"J’ai manqué de tourner de l’œil": le calvaire de ces femmes obligées d'accoucher masquées

"J’ai manqué de tourner de l’œil": le calvaire de ces femmes obligées d'accoucher masquées

TÉMOIGNAGES - Certaines maternités imposent le port du masque, y compris en salle de naissance laissant à de jeunes mères le souvenir d'un accouchement au bord de l'étouffement. Des recommandations encouragent à limiter cette pratique.

"Aux dernières nouvelles, le masque n’était pas obligatoire pendant l’accouchement". Laura fait partie de ces futures mères qui ont eu la mauvaise surprise de découvrir in extremis qu'elles allaient devoir être masquées pour mettre au monde leur enfant. "C’est quand je suis entrée en salle de naissance que l'on m'a dit que j'allais devoir pousser avec", poursuit la jeune femme qui a accouché début septembre, se rappelant avoir "essayé de négocier jusqu'au bout pour ne pas à avoir à le porter". En vain. "La sage femme m’a répondu 'on verra' et le moment venu quand j’ai demandé à l'enlever, on m’a clairement dit 'non'," regrette d'autant plus celle qui évoque une expulsion qui s'est prolongée, du fait du passage difficile du bébé dans le bassin.

"Dans un moment pareil où la respiration est tellement importante, c'est inadmissible je trouve de rendre le masque obligatoire" estime-t-elle soulignant que cela "tient chaud et empêche de respirer comme il faudrait".  Au point, décrit-elle, d'avoir "manqué de tourner de l’œil plus d’une fois par manque d’air."  Dans le détail, celle qui se dit "triste" en évoquant son accouchement, estime que la première poussée est en général à la portée de toutes : "Celle-ci est faisable puisqu'on prend le temps de prendre notre respiration mais quand on doit enchaîner la deuxième, la troisième dans une même contraction, c’est quasi impossible, c’est à ce moment précis qu’on étouffe."

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Cette sensation oppressante, Emilie nous la décrit elle aussi à travers son récit d'"accouchement masqué". Elle en garde encore un souvenir amer plus de 5 mois après l'accouchement aux prémices de la crise, en avril. "Quand il fallait que je retienne ma respiration étant donné que je suis asthmatique je ne tenais pas longtemps, donc dans la foulée je respirais très vite", décrit-elle, évoquant des moments où elle avait la sensation "de ne plus pouvoir respirer du tout après les poussées" la contraignant à plusieurs reprises à "s'arrêter deux minutes" pour reprendre son souffle. Ce qui, a-t-elle l'impression, "embêtait les sages-femmes" qui le lui "ont bien fait comprendre car le bébé repartait en arrière". 

Elle aussi d'ailleurs se souvient avoir demandé à ôter son masque, rappelant au personnel qu'elle est sujette à l'asthme : "Ils ont refusé". Mais, rappelle régulièrement cette jeune maman pour ponctuer son récit, comme pour atténuer le malaise ressenti sur le moment et la frustration qui l'a accompagné : "Mon bébé va bien, c'est le principal".

"On est en plein dans les violences obstétricales"

Faut-il voir dans le fait d'imposer le masque pendant l'accouchement, ou dans le fait de refuser à une mère qui se dit en difficulté pour respirer de le retirer, une forme de violence obstétricale ? C'est en tout cas l'avis de la fondatrice du collectif "Toutes contre les violences gynécologiques et obstétricales" à l'initiative du hashtag #StopAccouchementMasqué lancé il y a quelques jours sur les réseaux sociaux. Des témoignages comme ceux de Laura et Emilie, cette dernière dit en avoir reçu "plus de 1000" depuis que le port du masque s'est généralisé, pandémie de coronavirus oblige. 

