Coronavirus : se contamine-t-on plus dans les salles de sport ?

Où ont lieu les contaminations ?
Santé

PROPAGATION - Contraints de fermer leurs établissements par le gouvernement dans les villes les plus touchées par un regain du coronavirus, les représentants des salles de sport ne cessent de répéter qu'ils ne sont pas à l'origine de foyers de contamination. Rien ne permet en effet d'assurer le contraire.

Le mois de septembre représente 30% du chiffre d'affaires du secteur. C'est donc sans surprise que l'obligation de fermeture des salles de sport dans plusieurs métropoles depuis le lundi 28 septembre passe mal pour ce secteur, déjà durement touché par la crise. Signe de l'incompréhension, une quinzaine de procès ont été lancés dans toute la France. Après avoir perdu un premier round en justice, à Bordeaux, les salles de fitness ont eu gain de cause ce jeudi 1er octobre à Rennes. Signe que la responsabilité de ces lieux dans la propagation du coronavirus reste encore à prouver.

Un secteur professionnel jugé "à risque"

"La liste exhaustive des foyers de contamination recensés en Bretagne au 11 septembre (...) ne comporte aucun établissement de cette catégorie", a ainsi noté le juge ce jeudi, donnant raison aux professionnels du milieu. Entre les employés masqués, les séparateurs en plexiglas aux comptoirs et près de la moitié des machines condamnées pour permettre la distanciation sociale, le secteur se félicite des mesures sanitaires mises en place dans ces établissements. A Bordeaux, lors d'une autre décision judiciaire, les avocates de deux géants du milieu avaient ainsi insisté sur "l'absence de cluster dans les salles de sport grâce au protocole sanitaire très rigoureux mis en place". 

Les salles de sorts avancent en effet de bons chiffres. Auprès de LCI, le syndicat Union Sport Cycles assure que, "sur les 27 millions de passages dans les salles de sport depuis le 1er juin", seuls 207 cas ont été "répertoriés par les agences régionales de santé". Même constat pour la franchise Fitness Park, qui évoque de son côté le nombre de "63 cas seulement sur 7 millions de passages en 3 mois", dont aucun dans l'une de ses 250 salles. A noter cependant que ces données ne sont que déclaratives. Car côté chiffres officiels, on n'en apprend pas beaucoup plus. Santé publique France ne recense pas les lieux où sont infectés les Français mais uniquement les "collectivités". L'agence sanitaire note toutefois bien les foyers épidémiques dans les entreprises. Et là, les résultats montrent que parmi les "cinq secteurs des entreprises les plus à risque", dont fait notamment partie l'industrie alimentaire (57%) ou les transports (27%), le milieu des "activités sportives, récréatives et de loisirs" compte pour 17% des foyers de contamination dans le milieu professionnel depuis le début de l'épidémie. 

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L'enjeu est de "minimiser" les risques

Contrairement à la France, certains Etats américains détaillent, eux, les lieux de transmission du coronavirus. C'est par exemple le cas en Louisiane. Selon les données recueillies par la National Public Radio (NPR) à la mi-août, le secteur industriel y est le principal propagateur du virus, suivi par les bars puis les restaurants. Par contre, sur les 293 foyers de l'Etat, seuls cinq étaient liés à des salles de gym ou fitness, ce qui représente 31 malades. Soit moins de 2% de la totalité des cas positifs.

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Et pourtant, lors de sa conférence de presse du 24 septembre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a évoqué ces lieux comme des "espaces confinés où le port du masque est impossible et qui sont des lieux hélas de contamination importants". Idem pour la préfecture de Gironde, qui a invoqué, par l'intermédiaire de l'Agence régionale de santé, des "risques sanitaires liés à l'aérosolisation" dans ces espaces clos sans port du masque. 

Pourquoi, alors, un tel discours politique quand aucun résultat ne semble montrer qu'on se contamine dans les salles de sport ? Parce que là n'est pas la question. C'est en tout cas ce que nous dit Etienne Decroly, directeur de recherches au CNRS, qui estime que face à une deuxième vague, "l'enjeu n'est pas de savoir si les contaminations sont plus nombreuses dans les salles de sports que dans les autres lieux recevant du public" mais simplement de reconnaître que "ce sont des lieux à risque". "L'enjeu aujourd'hui est surtout de minimiser les contaminations." Quitte à prendre des décisions de précaution, donc. Un principe jugé "disproportionné", pour reprendre les termes utilisés ce mercredi à Rennes par Me Émilie Marie, avocate de trois gérants du secteur. 

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