Covid-19 : les risques de contamination lors des repas pointés du doigt par une étude française

DÉCRYPTAGE - Dans sa chronique "Les indispensables", Baptiste Morin s'est intéressé ce jeudi 17 décembre 2020 à l'étude de l'Institut Pasteur sur les lieux de contamination par le coronavirus.

RECHERCHE - Jusqu'ici, seules des recherches internationales avaient étudié les lieux où les contaminations au Covid-19 sont les plus fréquentes. Une étude de l'institut Pasteur portant en partie sur ce sujet a été publiée ce jeudi. Elle montre selon ses auteurs "une augmentation du risque associée à la fréquentation des bars et restaurants", ce que contestent les professionnels du secteur.

Cela fait maintenant des semaines que les restaurateurs se battent pour la réouverture de leurs établissements, estimant que leur fermeture ne se justifie pas scientifuement. Faux pour Jean Castex, qui affirmait mardi sur Europe1 que l'"on dispose d'études internationales" sur le sujet. Ce jeuiqdi, une nouvelle étude, française cette fois-ci, vient enfoncer le clou. Réalisée par l'Institut Pasteur, en partenariat avec la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam), Santé publique France et l’institut Ipsos, elle indique que les repas en général jouent un rôle central dans les contaminations au Covid-19. L'étude montre par ailleurs que la fréquentation des commerces et des transports en commun n'est en revanche pas associée à un risque supplémentaire.

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Les repas, un rôle central dans les contaminations

"On voit dans cette étude une augmentation du risque associée à la fréquentation des bars et restaurants", explique à l'AFP l'auteur principal de ces travaux, Arnaud Fontanet. Selon deux volets de l'étude réalisés en octobre/novembre, l'un portant sur des questionnaires adressés à 25.600 personnes infectées tirées des fichiers de l'assurance-maladie (Cnam), et l'autre sur 3.400 volontaires infectés et 1.700 non-infectés interrogés par les chercheurs, les réunions privées et la fréquentation des bars et des restaurants ont été responsables de la plus grande part des infections : 19% et 12% respectivement. Lorsqu'elles étaient faites en dehors du foyer, les contaminations au sein du cercle familial ont eu lieu à 45% lors d’un repas sans occasion particulière, à 11,7% lors d'un événement festif et à 2,6% lors d'une cérémonie. Dans le cercle amical, les repas sans occasions particulières représentent 53,1% des vecteurs de transmissions, les événements festifs 17,8%, et les cérémonies 1,2%. Enfin, lorsque la personne malade interrogée ne connaissait pas les circonstances de sa contamination, elle suspectait dans 5,8% des cas des soirées festives, cérémonies et spectacles et dans 22,4% des repas sans occasion particulière.

Pour Arnaud Fontanet, qui est aussi épidémiologiste à l'Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique qui guide le gouvernement, il est cependant important d'interpréter ces résultats avec prudence, alors que le sujet est "éminemment sensible". D'autant que l'étude, a été menée pendant le couvre-feu puis le confinement, quand les établissements étaient partiellement voire complètement fermés. Il est donc difficile de savoir "quelle est la part réelle des restaurants et des bars dans la transmission" du virus, puisque cette période ne correspondait pas à leur fonctionnement normal, indique-t-il. Deux autres études, américaines, ont cependant déjà pointé du doigt récemment le rôle des restaurants dans les contaminations. L'une a été publiée en septembre par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d'Atlanta, l'autre en novembre dans la revue médicale Nature. "Il y a un faisceau d'arguments", dit le professeur Fontanet, en citant ces deux travaux, sa propre étude ainsi que "de nombreuses descriptions de transmission dans des restaurants" à travers le monde. "L'ensemble montre que c'est un lieu à risques, en revanche, l'ampleur du risque doit être réévaluée dans des conditions d'ouverture beaucoup plus classiques" que celles de son étude, juge-t-il.

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Les auteurs de l'étude de l'Institut Pasteur, insistent donc sur l'importance des gestes simples, comme le respect des distances physiques "y compris lors des repas pour les personnes fragiles (leur proposer de manger à une table séparée)", le port du masque "dès le repas terminé", l’hygiène des mains, le nettoyage des surfaces et l’aération des locaux, pour se prémunir du virus, et ce d'autant plus à l'approche des fêtes de fin d'année.

Les professionnels du secteur de la restauration furieux

Suite aux résultats de cette étude, quatre organisations professionnelles de l'hôtellerie-restauration ont vigoureusement réagi. L'Umih, principale organisation patronale du secteur, le GNI (indépendants), le GNC (chaînes hôtelières) et le SNRTC (restauration commerciale) "continuent de dénoncer l'absence de preuves scientifiques justifiant la fermeture des restaurants et des bars", indiquent-ils dans un communiqué commun ce jeudi. L'étude de l'institut Pasteur qui devait attester d'un "sur-risque de contamination à la Covid-19" dans leurs établissements "vient dire ce que l'on veut lui faire dire, au moyen s'il le faut de déclarations purement scandaleuses et diffamatoires", estiment-ils.

Pas de risque avéré dans les transports en commun

Tandis que ceux qui militent pour la réouverture des restaurants et des lieux de culture argumentent sur l'illogisme du gouvernement qui autorise, en parallèle, les Français à s'entasser dans les transports, l'étude montre que ceux-ci "n’ont pas présenté de sur-risque, avec même une baisse de risque pour ceux voyageant en bus ou en tramway". Le co-voiturage, en revanche, est associé avec une augmentation du risque d’infection, notent les scientifiques.

Bien que l'étude ait été réalisée à une période d’activité contrôlée de leur ouverture, les commerces n'ont pas été identifiés comme facteur de risque supplémentaire de contamination au Covid-19. La fréquentation des salles de sport, elle, a en revanche montré un risque supplémentaire de contracter le coronavirus, contrairement à l'exercice physique en extérieur. 

Le télétravail associé à une diminution de 30% du risque d’être infecté

Les auteurs de ces travaux identifient également certaines professions comme étant plus vulnérables au Covid-19, comme les ouvriers, les chauffeurs, les professions intermédiaires de la santé et du travail social et les cadres administratifs et commerciaux. "Le télétravail est associé à une diminution de 30% du risque d’être infecté", soulignent-ils. Cela à condition, cependant, de ne pas être trop nombreux à la maison. Car l'étude met en avant "une augmentation du risque associée à un nombre plus élevé de sujets vivant dans le foyer, à la présence d’enfants en crèche, maternelle, ou scolarisés dans le foyer".

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