"Le non choix pour une femme qui est train de donner naissance est fondamental dans le domaine des violences obstétricales", abonde Basma Boubakri, coprésidente de l'Institut de recherche et d'action pour la santé des femmes ( IRASF) et représentante de l'observatoire des Violences obstétricales France. "Concernant le port du masque, il n'y a rien de nouveau, on est en plein de dedans, c'est un élément sociétal sur lequel vont se cristalliser beaucoup inquiétudes, ça devient un outil qu'on va mettre sur le visage d'une personne qui donne naissance alors qu'elle mène une action physique et physiologique qui demande une action libre et particulière",  poursuit la militante. Selon elle, la même logique est dénoncée : "En gros, il y a ceux qui savent, ils agissent sur un corps et ne discutent pas avec la personne qui se trouve en face. En l’occurrence des femmes qui n'ont pas le pouvoir, en situation de vulnérabilité et devant le fait accompli."

Quelles recommandations ?

Pourtant souligne-t-elle, "il n' y a pas d'urgence à imposer le port du masque si on suit les recommandations du Conseil national des gynécologues et obstétriciens de France (CNGOF) et de l'OMS". Concernant la naissance en période de Covid-19, le CNGOF est notamment favorable à la présence du conjoint en salle de naissance, le bien-être maternel et familial devant rester au cœur des préoccupations des soignants. Mais pour le Syndicat National des Gynécologues et Obstétriciens (SYNGOF), "le port du masque est nécessaire dans certaines zones où les poussées épidémiques sont vives, même si c'est très malcommode pendant le travail".  Au sein du collège national des sages-femmes (CNSF), l’heure est à la réflexion sur le sujet, selon le Huffington Post.

A titre d'illustration, aux États-Unis, le Collège des Gynécologues et Obstétriciens Américains (ACOG) conseille de porter un masque en maternité si la parturiente est positive au Covid mais de ne pas le porter au moment de la poussée. En revanche, c’est à l’équipe médicale de se munir de masques et, si besoin, de lunettes ou de visières de protection.

A chaque maternité sa recommandation

Faute de recommandation officielle sur cette question, force est de constater que l'expérience de chacune varie pour l'heure beaucoup d'une maternité à l'autre, voire d'un service ou d'un médecin à l'autre. Au point d'encourager certains parents à se démener  pour identifier les établissements où le port du masque est imposé en salle de naissance. "Au fur et à mesure je constate que c'est à peu près ce qu'il se passe là aussi concernant les violences obstétricales en général, chaque maternité faisant selon son bon vouloir et ses croyances bien qu'il y ait une position nationale", estime Basma Boubakri évoquant "la roulette russe" et la "petite cuisine interne de chacun.

Mais cette dernière va plus loin. Elle craint que le masque, n'"invisibilise certaines choses" et que "sous couvert de crise sanitaire, il y ait de plus en plus de violences obstétricales et d'une autre nature." De son côté, la Haute autorité de Santé assure qu’une réflexion est engagée pour améliorer les conditions d’accouchement dans un contexte sanitaire qui force à repenser les priorités en la matière, à mi-chemin entre la protection de la mère et l’enfant, celle des soignants, et la limitation de la circulation du virus. 

Autant de paramètres que Diane garde constamment à l'esprit, au point d'être l'une de celles qui en a presque oublié qu'elle portait un masque pendant son accouchement. "Je ne me suis même pas posé la question, pour moi, c'était une évidence d'en avoir un dans ce contexte où l'on voit tout le personnel avec, ça m'aurait paru incongru de ne pas le mettre et de potentiellement les contaminer", confie celle qui a accouché en août. "On a chaud, on est tellement concentré sur autre chose que je n'ai pas tellement senti que ça me gênait", se souvient-elle,  tout en précisant qu'elle n'a pas hésité à "l’ôter en revanche quand elle se trouvait seule en salle avec le papa."

Mais nuance-t-elle, les conditions de l'accouchement pèsent dans la balance. "Mon accouchement a été assez rapide, la naissance s'est passé en trente minutes, si ça avait duré des heures peut-être que je l'aurais vécu différemment", reconnait-elle.

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