Les vaccins peuvent-ils se révéler moins efficaces pour certaines classes d'âge ?

Rien n'indique pour l'heure que les vaccins seraient moins efficaces pour les personnes âgées.

INÉGALITÉS - Des internautes s'interrogent sur l'efficacité d'une partie des vaccins pour certaines classes d'âges, chez les seniors en particulier. LCI se penche sur les connaissances scientifiques en la matière.

Alors que la campagne de vaccination accélère doucement, que plus de deux millions de Français ont déjà reçu une première dose et plus de 900.000, une seconde, des questions se posent toujours à ce sujet. Un internaute lecteur de LCI a ainsi sollicité l'équipe des Vérificateurs pour en savoir plus sur leur efficacité, en particulier auprès des plus âgés. 

"Pourriez-vous expliquer scientifiquement comment il se fait qu'un vaccin, quel qu'il soit d'ailleurs, pourrait être efficace pour une tranche d'âge et inefficace pour une autre ?" demande-t-il par mail. "Déclencher une réponse immunitaire - ce qui est le fait de tout vaccin - pourrait ne plus être possible chez des patients de plus de 65 ans ?!  Et uniquement pour un type de vaccin, AstraZeneca en l’occurrence ?"

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Un manque de données sur les plus âgés

Pourquoi ce lecteur fait-il référence au laboratoire AstraZeneca ? Sans doute car le 2 février, la Haute Autorité de santé (HAS) a recommandé de restreindre l'usage de son vaccin aux personnes âgées de moins de 65 ans. Quelle lecture doit-on faire de cette décision ? LCI a sollicité Claude-Agnès Reynaud, immunologiste au sein de l'Institut Necker-Enfants Malades (Inserm/CNRS/Université de Paris).

En préambule, elle précise que la décision de la HAS n'a pas été motivée par l'observation d'un danger du vaccin AstraZeneca ou de son inefficacité chez les plus de 65 ans. Ce qui a justifié la décision de la Haute autorité n'est autre que le manque de données disponibles pour ces patients. Des informations "pas encore assez robustes pour ce vaccin", a indiqué l'institution.

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Pour les vaccins actuellement distribués, les connaissances proviennent "des résultats des essais cliniques de phase 3", note Claude-Agnès Reynaud. Des essais au cours desquels les patients les plus âgés approchaient généralement les 90 ans. Au-delà, nous ne disposons pas encore d'éléments tangibles, même si les premiers retours, suite aux vaccinations de ce début d'année, laissent à penser que l'efficacité des vaccins est tout aussi bonne pour les patients très âgés. "À ma connaissance, il n'y a pas de différence significative entre les tranches d'âges", glisse l'immunologiste, qui précise que ces observations mériteront d'être confirmées avec le temps. Elle ajoute en passant que si le vaccin AstraZeneca n'est pas (encore) délivré en France pour des personnes de plus de 65 ans, il peut l'être ailleurs dans le monde. "Certains pays l'autorisent, car ils estiment qu'il n'y a aucune raison de douter de son efficacité sur ces classes d'âge".

La spécialiste insiste sur le fait que malgré les dégâts causés par l'épidémie, nous pouvons nous estimer assez chanceux. En effet, les vaccins sont globalement "très efficaces". Elle explique que d'ordinaire, "la plupart des virus développent des stratégies pour échapper au système immunitaire : ils ont un récepteur, le modifient, le cachent, le masquent avec des sucres… Ils font des tas de choses, comme le rendre pas appétissant. Ils peuvent même rendre une autre chose sans intérêt très appétissante pour le système immunitaire." En revanche, ce virus du Covid-19 se révèle "pour ainsi dire assez stupide, puisqu'il expose la protéine qui va lui permettre d'entrer dans les cellules. Une protéine qui entraîne d'ailleurs une merveilleuse réponse du système immunitaire, ce qui explique en partie que l'on puisse développer un vaccin en un an." Quel que soit notre âge, il est donc en résumé plutôt aisé de se prémunir du virus grâce au vaccin.

Le Covid-19, un objet d'étude singulier

Si dans les essais cliniques, l'efficacité des vaccins est apparue très encourageante pour les vaccins autorisés (plus que ceux contre la grippe notamment), il convient de faire preuve d'une certaine retenue quand il s'agit d'évoquer les différentes réponses immunitaires des patients et leur variabilité. En effet, Claude-Agnès Reynaud fait remarquer que nous nous trouvons dans une situation singulière. S'il est courant d'entendre que les personnes âgées "répondent moins bien au vaccin", elle insiste sur le fait que ces remarques sont à prendre avec des pincettes. Elles se basent en effet sur des observations faites pour des vaccins ciblant "la grippe ou des maladies que l'on a déjà rencontrées, voire contre lesquelles les personnes ont déjà été vaccinées de nombreuses fois". 

Or, avec le Covid-19, nous sommes face à un virus nouveau, contre lequel nul n'avait jusqu'à présent développé d'immunité, y compris chez les personnes âgées. Une situation singulière. La chercheuse explique que "le seul équivalent" qu'elle a trouvé serait "les gens âgés européens qui veulent voyager, au Brésil par exemple, et qui veulent se faire vacciner contre la fièvre jaune." Il s'agit du seul cas où la vaccination serait pour eux réalisée contre un agent pathogène jamais croisé au cours de leur vie.

L'immunologiste précise n'avoir lu qu'un seul article scientifique à ce sujet. Ses conclusions mettaient en évidence une différence d'environ une semaine "pour l'émergence des anticorps" chez les plus âgés, "et pas beaucoup de différences après". Il s'agit, elle le reconnaît, d'un "tout petit travail", qui montre "le niveau d'ignorance dans lequel nous nous trouvons". Si rien ne permet de douter de l'efficacité des vaccins sur les seniors, les connaissances dans le domaine de recherche ne sont donc pour l'heure pas d'une grande aide. D'où l'importance du suivi qui sera effectué pour les personnes vaccinées contre le Covid-19. 

Des variations difficiles à anticiper

Outre l'âge, d'autres éléments pourraient être avancés pour expliquer d'éventuelles réponses immunitaires variables d'un individu à l'autre. Une étude franco-américaine, dont les résultats ont été commentés en fin d'année, avançait par exemple que la testostérone était susceptible de réduire la force de la réaction immunitaire chez l'homme. Claude-Agnès Reynaud, par ailleurs, explique qu'elle "ne pense pas que les comorbidités connues aient un impact majeur sur le vaccin", mais estime que "ce qui va peut-être apparaître aussi avec le temps, c'est l'impact potentiel de la génétique. La capacité du système immunitaire de chacun à se mettre en place." Un champ qui reste encore, de son propre aveu, "très méconnu"

En résumé, les vaccins aujourd'hui sur le marché ne présentent pas une moindre efficacité contre le virus en fonction des différentes classes d'âge. Il faut rappeler que celui d'AstraZeneca n'est aujourd'hui pas recommandé aux plus de 65 ans en raison simplement d'un manque de données sur ces patients âgés. Si les résultats très positifs des vaccins en matière d'immunité sont encourageants aux yeux des experts, le manque de connaissances au sujet du Covid-19 doit être rappelé. Si bien qu'il apparaît difficile à l'heure actuelle d'évaluer avec précision les variations qui pourraient être observées d'un individu à l'autre, et les facteurs à l'origine de ces disparités immunitaires. Des objets d'études intéressants pour les scientifiques, qui vont profiter des campagnes de vaccinations massives pour augmenter l'étendue de leurs connaissances sur le virus et les vaccins qui nous en prémunissent.

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