Covid-19 : ce n'est pas dans les régions les plus touchées que l'on vaccine le plus

Valery HACHE / AFP

PARADOXE - Les chiffres du nombre de personnes vaccinées en France dévoilés, il apparaît que toutes les régions n'avancent pas au même rythme. Et celles où le virus circule le plus se trouvent être celles où l'on vaccine le moins...

Comme annoncé ce week-end, le deuxième vaccin anti-Covid autorisé en Europe, Moderna, sera distribué dès mercredi en France de manière prioritaire dans les régions où le virus circule activement. Une première depuis le lancement de cette campagne de vaccination inédite puisqu'aucune priorisation régionale n’avait été officiellement annoncée pour la distribution du vaccin de Pfizer/BioNTech. 

Ce tournant inattendu dans la stratégie vaccinale déployée par le gouvernement laisse-t-il pour autant présager que le nombre de personnes vaccinées sera au rendez-vous dans les zones concernées ? Pas si sûr.

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Deux semaines après le lancement de la campagne de vaccination, le gouvernement a en effet dévoilé ce lundi le nombre de personnes ayant reçu la première dose du vaccin en France, à savoir 138.351. Région par région, il ressort de ce premier point d'étape que la vaccination n'avance pas au même rythme sur le territoire. Et contrairement aux idées reçues, ce n'est pas dans les zones les plus impactées par l'épidémie que l’on vaccine le plus.

Un paradoxe en Paca

Pour l'heure, les régions les plus touchées par le virus - et qui recevront donc mercredi les 50.000 premières doses du vaccin anti-Covid-19 de Moderna - sont le Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d'Azur (Paca), a précisé le ministère de la Santé. Or, d'après la carte des vaccinations dans l'Hexagone, quand on rapporte ces chiffres au nombre d’habitants, les régions qui ont le plus vacciné pour l’instant se trouvent être la Normandie (0,37 % de la population) et la Nouvelle-Aquitaine (0,31%) dont les taux d’incidence sont pourtant bien inférieurs aux trois régions précédemment citées. 

Parmi celles plus durement frappées, la Bourgogne-Franche-Comté s'inscrit en quatrième position des territoires ayant le plus vacciné (0,26 %) tandis que le Grand Est s'inscrit en septième position (0,21%) et la région Paca en 13e position, avec seulement 0,13 % de la population vaccinée. À titre de repère, la moyenne française est de 0,21 %.

Du retard dans le démarrage de la campagne ?

Comment expliquer ce paradoxe en Paca ? Déjà, fin novembre, Renaud Muselier, président de la Région mettait en garde sur cette éventualité. "On a pris du retard sur la vaccination, il faut qu'on accélère. On peut rater le démarrage d'une campagne, on peut se tromper au début, mais on n'a pas le droit de se tromper en permanence", prévenait-il, appelant le gouvernement à s'appuyer sur les collectivités. 

Mardi 5 janvier, lorsqu'elle a dévoilé le calendrier de la campagne de vaccination prévue dans les Ehpad de la région, l'ARS Paca s'était, elle, défendue de tout contre-temps. "La campagne de vaccination vient de débuter car les approvisionnements étaient programmés pour janvier", justifiait l'agence

"Le contexte européen nous a pris à revers. De plus, il fallait attendre les validations des vaccins. La France met en œuvre son programme tel que prévu dès le départ", insistait le directeur général de l'ARS, Philippe De Mester. "Certains nous reprochent d'être trop prudents, mais on doit être précautionneux envers les publics fragiles. Nous sommes dans notre timing."

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À noter tout de même que sur les 6926 personnes vaccinées en Paca, plus de 4000 sont des résidents des Alpes-Maritimes qui se distinguent des autres départements par un démarrage plus précoce de la campagne de vaccination et une mobilisation importante des différents acteurs (hôpitaux, villes, Ehpad, etc.). 

Les discours de personnalités publiques en cause ?

Mais ces premiers chiffres sur la vaccination en France viennent aussi conforter l'analyse de la géographe Lucie Guimier. Fin novembre, avant même l'arrivée des premiers vaccins, et le lancement de la campagne, dans une tribune au Monde intitulée "Entre le nord et le sud de la France, des disparités territoriales sur l’opposition à la vaccination", cette dernière expliquait notamment que dans le sud de la France, le rôle des médecins et des acteurs politiques pourrait expliquer la progression du scepticisme à l'égard des vaccins anti-Covid. 

"On constate de plus en plus souvent que des médecins ou soignants dissidents ainsi que des acteurs politiques en quête d’électeurs jouent un rôle dans la progression de ce scepticisme (...) L’attention portée aux antivaccins efface bien trop souvent les responsabilités de certains acteurs influents dans la manifestation de cette défiance", écrivait-elle, entre autres.

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"On pourrait croire qu'avec internet, tout est uniformisé. (...) Mais historiquement, le refus vaccinal est plutôt ancré dans le sud", détaillait-elle quelques jours plus tard auprès de l'AFP, relevant le cas de Marseille. "L'idée s'est renforcée que c'est une ville rebelle face à l'État central. C'est assez dangereux en termes de santé publique." 

Pour rappel, en septembre, Samia Ghali, deuxième adjointe à la mairie, avait notamment affirmé qu'elle refuserait le vaccin. Et Lucie Guimier de souligner : "Les discours anti-vaccins de personnalités publiques font beaucoup de dégâts. Les gens se disent : 'Ils sont au pouvoir, ils savent ce qui se cache derrière'."

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