"Fiasco", "désespérant", "ridicule" : la lenteur de la campagne de vaccination sous le feu des critiques

"Fiasco", "désespérant", "ridicule" :  la lenteur de la campagne de vaccination sous le feu des critiques

LOGISTIQUE - "Si on voulait rater la campagne de vaccination, on ne s'y serait pas pris autrement". La campagne lancée par la France patine. Les critiques fusent de toutes parts pour réclamer une accélération.

"Un fiasco", "c'est ahurissant,  rien n'a été organisé." L'organisation de la campagne de vaccination en France fait l'objet de critiques cinglantes de la part de professionnels de santé qui critiquent pêle mèle les difficultés logisitiques, les retards auprès des publics prioritaires et même, plus généralement, la stratégie adoptée. "Si j'étais président de la République, je serais très dur avec mon ministre de la Santé", a plaidé sur LCI l'épidémiologiste Martin Blachier. "C'est le plus grand fiasco qu'on aura jamais eu dans le monde de la santé. Un fiasco sur le plan logistique, sur le plan de la communication..." L'intéressé critique notamment le choix des autorités de santé de ne pas avoir encore mis en place de centres de vaccination à l'allemande, ces vaccinodromes qui ont déjà permis de vacciner 180.000 personnes en une semaine Outre-Rhin. 

"Toute la communauté soignante ne comprend pas pourquoi il y a un tel écart avec l'Allemagne : l'Allemagne vaccine 20.000 personnes par jour, nous sommes à  50", résume le Pr Mehdi Mejdoubi, du centre hospitalier de Valenciennes. 

"C'est une déroute. Nous ne sommes absolument pas préparés", a dénoncé sur LCI Philippe Juvin, chef du service des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou et maire LR. "On n'a même pas organisé la façon dont ça se passe. Pourquoi ? Parce qu'on n'a pas voulu vexer certaines corporations de médecins qui ont dit 'on ne veut pas être écartés comme on a été écartés pendant le H1N1", poursuit de son côté Martin Blachier. "Mais qu'est ce qui est le plus important ? De vacciner les Français ou de soigner les susceptibilités ?"

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Covid-19 : le défi de la vaccination

"Les Français sont pris en otage de considérations politiciennes"

"Je crois que c'est comme ça que ça a été pensé et c'est gravissime", a repris Martin Blachier avec agacement. "Les Français sont pris en otage de petites considérations politiciennes ridicules, internes au monde de la Santé." D'après lui, la vaccination n'ira pas assez vite si elle se fait exclusivement dans les cabinets médicaux et si le consentement par écrit ainsi que le délai de réflexion sont obligatoires. 

"Si on voulait rater la campagne de vaccination, on ne s'y serait pas pris autrement", a-t-il fini par considérer, développant un peu plus tard : "Les gens sont sceptiques sur le vaccin. (...) Ils vont aller chez leur médecin généraliste, là va s'engager une discussion et le médecin va essayer de convaincre la personne qui est venue de se faire vacciner. Qui imagine que ça peut marcher ?" Martin Blachier a ensuite réclamé une vaste campagne d'information du gouvernement puisque selon lui, l'adhésion à la vaccination passe inévitablement par une "communication de masse" et non par un entretien individuel avec son médecin.  

Des congélateurs toujours pas autorisés

A l'hôpital comme en médecine de ville, les critiques fusent depuis plusieurs jours. "C'est désespérant, on est ridicule", a renchéri l'urgentiste Patrick Pelloux sur LCI dénonçant "le poids administratif délirant." (Voir la vidéo ci -dessous).  Parmi les autres motifs de critique : les lourdeurs administratives. Ainsi une dizaine de supercongélateurs  sur les cent déployés afin de stocker les vaccins Pfizer, sont toujours en attente de validation, rapporte dimanche le JDD. 

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Campagne de vaccination : "C'est désespérant, on est ridicule", dénonce Patrick Pelloux

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Des hésitations qui ne font "qu'accroître la défiance"

Pour la psychologue Marie-Estelle Dupont le rythme prudent de la campagne de vaccination choisi par le gouvernement se retourne désormais contre lui. "Le gouvernement a fait l'erreur de croire qu'en y allant doucement il allait rassurer (...). Une ambivalence qui - au contraire - "n'a fait qu’accroître la défiance".  

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Vaccination : "Une hésitation et une ambivalence du gouvernement qui ne font qu’accroître la défiance"

Dans une série de messages postés deux heures avant les vœux d'Emmanuel Macron, le ministre de la Santé Olivier Véran a finalement annoncé  la mise en place "avant début février, de 1ers centres de vaccination en ville, pour commencer à vacciner les personnes âgées de 75 ans et plus, puis les 65 ans et plus". En Allemagne par exemple, des centres de vaccination sont déjà en place. "Pourquoi début février ? Normalement, ils devraient déjà être prêts", a encore critiqué l'épidémiologiste.

La campagne en France vise en priorité un million de personnes dans les Ehpad, ainsi que les soignants âgés de plus de 50 ans. À la mi-février, 700 000 personnes devraient avoir été vaccinées dans les Ehpad, d'après Alain Fischer, le "monsieur Vaccination" du gouvernement. Jeudi, seules 332 personnes avaient reçu une première injection du vaccin Pfizer/BioNTech.

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