Indicateurs dans le rouge mais pas de confinement en vue : le paradoxe de l'Île-de-France

Indicateurs dans le rouge mais pas de confinement en vue : le paradoxe de l'Île-de-France

FOCUS - Si les autorités écartent pour l’instant la piste d’un confinement régional, la situation est à nouveau critique en région parisienne, où hôpitaux et cliniques ont reçu l'ordre de déprogrammer des soins face à l'afflux de patients atteints du Covid-19.

"Le confinement de l'Île-de-France n'est pas d'actualité." Si la déclaration du directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, ce mardi sur RTL se veut pour certains rassurante dans l'immédiat, elle a aussi de quoi dérouter de l'avis de nombreux observateurs. Et pour cause : elle intervient alors que les différents indicateurs de l’activité épidémique sont de nouveau dans le rouge, à des niveaux élevés et pour la plupart à la hausse dans la région.

Or, à se référer à l'expérience des derniers mois, une telle dégradation des indicateurs de l'épidémie serait plutôt de nature à motiver des mesures de freinage supplémentaires, à l'instar de ce qui a été mis en place récemment dans les Alpes-Maritimes ou encore dans le Nord et le Pas-de-Calais.  

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Interrogé sur BFMTV ce mardi, le généticien et président de la Ligue contre le cancer Axel Kahn a ainsi déploré la déclaration du directeur général de la Santé, jugeant que ce dernier "a incontestablement tort". D’une part parce qu’"il pourrait être démenti" jeudi, lors du point presse hebdomadaire sur la situation sanitaire en France et alors qu'est prévu ce mercredi un nouveau conseil de défense sanitaire autour du chef de l'État. Mais aussi "parce qu’il met en avant un "deux poids, deux mesures' sur les territoires"

Réagissant à l'ordre donné dimanche par l'Agence régionale de santé (ARS) de déprogrammer 40% des opérations pour libérer des lits de soins critiques pour les patients atteints du Covid-19, Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon, à Paris, a lui aussi témoigné de son incompréhension face au paradoxe francilien lundi sur franceinfo : "c'est un aveu d'échec"

"La déprogrammation qui se met en place nous donne transitoirement un peu d’air, mais si le nombre de patients continue d’augmenter, cette réserve supplémentaire ne sera pas suffisante", a en outre alerté le professeur Djillali Annane, chef du service de réanimation de l’hôpital Pointcaré de Garches, ce mardi sur Europe 1. Et d'ajouter : "il faudra donc probablement reconfiner, même si le gouvernement n’a aucune envie de passer à nouveau par cette mesure drastique. Il faudrait prendre des mesures maintenant pour faire en sorte que la tension retombe dans une dizaine de jours".

Ce que disent les chiffres

L'Île-de-France, a vu le nombre de malades du Covid-19 monter en flèche dans les services de réanimation de ses hôpitaux, ces derniers jours. Avec 1018 malades soignés dans les différents services de réanimation de la région ce mardi, pour "moins de 1050 lits" disponibles au départ, "on est dans une situation de tension très forte", soulignait lundi le directeur général de l'Agence régionale de Santé (ARS), Aurélien Rousseau. 

La charge est d'ailleurs à ce point élevée qu'outre "l'ordre ferme" donné aux hôpitaux et cliniques de déprogrammer 40% de leurs activités, elle oblige à transférer de nouveaux patients vers d'autres régions. Le but ? Augmenter les capacités d'accueil, avec un objectif de 1577 lits de réanimation. 

Si la tension hospitalière est évaluée par CovidTracker à 86% à l'échelle de la région, la situation se veut en la matière très disparate d'un département à l'autre. En témoigne, l'exemple de la Seine-Saint-Denis où il y a désormais plus de patients dans les hôpitaux que de lits disponibles avant le début de la crise, avec un taux d'occupation de 124%, toujours selon CovidTracker. Pire encore est la situation en Seine-et-Marne où l'indicateur grimpe à 140%.

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Dans ces deux départements, le taux d'incidence atteint désormais respectivement 440 et 362, tandis que la moyenne pour toute l'Ile-de-France se situe à 351, soit bien au-dessus du seuil d'alerte maximale fixé à 250 par le gouvernement et de la moyenne nationale (217). 

