Covid-19 : faut-il vraiment redouter l'arrivée des beaux jours ?

Covid-19 : faut-il vraiment redouter l'arrivée des beaux jours ?

CASSE-TÊTE - Avec le retour d'une météo plus clémente, les autorités redoutent les éventuelles conséquences des rassemblements en extérieur, propices à une accélération de la circulation du virus. Or, les avis de scientifiques divergent sur la question.

Faut-il s’inquiéter du retour des beaux jours et des rassemblements qu'il encourage ? Si l'on en croit les 3.600 policiers et gendarmes déployés dimanche à Paris pour tenter de réguler l'affluence sur les quais de Seine, la réponse est oui. C'est aussi ce que suggère l'interdiction d'accéder aux berges de la Garonne, décidée samedi soir face au relâchement observé. Tout comme le message de fermeté adressé une semaine plus tôt par plusieurs préfectures à la veille d'un week-end printanier propice au pique-nique ou aux promenades au-delà du couvre-feu : "pas de relâchement malgré le beau temps".

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"Plus que jamais, le respect des règles sanitaires, du couvre-feu, des gestes barrières, sont un impératif majeur (...) Je mesure qu'il est de plus en plus difficile à mesure que la météo s'adoucit, que les journées se rallongent, mais nous devons absolument maintenir ces efforts et tenir ensemble" avait souligné le 17 février, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, lors de son point presse hebdomadaire, témoignant l'inquiétude de l'Exécutif sur la question. Pour autant, du côté des scientifiques, les avis se révèlent plus mitigés.

Pourquoi le beau temps inquiète ?

Si les rassemblements observés en cette période de redoux, notamment dans les villes fluviales, ne sont pas sans rappeler ceux qui ont succédé au premier déconfinement, sur les bords du Canal Saint-Martin ou un mois plus tard lors de la Fête de la Musique, le contexte actuel se veut toutefois différent. "Contrairement à juin 2020, nous ne sommes pas en été", souligne l'épidémiologiste Mircea T. Sofonea auprès du Parisien, des études ayant montré que le virus affectionne particulièrement les températures comprises entre 3 et 17 avec un taux d'humidité particulier. "Et les niveaux de contaminations sont aujourd’hui plus élevés qu’à l’époque", ajoute-t-elle. 

Or, en cas de forte affluence comme celle observée dans la capitale ce week-end, des occasions de le faire circuler existent bel et bien. "Il n’y a pas de masque, il y a des rassemblements avec des gens serrés, mais surtout il faut parler fort, car il y a de la musique et du bruit, donc on projette encore plus loin les postillons, sources de contamination", détaille la maître de conférences à l’université de Montpellier (Hérault).

Pour le professeur Philippe Amouyel, il s'agit avant tout d'une question de bon sens. "Si vous êtes plusieurs centaines agglutinées sur des quais sans aucune mesure barrière ou seul à marcher à marée basse sur une grande plage, ça n’a pas les mêmes conséquences", estime l'expert en santé publique pour Sud Ouest. Et de poursuivre : "Un des éléments de lutte contre la propagation de l’épidémie qui est intéressant, c’est la limitation de la consommation d’alcool en extérieur. Car c’est un désinhibant qui fait tomber les mesures barrières."

Pourquoi faut-il relativiser ?

"Moi, ces scènes ne m'inquiètent absolument pas", a pour sa part tempéré l'épidémiologiste et médecin de santé publique Martin Blanchier ce lundi sur CNews, commentant les images d'affluence sur les quais de Seine ce week-end, estimant même qu'"il faut pousser les gens dehors". Et de s'en expliquer : "Je le rappelle les contaminations ne se font pas en extérieur. C'est bien pour ça que cet été l'épidémie est restée strictement calme. Il ne faut pas affoler les gens sur les scènes qui se passent en extérieur. Les contaminations sont toujours cachées parce qu'elles se font en intérieur et essentiellement dans des circonstances de repas, soit des repas de famille qu'on fait à l'intérieur, soit des repas qu'on fait au bureau. Qu'ils aillent manger dehors, ça fera du bien à l'épidémie." 

Il a poursuivi sa démonstration en s'appuyant sur les témoignages de médecins généralistes dans le Sud de la France : "(ils) m'ont envoyé des messages en me disant qu'ils avaient enquêté à chaque fois sur les cas de Covid et où est ce que les gens s'étaient infectés. Et systématiquement, c'était soit les gens qui avaient fait des trajets en voiture ensemble, soit les gens qui avaient été au travail et qui avaient déjeuné avec leurs collègues dans une salle fermée". 

C'est d'ailleurs la théorie du Dr Guillaume Barucq, médecin généraliste à Biarritz, qui encourage auprès de Sud Ouest à se balader dehors, notamment sur les plages du littoral. Pour lui, "quand il se remet à faire froid, les gens sont plus à l’intérieur, ils ouvrent moins les fenêtres, ils sont moins dehors, ils se contaminent plus. Dès qu’il se remet à faire beau, les indicateurs baissent."

Que disent les études ?

Que dit la littérature scientifique sur la question ? "Comme je ne peux pas vous démontrer scientifiquement qu’il y a une vie sur Mars, je ne peux pas vous démontrer le taux de contamination au Covid-19 en extérieur", résume encore le professeur Philippe Amouyel, chef du service de santé publique, épidémiologie, économie de la santé et prévention au CHU de Lille pour Sud Ouest. Si les études manquent, celles a priori se voulant particulièrement contraignantes à réaliser, des travaux menés a posteriori par l’université Canterbury Christ Church en octobre dernier se veulent éclairants. 

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Ainsi, sur les 25 000 cas positifs étudiés, seuls 6 % ont pu être reliés à une composante extérieure telle qu'un événement sportif ou un concert qui sous-entendait un relâchement des gestes barrières malgré l'environnement (zone de grand air délimitée). "Nous n’avons quasiment pas identifié de cas dans des circonstances extérieures du quotidien", concluait à l'époque le Pr Mike Weed, l’un des auteurs de l’étude.

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