Covid-19 : confiner pendant trois jours, quelle efficacité ?

Covid-19 : confiner pendant trois jours, quelle efficacité ?

EXPRESS - Un confinement de 72 heures s'est amorcé ce dimanche à minuit à Auckland en Nouvelle-Zélande. Drastique dans ce pays internationalement salué pour sa gestion très efficace de la pandémie, la mesure a aussi de quoi interpeller par sa durée. Quels sont les bénéfices escomptés ? Serait-ce pertinent de la décliner ailleurs ?

Confinement express. À l'heure où la situation sanitaire dans l'Hexagone apparait en sursis face à la progression de nouveaux variants et où la demande de certains observateurs de remettre le pays sous cloche est réitérée, la formule néo-zélandaise pourrait s'apparenter à un moindre mal pour les Français. Voire faire des envieux. 

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Les deux millions d'habitants d'Auckland, la plus grande ville du pays dont l'efficacité de la riposte à la pandémie a été saluée à l'étranger, viennent en effet de se confiner pour 72 heures, après la découverte d'un foyer de contamination au coronavirus. Quel est le but recherché derrière ce premier confinement, pour le moins furtif, en près de six mois ? La mesure pourrait-elle se révéler inspirante ailleurs ? 

Quels résultats escompter ?

École et commerces resteront fermés lundi, à l'exception des entreprises jugées "essentielles", a ordonné la Première ministre Jacinda Ardern, après que trois membres d'une même famille ont été testés positifs ce week-end, dont deux porteurs du variant britannique. Objectif ? Tenter de contenir un premier foyer d'infection à cette souche concernant laquelle les autorités ont précisé qu'elles ignorent toujours comment elle est arrivée sur l'archipel, qui semblait avoir presque totalement éradiqué le virus. "Ces résultats confortent la décision d'agir de façon rapide et énergique pour détecter et empêcher tout risque de nouvelle contamination", a dit le ministère.

"Il faut replacer ça dans le contexte local avec un nombre de cas minimal", commente d'emblée, auprès de LCI, le Pr de santé publique Philippe Amouyel, tout en rappelant que le pays "a fait le choix de l'objectif zéro Covid comme beaucoup de pays d'Asie". Avec  seulement 25 morts, 2336 cas depuis le début de la pandémie et 47 au moment du recensement ces derniers jours, la formule se présente de fait comme adaptée aussi bien à la situation qu'au territoire. "On a un cluster, on verrouille tout, on ferme les entrées, on trace les cas", décrypte l'épidémiologiste qui considère que la stratégie du "tester, isoler, tracer" n'a effectivement d'intérêt que lorsqu'il n’y a pas trop de cas positifs dans la population et que l'épidémie est contrôlée. "Trois jours, ça permet d'éviter de diffuser le virus, de voir comment les chiffres évoluent et éventuellement de prolonger le confinement si besoin pour maintenir le seuil ultra bas de circulation du virus", approuve-t-il.

Une formule déclinable en France ?

"La stratégie 'zéro covid' n'est pas celle retenue en France où on a 20.000 cas qui circulent par jour", tempère le spécialiste qui explique qu'à date, "c'est trop tard" pour pouvoir prétendre à un confinement à la fois court et efficace dans l'Hexagone, mais qu'il faudrait le cas échéant "réduire le nombre de cas pour l'appliquer de la même manière et aux mêmes fins qu'en Nouvelle-Zélande". 

Pour autant, estime-t-il, la France a en quelque sorte déjà expérimenté le "confinement court" à travers le cas guyanais. Pour rappel, depuis fin janvier, une partie du territoire français de l'Amazonie est confinée à partir de 19h le samedi soir, et l'autre à partir du dimanche à 00h, dans les deux cas jusqu'au lundi à 05h. Une mise sous cloche par alternance qu'avait déjà connue les Guyanais à compter de la fin juin, mais qui s'étendait à l'époque du samedi 13h au lundi 5h. L'objectif poursuivi se veut différent de celui des autorités néo-Zélandaises, analyse Philippe Amouyel pour qui il s'agit là de limiter "la propagation du virus en limitant les réunions privées et les repas de famille qui se déroulent principalement le week-end."

Que nous apprend l'exemple guyanais ?

Et l'expérience a montré que cela portait ses fruits, bien que cela prenne un peu de temps. Ainsi, entre le 3 juillet et le 4 octobre dernier, le nombre quotidien de cas en Guyane est passé de plus de 470 cas pour 100.000 habitants à 45, soit dix fois moins avec une baisse très régulière. Le constat a été le même dans les hôpitaux malgré une décrue un peu plus lente, avec 156 hospitalisations pour Covid début juillet contre 19 le 13 octobre, soit huit fois. Enfin, dans les services de réanimation, le nombre de patients était tombé de 30 à 5 sur la même période, soit six fois moins. Il aura donc fallu attendre fin juillet, soit cinq semaines après le début des restrictions pour que la baisse s'amorce vraiment.

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Pour rappel, ce scénario hybride avait d'ailleurs été présenté un temps comme sérieusement envisagé à l'automne, avant l'annonce d'un reconfinement plus classique mais avec écoles ouvertes contrairement au printemps. Mais pour Philippe Amouyel, ce sujet est aussi une affaire de terminologie. Car, illustre-t-il, le couvre-feu actuellement en vigueur, dès 18h dans l'Hexagone, pourrait s'apparenter à un "confinement allégé", lui aussi très court et par intermittence. 

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