"On se contamine moins à l'école qu'ailleurs", vraiment ?

LES BONS CHIFFRES - Le ministre de l'Éducation a voulu défendre ce dimanche l'ouverture des écoles et des collèges malgré l'explosion de l'épidémie, assurant "qu'on se contamine moins en milieu scolaire que dans le reste de la société". Qu'en est-il ?

LES BONS CHIFFRES - Le ministre de l'Éducation a voulu défendre ce dimanche l'ouverture des écoles et des collèges malgré l'explosion de l'épidémie, assurant "qu'on se contamine moins en milieu scolaire que dans le reste de la société". Qu'en est-il ?

Pour l'exécutif, maintenir les écoles ouvertes depuis septembre est un motif de fierté. Pour d'autres, c'est au contraire "le talon d'Achille assumé du dispositif actuel". Cette petite phrase d'Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique, découverte dans le JDD du 21 mars, a rouvert le débat sur le statut des établissements scolaires. Fermés en Allemagne, ciblés en Belgique, ces lieux sont toujours ouverts en France. Une stratégie que Jean-Michel Blanquer défend par-dessus tout. Nous avons passé ses arguments au crible. 

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Incidence, prévalence, positivité : on fait le point

Interrogé sur le sujet vendredi 19 mars, le ministre de l'Éducation nationale a annoncé que les tests salivaires déployés à l'école montraient "un taux de contamination en moyenne d'environ 0,5%". De quoi faire sursauter son interlocuteur. Jean-Jacques Bourdin a rapidement fait le calcul, déclarant que techniquement cela équivaut à un taux d'incidence de 500 enfants positifs sur 100.000. Quasiment deux fois plus que le taux national.

Sauf qu'on ne peut pas vraiment comparer la campagne de dépistage chez les plus jeunes à celle menée dans le reste du pays. Dans le premier cas, il s'agit d'une analyse massive, aléatoire et répétée. C'est la prévalence. Dans le deuxième, on parle du nombre de nouveaux cas positifs détectés sur une semaine dans une zone ou une population donnée. C'est l'incidence. La prévalence est une image à un instant T. L'incidence est un calcul. Mathématiquement, le taux d'incidence est donc sous-évalué : il ne comprend que les personnes qui vont se faire tester volontairement, principalement parce qu'elles ont remarqué des symptômes chez elles ou ont été prévenues qu'elles étaient cas contact.

D'ailleurs, cette différence est visible sur le terrain. C'est le cas au Royaume-Uni, où le gouvernement réalise ce type d'enquêtes. Dans la dernière en date publiée le 19 mars, le taux de prévalence était de 0,29% dans la population générale. Ce qu'on pourrait interpréter comme un taux de 290 cas pour 100.000 habitants. Un chiffre cinq fois supérieur au taux d'incidence réel du pays, qui était alors de 59 cas pour 100.000 habitants.

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Quelles sont les nouvelles mesures dans les écoles?

Incidence et prévalence ne peuvent pas être comparées. Sur LCI, Jean-Michel Blanquer a donc tenu à revenir sur ces chiffres ce dimanche. Interrogé sur la question, il s'est voulu très clair : "Le taux d'incidence dans les écoles françaises est de 0,35." Encore une fois, l'information interpelle. Elle signifie tout de même un taux d'incidence de 350, bien au-dessus de la moyenne nationale, à 253 ce lundi. Sauf que la suite du propos laisse penser que le ministre s'est emmêlé les pinceaux. 

Il précise en effet que "le taux d'incidence, c'est le nombre de personnes positives sur le nombre de personnes testées". Or, cette définition n'est pas la bonne. C'est plutôt celle du taux de positivité. Qu'en est-il ? Auprès de LCI.fr, le ministère confie qu'en effet, ce chiffre de 0,35% représente bien "le dernier taux de positivité des tests salivaires déployés dans les écoles élémentaires et primaires". Quant au 0,50%, il représente un taux de positivité maximal dans ces lieux. Et de conclure, comme l'a fait le ministre de l'Éducation nationale, que ce chiffre serait "plutôt une bonne nouvelle".

Dimanche sur LCI, Jean-Michel Blanquer s'était lui aussi félicité qu'on "se contamine moins en milieu scolaire que dans le reste de la société". De fait, le taux actuel de positivité est bien plus élevé en population générale, à 7,64% ce lundi. Sauf qu'encore une fois, les deux données ne sont pas vraiment comparables. Dans les écoles, les enfants sont dépistés au hasard. Au contraire, en population générale, les démarches de dépistage sont volontaires, comme expliqué plus haut. Il y a logiquement plus de probabilité pour que cette deuxième catégorie soit contaminée. Ici, les chiffres sont donc minorés.

Un taux de positivité plus élevé chez les plus jeunes

Pour être exhaustif et comparer les élèves au reste de la France, il faudrait donc réaliser une vraie enquête de prévalence. C'est-à-dire tester 30.000 personnes - nombre d'élèves dépistés selon le ministère - prises au hasard. Sans cette enquête, seule l'évolution peut être intéressante à décrypter. En attendant, comment faire pour étudier les contaminations dans les écoles ? La seule solution est de se tourner vers deux autres données. D'une part, celles des "cas déclarés" à l'Éducation nationale, mises en ligne sur le site du ministère et forcément sous-estimées, comme nous vous l'expliquions ici en novembre dernier. De l'autre, celles de Santé publique France, un peu plus surestimées puisqu'elles concernent la tranche des 0 à 19 ans et non pas uniquement les personnes scolarisées.

Dans son dernier bulletin publié ce vendredi 19 mars, le ministère de l'Éducation nationale explique que 5484 élèves ont été signalés comme positifs au Covid-19, soit 0,13% de la totalité des élèves. C'est un peu moins que la semaine précédente. Les données sur le reste du mois sont incomplètes, à cause des vacances scolaires dans certaines zones.

S'agissant des données Santé publique France, elles permettent de constater que le taux de positivité est plus fort chez les plus jeunes que sur l'ensemble de la population. Il tourne autour de 7,9% pour les 10-19 ans et chute à 7,5 % en population générale. Quid du taux d'incidence ? En prenant cet indicateur, la situation sanitaire dans les écoles est au contraire moins inquiétante qu'en population générale. Par contre, la  situation est particulièrement alarmante dans les collèges et lycées. Toujours selon les chiffres de l'agence sanitaire, sur les sept derniers jours, ce taux était de 302 pour 100.000 habitants chez les enfants âgés de 10 à 19 ans. Au contraire, il retombe à 117 chez les 0 à 14 ans. La moyenne nationale sur les sept derniers jours s'établit, elle, à 253.

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Si la décision de maintenir les écoles ouvertes est strictement politique - le ministre arguant qu'il y a "beaucoup plus d'avantages que d'inconvénients" - reste qu'au niveau épidémique, il est faux d'assurer que ce n'est pas un lieu de contamination. Ou que l'on se contamine moins dans les classes qu'ailleurs. La dernière étude ComCor menée par l'Institut Pasteur montrait qu'avoir un jeune scolarisé au collège ou au lycée accroît de 27 et 29% le risque d'être infecté. Avec une exception toutefois : avoir un enfant au primaire n'a pas été jusqu'à maintenant associé à un "sur-risque" d'infection. À noter toutefois que cette analyse couvre les contaminations entre le 1er octobre 2020 et le 31 janvier 2021. Et ne prend pas en compte l'impact des variants. 

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