Covid-19 : l'explosion du taux d'incidence en Ile-de-France est-elle liée aux tests plus nombreux ?

Les tests augmentent, mais pas autant que le nombre de contaminations. Les chiffres de l'Insee ne signifient pas que l'épidémie est terminée.

MODÉLISATION - Une thèse largement partagée sur les réseaux sociaux assure que l'épidémie a cessé de s'emballer en Île-de-France. Selon ses partisans, l'explosion de l'incidence dans la capitale serait en fait liée au dépistage massif de la population. Qu'en est-il réellement ?

Le pic de cette troisième vague est toujours hors de vue. Si la situation épidémique ne semble pas ralentir - et est notamment critique en Île-de-France - un internaute appelle à relativiser la gravité de la situation dans la capitale. Alors que le taux d'incidence a dépassé la barre symbolique des 500 cas pour 100.000 habitants ce lundi 22 mars, se rapprochant dangereusement du pic de la "deuxième vague", l'internaute assure que cette explosion serait en fait liée au dépistage massif de la population de cette région. "On a dit à tout le monde d'aller se faire tester avant de s'affoler parce que le nombre de tests positifs augmentait... des génies", ironise ainsi cet amateur de modélisations. Pour en savoir plus, nous avons passé au crible les différents indicateurs disponibles. 

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Un taux de positivité qui reste stable

Face à "une reprise épidémique" dans la région parisienne, l'Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France a appelé la population à se faire tester. Pour faciliter la tâche, elle a mis en place plusieurs opérations de dépistage lors du week-end du 13 mars. "Les tests antigéniques et PCR constituent des leviers essentiels pour casser les chaines de transmission virale et renforcer les moyens de surveillance épidémiologique et de prévention, y compris auprès de personnes pouvant être contaminées mais sans symptômes", rappelaient ainsi les autorités sanitaires, annonçant l'ouverture exceptionnelle de pharmacies, centres de test et "barnums". Les Franciliens sont donc massivement allés se faire tester. Résultat : sur les sept derniers jours, près de 100.000 tests de plus ont été réalisés par rapport aux semaines précédentes, selon les données disponibles dans Géodes. 

Pourtant, "le taux de positivité des tests reste stable", comme l'écrit cet internaute. Voire, il amorce une très légère baisse depuis trois jours. Il est passé de 9% le vendredi 12 mars à 8,8% ce vendredi, toujours d'après les données de Géodes. Alors comment interpréter ce phénomène ? Interrogée sur la question, l'agence régionale nous a renvoyé vers Santé publique France.

Un taux d'incidence "au moins en partie" lié au dépistage

Seule cette agence nationale de santé publique est habilitée à établir des données de prévalence consolidées avec validité scientifique. Des informations qu'elle partage via des bulletins épidémiologiques nationaux et régionaux. Dans le dernier rapport sur l'Île-de-France, publié le 18 mars et portant sur la période s'étalant du 8 au 14 mars, l'agence sanitaire relevait déjà que le taux de positivité dans la région restait "relativement stable dans toutes les classes d'âge", à l'exception des jeunes de 0 à 14 ans, probablement en lien avec le dépistage massif déployé dans les établissements scolaires. Il est en effet passé de 9,6% en semaine 8 à 9,5% puis à 9,9%  à la mi-mars. A contrario, le taux d'incidence a explosé. Il est passé sur la même période de 334 cas pour 100.000 habitants à 426, dépassant le seuil fatidique des 400 cas pour 100.000 habitants

Des observations qui interrogent. C'est pourquoi dans ce bulletin, l'administration émet, elle aussi, l'hypothèse d'un effet du dépistage. Relevant que le taux d'incidence "poursuit sa hausse", elle écrit que ce phénomène est "au moins en partie, le résultat d'une augmentation du taux dépistage". Et de prendre l'exemple des départements de l'Essonne et du Val d'Oise. "Pour ces deux départements, la hausse observée du taux d'incidence pourrait, en partie, s'expliquer par une augmentation du taux de dépistage (+19 % et +26 % respectivement)."

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Reste que cette remarque ne peut pas expliquer la situation catastrophique dans laquelle se trouve aujourd'hui la région parisienne. Par conséquent, l'agence continue de penser que l'ensemble des indicateurs épidémiologiques reflètent "une nouvelle accélération de la circulation du virus". 

Pour preuve, derrière ces chiffres, certains indicateurs ne mentent pas. L'agence note ainsi que si le taux d'incidence peut dépendre "de l'étendue du dépistage", la demande sur les lits d’hospitalisation est, elle, uniquement liée au "nombre réel de personnes atteintes" du virus. Or, le nombre de nouvelles hospitalisations de patients atteints du Covid-19 poursuit bel et bien son augmentation, avec de plus en plus de déprogrammations. "La hausse des indicateurs hospitaliers reflète donc l'augmentation des infections (...) et une possible augmentation de la sévérité des cas", conclut Santé publique France.

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