement sur la fermeture des classes. Pas plus tard que le mois dernier, alors que l'inquiétude grandissait déjà, dans un contexte étroitement lié à la progression de nouveaux variants et particulièrement celui en provenance d'Afrique du Sud. Le syndicat majoritaire des médecins de l’Éducation nationale (SNMSU-UNSA) avait alors proposé de fermer tous les établissements scolaires dès la mi-février, pour la durée des vacances d'hiver des trois zones géographiques. Soit pendant quatre semaines. Leur objectif était le suivant : "Ralentir la circulation du virus dans les établissements scolaires afin de tenter d’éviter une fermeture qui risque d’être beaucoup plus longue dans le cadre d’un confinement". 

Interrogé dès janvier sur cette éventualité, Jean-Michel Blanquer avait reconnu sur LCI que l'hypothèse, bien que sur la table, n'avait pas ses faveurs. "Par définition, on étudie toutes les pistes. Mais ça ne veut pas dire que c’est ce qu’on va suivre. Les vacances peuvent être plus contaminantes que la vie scolaire. Il est important de tenir les calendriers", avait-il déclaré sur LCI mettant aussi en avant la nécessité de ne pas "troubler les familles et les élèves".  Si cette option ressurgit régulièrement, c'est que plusieurs facteurs plaident effectivement en sa faveur.

Un "effet vacances" visible sur les courbes

À la veille du début des congés d'hiver, une source proche de l'exécutif avait contredit le ministre. Cette échéance, confiait-il à l'AFP, était plutôt vue comme un facteur positif, les vacances scolaires impliquant une baisse des brassages propices aux contaminations et à une éventuelle accélération de l'épidémie. "Dans la décision du Président de ne pas reconfiner, l'imminence des vacances est entrée en ligne de compte", soulignait à la même période un conseiller gouvernemental, cité par Le Parisien, qui se rappelait aussi les bénéfices des vacances de Noël, "alors qu'on nous prédisait la cata". En atteste, le taux de positivité des enfants de 0 à 10 ans qui est, en moyenne, plus élevé en période scolaire (6,6 %) que durant les vacances scolaires (4 %).

"Scientifiquement impossible" de nier les contagions à l'école

Pour le Pr Arnaud Fontanet, l'intérêt de fermer les écoles ne fait pas un pli d'un point de vue épidémiologique. "Dans une situation où le virus circule fortement", disait-il dans un entretien ce dimanche au Journal du Dimanche, maintenir les écoles ouvertes "revient à prendre un risque". Et de rappeler la spécificité des enfants face au Covid : s'ils échappent dans une "immense majorité [aux] complications cliniques", ils n'en exposent pas "leurs proches ayant des comorbidités ou leurs grands-parents". D'après l'étude Com-Cor qu'il a menée avec l'institut Pasteur, "avoir un collégien ou un lycéen chez soi accroît de 30% le risque d'être infecté".

Des conclusions que partageait déjà une équipe sino-américaine, le 18 janvier dans une étude publiée dans la revue The Lancet. Plus inquiétant encore, "si les enfants et les adolescents sont moins sensibles à l'infection que les adultes, ils sont plus contagieux une fois infectés que les plus de 20 ans".  Un nouveau paradigme semble ainsi se fixer après de précédentes études, souvent contradictoires, qui se sont succédé depuis un an sur le sujet. L'équipe expliquait ainsi que "les cas de moins de 20 ans sont près de 60% plus susceptibles d'infecter d'autres personnes que les cas de 60 ans ou plus".

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Quant au risque de contagion dans les écoles, le manque de données disponibles n'empêche pas bon nombre d'observateurs de le juger bien avéré. "Vous croyez que mettre 30 personnes, cinq jours sur sept, pendant huit heures dans la même pièce ne génère pas de contaminations ? Sans compter qu'ils sont des centaines à se restaurer chaque midi dans une cantine, sans masque", résume notamment Mahmoud Zureik, professeur de santé publique et d'épidémiologie à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, pour Le Parisien. "C'est scientifiquement impossible qu'il n'y ait pas de circulation de virus", poursuit-il, évoquant une "situation bien plus compliquée"

Une pause à double tranchant ?

Décaler ou prolonger les vacances, en l'occurrence celles de printemps, suffirait-il pour autant à enrayer la dynamique épidémique ? Pas si sûr, l'expérience ayant plutôt montré que cette pause dans les écoles est à double tranchant. "La fermeture des écoles n’est en aucun cas le remède miracle pour vaincre l’épidémie", répète de son côté Jean-Michel Blanquer. Sur LCI, il a rappelé qu'"à chaque fois qu’on a eu des vacances, dans les deux semaines qui suivent, on a eu une hausse". Un contrecoup que nous avions pu confirmer à travers une analyse des chiffres de l'épidémie après les retours des vacances scolaires, dans un précédent article.

D'où la préconisation de certains spécialistes, comme le professeur Robert Cohen, pédiatre infectiologue à l'hôpital de Créteil et président du conseil national de la pédiatrie, d'envisager un décalage des vacances scolaires et, a fortiori, une fermeture des écoles, dans le cadre d'un confinement strict. "Il ne faut pas que ce soit trop long, mais si cet allongement est fait, il faut que ce soit strict. Je parle dans le cas d'un confinement. Si on ne le fait pas et qu'on n'est pas confiné où vont aller les enfants ? Vous allez les retrouver dans les cages d'escalier, les uns chez les autres, dans les squares et vous n'allez pas diminuer la contagion", a-t-il expliqué ce jeudi sur franceinfo. Et d'insister : "S'il faut fermer les écoles, cela veut dire qu'il faut tout fermer sauf les commerces essentiels alimentaires et autres."

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