Covid-19 : avec le variant Delta, les vaccinés sont-ils aussi contagieux que les non-vaccinés ?

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LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM – Depuis plusieurs semaines, des opposants à la vaccination arguent que cette protection serait inutile contre le variant Delta, car les personnes vaccinées seraient aussi contagieuses que les autres. Qu'en est-il réellement ? Nous répondons avec l'Inserm.

Soucieuse de lutter au quotidien contre les fausses informations, l'équipe des Vérificateurs a noué un partenariat avec l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Objectif : interroger les chercheurs les plus aguerris et répondre aux questions que se posent les internautes sur le coronavirus et la vaccination.

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Il s'agit aujourd'hui de décrypter l'une des rumeurs qui ont enflé tout au long de cette fin d'été. Qu'il s'agisse de personnes fermement opposées à la vaccination contre le Covid-19, d'hésitants ou de sceptiques, nombreux sont ceux qui pensent que face au très virulent variant Delta, cette protection est désuète. Car selon eux, "les vaccinés infectés seraient aussi contagieux que les autres". S'ils s'appuient sur un document fiable révélé fin juillet, cette analyse est "un raccourci" trompeur, comme le résume Claude-Agnès Reynaud, directrice de recherche au sein de l'Institut Necker-Enfants Malades (Inserm/CNRS/Université de Paris). 

De rares cas de personnes infectées

Pour étayer leurs propos, ces opposants s'appuient sur de très récents documents des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC). Une note interne de la principale agence sanitaire des États-Unis a fait état d'une charge virale quasi-similaire chez les personnes ayant été infectées par le variant originaire d'Inde, qu'elles aient bénéficié du vaccin ou qu'elles n'aient pas reçu de dose. Mais alors, cela est-il si inquiétant ? 

Tout d'abord, il est important de souligner qu'il s'agit d'observations sur "une minorité de cas" de personnes infectées bien que vaccinées, et non pas sur la totalité des personnes immunisées, comme le souligne la directrice de recherche. Il n'est en effet pas surprenant que, à de "rares occasions" des personnes immunisées soient porteuses du virus, car la vaccination ne protège pas à 100% contre l'infection : les taux de protection sont de 90-95% pour les vaccins à ARN messager, un peu moins contre le variant delta (80-85%). C'est ce que l'agence américaine appelle les "breakthrough infections"

Reste qu'avant, face aux autres souches du virus, les vaccins permettaient de réduire la charge virale chez ces patients. Ce qui ne semble plus être le cas avec ce variant venu d'Inde. "C’est vrai que pour le Delta, la charge virale est comparable à celle des non-vaccinés", selon ce rapport préliminaire, "mais cela ne concerne que les 10% de personnes qui ont été en échec du vaccin", corroborait le 2 août, sur notre antenne, Christian Bréchot, virologue et ancien directeur de l'Inserm.

Une charge virale qui diminue rapidement

Par ailleurs, on ne parle ici que de charge virale. Concernant la contagion à proprement parler, celle-ci "est le produit de la charge virale et de sa durée", nous explique l'immunologiste Claude-Agnès Reynaud. Or, de récentes données, publiées dans une étude en pré-print le 31 juillet, montrent que la charge virale des infectés vaccinés chute plus rapidement que celle des infectés non-vaccinés. "Sur la base de nos données, il semble probable que la vaccination réduise les transmissions secondaires, bien que cela doive être étudié de manière plus approfondie", conclue ainsi l'équipe de chercheurs singapouriens.

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En résumé, les données américaines, portant sur un petit échantillon de 135 patients dans le Massachusetts, et qui ne sont ni consolidées, ni issues d'une étude scientifique validée par des pairs, montrent bien que le variant Delta peut laisser, aux premiers jours de l'infection, une charge virale équivalente chez tous les patients contaminés, qu'ils soient vaccinés ou non. 

Mais cela ne remet en rien en cause la vaccination. Comme le résume notre interlocutrice de l'Inserm, "oui, une personne qui répond mal au vaccin, ça peut arriver, et sa charge virale peut se rapprocher de celle de quelqu'un qui n'est pas vacciné". Et de poursuivre avec une précision qui a son importance : "Sauf que chez elle, on voit que le virus disparait plus vite, et qu'il n'attaque pas les poumons. Et donc que le vaccin évite les formes graves." Car ce point est finalement le plus important. 

Si le virus est présent dans la sphère nasopharyngée, zone dans laquelle on détecte le Covid-19 par PCR, ce n'est qu'une fois qu'il atteint les poumons que cela pose problème. "Avant, c'est juste un rhume". "Or, les anticorps produits par le vaccin sont très efficaces au niveau pulmonaire", relève Claude-Agnès Reynaud. Ainsi, dans le même document des CDC que celui cité par ces opposants à la vaccination, on observe également que le vaccin contre le Covid-19 est particulièrement efficace, même contre le variant Delta. Un individu vacciné a huit fois moins de risques d'être contaminé et 25 fois moins de risques d'être hospitalisé. Alors, comme le résume la directrice de recherche, face à ce type d'informations, "il vaut mieux raison garder". Entre présence de charge virale seule et réelle maladie, "tout ne peut pas être mis sur le même plan".

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