Combien d'élèves sont réellement positifs au Covid-19 ?

Combien d'élèves sont réellement positifs au Covid-19 ?

MISE AU CLAIR - Le ministre de l'Education nationale s'est félicité ce vendredi 6 novembre du protocole sanitaire dans les écoles, avançant que seuls 3500 élèves étaient infectés au coronavirus. Un chiffre étonnement stable depuis la rentrée. Qu'en est-il réellement? LCI fait le point.

Avec seulement "0,03%" des élèves porteurs du Covid-19, Jean-Michel Blanquer a de quoi se féliciter. Vendredi dernier,  le ministre de l'Education nationale s'est appuyé sur les chiffres des infections dans les établissements scolaires pour prouver que l'épidémie était "maîtrisée" dans ce milieu. Il a ainsi assuré que sur les 12 millions d'élèves scolarisés, seuls 3528 d'entre eux étaient infectés à la fin de la semaine dernière. Un chiffre en deçà de ce que montrent les données des laboratoires français. Et très loin de la réalité épidémiologique du pays. 

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Sept fois plus de cas chez les enfants de 0 à 19 ans

Cette information, avancée par le ministre sur RTL, on la retrouve dans le dernier point hebdomadaire publié, comme chaque vendredi, par le ministère. Daté du 6 novembre, il reprend les données cumulées des quatre jours précédents et arrêtées au jeudi à 13h. Seulement, comme l'ont remarqué certains internautes, ces chiffres sont très éloignés de ceux de Santé publique France. Consultables en détail sur le portail Geodes, ces derniers reprennent les remontées du Système d'Informations de DEPista (SI-DEP), basé sur le résultat des tests PCR pratiqués en France. Pour rappel, cet indicateur classe la population par tranche de dix ans. Or, si on revient sur les dates prises en compte par le ministère - à savoir du 2 novembre au 4 novembre - on découvre qu'il y a eu 4566 enfants de 0 à 9 ans testés positifs sur cette même période, et 21.066 adolescents de 10 à 19 ans. Soit un total de 25.632 cas entre 0 et 19 ans. C'est près de sept fois plus que les cas recensés par le ministère. 

Alors pourquoi une telle différence? Bien sûr, tous les individus âgés de 0 à 19 ans ne vont pas à l'école, soit parce qu'ils sont trop jeunes (0 à 3 ans), soit parce qu'ils ont déjà quitté le système scolaire. C'est d'ailleurs ce que nous indique d'entrée de jeu le ministère de l'Education nationale. Contacté par LCI, il rappelle de fait que cette catégorie n'est pas "très précise"  et qu'elle peut prendre en compte des personnes qui ne sont pas scolarisées. "Les élèves que nous avons en cas positifs sont des élèves à l'école", souligne-t-on. Mais ce premier argument peine à justifier en lui seul un tel écart. De fait, chez les bébés, les tests PCR sont très rares, et restent indiqués uniquement dans certaine situation exceptionnelle. Et pour les plus âgés, le taux de scolarisation atteint tout de même 96% chez les ados de 16 ans et 94% chez ceux de 17 ans. Il ne chute à 79% qu'à partir de 18 ans. 

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Seconde hypothèse, celle d'un problème lors du recensement. De fait, le ministère ne répertorie pas lui-même les cas positifs. "Le ministère n'a pas le droit d'avoir des informations sur la santé des élèves et le secret médical", est-il rappelé. Donc, "si l'information n'est pas donnée par un parent ou par l'ARS", l'Education nationale ne pourra pas la recenser. De quoi "expliquer ce décalage". Quoi qu'il en soit, l'Education nationale a tenu à rappeler auprès de LCI que ces données ne montrent pas que les écoles sont des lieux de transmission. "Il est probable que ces élèves positifs aient été contaminés hors contexte scolaire."

Une tendance épidémiologique étonnante

Le souci, c'est que Jean-Michel Banquer a utilisé ces contaminations recensées au sein du système éducatif pour conclure qu'elles restent "en dessous des proportions qu'on rencontre dans le reste de la population". Pour lui, l'école ferait donc figure d'exception dans le rebond épidémique que connaît le pays. C'est en effet ce qu'on peut conclure si l'on prend les données du ministère de l'Education nationale. Depuis la rentrée, les chiffes sont particulièrement stables. Sur le premier communiqué, daté du 18 septembre, on avait ainsi 5056 cas positifs enregistrés en une semaine. Un mois après, le vendredi 9 octobre, on en avait 5279. Une constante. Seul pic, 8223 élèves positifs la semaine du 16 octobre. Cette stabilité serait dès lors la preuve pour le gouvernement que l'épidémie dans les classes est maîtrisée.

Sauf que la tendance générale dans cette classe d'âge n'est pas du tout la même, bien au contraire. En regardant les données de Santé publique France sur le taux d'incidence - soit le nombre de tests positifs pour 100.000 habitants - par catégorie d'âge, on voit une réelle explosion depuis la rentrée. Cet indicateur est passé de 35,7 en semaine 38, soit du lundi 14 septembre au dimanche 20 septembre, à 94,1 du 26 octobre au 1er novembre chez les enfants de 0 à 9 ans. Pour ceux de 10 à 19 ans, on passe de 138,9 pour 100.000 habitants à 424,6. Une multiplication par trois qui se retrouve à l'échelle nationale et dans toutes les classes d'âge. En semaine 38, le taux d'incidence était de 112,6 pour 100.000 habitants contre 496,5 en semaine 44.

Si leur vulnérabilité n'est pas plus forte que dans les autres classes d'âges, les élèves en âge d'être scolarisés sont bel et bien touchés par le Covid-19. Que ce soit sur le nombre de cas positifs ou sur la dynamique de la maladie dans cette population, les chiffres du ministère sont donc loin de la réalité. Tout comme la conclusion du ministère de l'Education nationale. Si rien ne permet de savoir où ces jeunes sont infectés, rien ne permet non plus d'assurer, comme l'a fait Jean-Michel Blanquer, que cette catégorie est épargnée. 

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