D'ailleurs, la carte de France du taux d’incidence confirme que l’Île-de-France fait partie des zones où l’activité épidémique est la plus forte après Alpes-Maritimes (taux d’incidence de 472 cas pour 100 000 habitants) et le Pas-de-Calais (404 cas pour 100 000 habitants). Mais contrairement à ces derniers où la tendance est à  la baisse, les courbes témoignent en Ile-de-France d'une tendance à la hausse particulièrement marquée ces derniers jours, ce qui n'augure pas d'un soulagement dans les hôpitaux. 

Quant aux taux de positivité, cinq départements connaissent les plus élevés de France métropolitaine et devancent donc le Pas-de-Calais (10,3%) et les Alpes-Maritimes (9,7%). À savoir en Seine-Saint-Denis (13%), dans le Val-d'Oise (11,8% ), en Seine-et-Marne (11,7%), dans le Val-de-Marne (10,8%) et en Essonne (10,5%). 

Outre ces indicateurs, le taux de circulation des variants, a lui aussi de quoi interpeller dans la région. À commencer par le britannique, plus contagieux. Ainsi, sur les 45% des tests réalisés en Ile-de-France passés au criblage, soit 21.051 tests, la proportion de variant anglais excède 60% dans tous les départements. Elle atteint même à 63% dans les Yvelines et 71% en Seine-Saint-Denis. 

Également détectés sur le territoire, les variants brésilien ou sud-africain représentent quant à eux 6,8% des cas positifs, contre 6,5% la semaine précédente, avec notamment un taux qui s'élève à 9% dans les Hauts-de-Seine.  

Pourquoi ce paradoxe ?

Semblant assumer de ne pas avoir pris seulement en compte les indicateurs sanitaires pour prendre ses décisions, le gouvernement avait déjà renoncé la semaine dernière à imposer un confinement le week-end en Ile-de-France, région la plus peuplée du pays (12 millions d'habitants), notamment face aux réticences de la maire de Paris Anne Hidalgo et de la présidente de région Valérie Pécresse. 

Cette mesure a été limitée au Pas-de-Calais, après le littoral des Alpes-Maritimes et l'agglomération de Dunkerque. "À partir de quel taux d'incidence on décide de confiner le week-end, à partir de quelle courbe épidémique il faut décider pour tout le monde la même règle ?", pointait dès mercredi dernier le secrétaire national du PCF et député du Nord Fabien Roussel, mettant en cause les arbitrages de l'exécutif. À cette question, une source gouvernementale avait apporté des éléments de réponse à LCI, précisant que l'exécutif n'imposerait pas de confinement le week-end dans les territoires où les élus locaux n'en souhaitaient pas, comme à Paris, et contrairement au Pas-de-Calais, où la demande a été formulée par le préfet. 

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Sur France Inter, le président du Sénat, Gérard Larcher, a appelé mardi à "trouver un équilibre entre sécurité sanitaire et réalités économiques et sociales", au moment où l'Insee a estimé à 320.200 le nombre d'emplois détruits en 2020. Dès lors, la situation sociale ou démographique de chaque territoire est prise en compte, la densité de population et l'exiguïté des logements en Ile-de-France et plus particulièrement en Seine-Saint-Denis n'étant de ce point de vue pas comparable à celles des Hauts-de-France par exemple.

"La charge sanitaire hospitalière n'est pas la même dans la région Hauts-de-France et en Ile-de-France", justifiait toutefois vendredi le ministre de la Santé, Olivier Véran. Un argument repris ce mardi par Jérôme Salomon : "Cette mesure de dernier recours serait proposée au gouvernement et au chef de l'Etat si nous avions l'impression que l'hôpital ne pouvait pas tenir et que nous étions en face d'un risque majeur de ne pouvoir accueillir les malades graves à l'hôpital".  À l'AFP, le ministère de la Santé a en outre rappelé qu'"un réexamen de la situation sur l'ensemble du territoire, et notamment l'Ile-de-France" est prévu lors du conseil de défense sanitaire prévu ce mercredi.

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