Covid-19 : "gagner du temps" avant de reconfiner, une stratégie risquée

Covid-19 : "gagner du temps" avant de reconfiner, une stratégie risquée

SURSIS - "Nous espérons gagner assez de temps pour éviter un confinement", avançait Olivier Véran il y a peu. Mais à trop attendre, ne risque-t-on pas de payer le prix fort ? Face aux avis d'experts en ce sens qui se multiplient, la situation de plus en plus dégradée dans certains territoires a de quoi interpeller.

La France semble plus que jamais en sursis face à la reprise épidémique de Covid-19, certains indicateurs, à la baisse depuis plusieurs semaines, remontant légèrement depuis quelques jours. Le nombre de patients infectés par le SARS-CoV-2 hospitalisés en réanimation a notamment dépassé lundi les 3400 personnes, un niveau qui n'avait plus été atteint depuis début décembre, selon les chiffres publiés par Santé publique France.

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Face aux prémices de ce rebond dimanche sur LCI, Gabriel Attal a rappelé que "la stratégie, c'est de faire en sorte de maintenir un niveau de contaminations maîtrisé pour ne pas avoir à reconfiner". Des termes qui font écho à ceux d'Olivier Véran, en conférence de presse, le 11 février : "Nous espérons gagner assez de temps pour éviter un confinement". S'agissant de la proportion du variant britannique "plus contagieux", qui "circule vite" et augmente "de 50 % toutes les semaines" il avait même estimé : "Chaque semaine que nous gagnons sur ce variant est une semaine de respiration pour notre pays. Nous constatons que nous avons déjà gagné du temps." Mais à trop vouloir en gagner, ne risque-t-on pas une sentence d'autant plus sévère, tant sur plan sanitaire, qu'économique et social ? Les mises en garde de scientifiques favorables à un confinement préventif se succèdent en ce sens. 

Confiner tôt pour "remettre les compteurs à zéro"

Pas plus tard que vendredi, le Pr. Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris, montait encore au créneau à ce sujet dans la matinale de LCI.  "On n'a pas confiné. On a préféré plateau très long à confinement court du pays", résumait-il avant de s'appuyer sur l'exemple de certains voisins. "Est-ce qu'il aurait mieux fallu, comme en Italie en décembre, fermer le pays pour quatre à six semaines et remettre les compteurs à zéro pour mieux redémarrer ou faire comme on l'a fait là ? Ma conviction, c'est qu'on n'a pas bien fait", a-t-il expliqué, soulignant qu'il n'est pourtant "pas un confineur dans l'âme". Et d'insister : "Est-ce que c'est mieux ce qu'on a là pendant six mois ou court pendant un mois ?". 

S'appuyant sur les chiffres de l'épidémie, il avait conclu que l'état des lieux actuel "n'est pas bon pour le pays" et qu'"on a oublié l'objectif", à savoir "moins de 5000" et "il y a quelques mois, moins de 3000" tandis que le zéro virus dont "on est loin, loin", c'est moins de 600 par jour. Alors qu'il défendait ce raisonnement le 30 janvier sur BFMTV, il avait même estimé que la stratégie consistant à "gagner du temps" pour tenter d'échapper au confinement "ce n'est pas reculer pour mieux sauter, c'est reculer pour moins bien sauter".

"Sur les confinements précédents, on s’alertait beaucoup plus tôt. C’est pareil pour les hospitalisations et les réanimations. Ce qu’on tolère aujourd’hui, on ne l’acceptait pas il y a six mois. Je trouve qu’on est de plus en plus tolérants en disant qu’on ne reconfine pas", déplorait de son côté Hélène Rossinot, médecin spécialiste de santé publique, le 4 février sur BFMTV. Et d'insister : "Il n’y a pas de troisième vague actuellement, on a déjà complètement coulé, on est sous l’eau. Le nombre de cas reste vers 20.000, 25.000, c’est déjà énorme."

Plus le confinement est tardif, plus il sera long ?

Analyse semblable pour le professeur Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l'Institut Pasteur, membre du Conseil scientifique.

"Si on sait qu'on va devoir reconfiner parce qu'on est devant une progression exponentielle inexorable, il est beaucoup plus utile de confiner tôt plutôt que d'attendre parce qu'on aura un résultat beaucoup plus rapide", a-t-il expliqué le 9 février dernier sur LCI. Et selon ce dernier, les objectifs sont multiples. "L'idée du confinement, ce n'est pas simplement de soulager les hôpitaux et d'éviter des décès, c'est aussi ramener le niveau de circulation du virus à quelques milliers de cas par jour à un stade où des mesures telles que le 'tester tracer isoler' redeviennent possibles parce que pour la CPAM, à 20.000 cas par jour, c'est très difficile, à 3000 ça devient plus facile", avait aussi détaillé l'épidémiologiste. Et de conclure : "Le confinement est aussi un moyen de reprendre le contrôle sur l'épidémie".

"Plus on commencera tard, plus cette période de confinement sera longue", alertait dès la fin janvier Christian Rabaud, infectiologue au CHRU de Nancy, sur BFMTV, rappelant que le "couvre-feu a ralenti l’accélération, mais ne l’a pas supprimée" et qu'il faut donc "faire plus, et faire plus, c’est un confinement".

Seule arme face à la flambée des variants ?

Evoquant "deux courbes qui ne sont pas parallèles, une qui monte et l'autre qui baisse", le Pr Arnaud Fontanet a par ailleurs expliqué que la trajectoire proposée concernant la progression du variant britannique, plus contagieux, voué à dominer la souche originelle d'ici la mi-mars, se confirme. Or, "trois pays ont mis un confinement en place pour faire face à la montée du variant et ils ont eu une efficacité, ils ont réussi à le faire baisser"

Force est de constater que ce n'est pas la tournure que prennent les évènements en France, où la situation de l’épidémie apparait de plus en plus dégradée dans certains départements, à commencer par le Nord, les Alpes-Maritimes ou la Moselle avec un taux toujours plus important de cas de variants.

"Je n'ai pas très bien compris pourquoi la Moselle n'en avait pas fait plus, parce que le risque est élevé de voir arriver ce variant sud-africain" dans l'ensemble du pays, s'étonnait encore samedi soir sur BFMTV Rémi Salomon, président de la commission médicale de l'AP-HP. "On est aujourd'hui au pied du mur", a-t-il poursuivi, évoquant la situation très fragile dans le Nord et en Ile-de-France, laissant présager un reconfinement national.

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"S’il y a la possibilité de se prémunir pour notre pays de l’arrivée des variants, alors faisons-le pour que le pays puisse redémarrer le plus rapidement possible", défendait il y a quelques semaines le président (LR) de la région Grand Est Jean Rottner, qui est également médecin urgentiste à l’hôpital de Mulhouse, lors d’une émission sur RTL, jugeant la mesure nécessaire pour "éviter une catastrophe". Un mois s'est écoulé depuis et l'on s'approche de fait, de plus en plus de la prise de pouvoir redoutée d'un ou plusieurs variants au niveau national. Mais si le mois de mars s'apparente de plus en plus au mois de tous les dangers en France, des pays voisins s'en remettent à cette même échéance en des termes plus optimistes, puisque dans le cas du Portugal ou de l'Allemagne, il devrait rimer avec déconfinement.

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