Mais que reproche l'Europe à Spoutnik-V ? Cinq choses à savoir sur le vaccin russe

Mais que reproche l'Europe à Spoutnik-V ? Cinq choses à savoir sur le vaccin russe

DÉCRYPTAGE - Le vaccin russe Spoutnik-V a été conçu avec une rapidité déconcertante au sein du laboratoire Gamaleya, à Moscou. Il a été approuvé dans de nombreux pays dans le monde mais l'Europe, en dépit des bonnes performances qu'il affiche, hésite encore l'utiliser. LCI fait le point.

Dans le peloton de tête mondial en termes d’efficacité, relativement peu coûteux à produire, plus facile à conserver et à transporter que d’autres : le vaccin russe Spoutnik-V (du nom du premier satellite soviétique) affiche des performances insolentes à tout point de vue. Même si les livraisons se font encore attendre, le carnet de commandes se remplit à vitesse grand V. La Russie ne lésine pas sur les moyens pour vanter les mérites de son vaccin, accueilli d’abord avec scepticisme et dont Vladimir Poutine se fait le "VRP". Ce dernier devait ainsi se faire vacciner ce mardi devant les caméras. 

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Comment fonctionne le vaccin Spoutnik-V ?

Le "Gam-Covid-Vac", son nom officiel, a été mis au point par une équipe de 70 chercheurs au sein de l’Institut de recherche Gamaleya. Il a été conçu avec une rapidité déconcertante, car  son élaboration n'a pas nécessité de partir de zéro, à la différence de la plupart des autres vaccins contre le Covid-19. Il s’agit en fait d’une déclinaison d’un autre vaccin utilisé contre le virus Ebola. Le même procédé est utilisé en Europe par le laboratoire AstraZeneca. Spoutnik V a obtenu le feu vert des autorités russes le 11 août 2020, devenant ainsi le premier vaccin contre le Covid-19 approuvé dans le monde, un motif de fierté pour la nation russe.

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Spoutnik V : au cœur du laboratoire russe

Le vaccin Spoutnik-V nécessite deux doses, à 21 jours d'intervalle, pour être efficace. Le ministère russe de la Santé affirme qu’il confère une "immunité longue", pouvant aller jusqu’à "deux ans" grâce à la double inoculation. Son prix, autour de 10 euros par dose, le rend aussi particulièrement attractif, notamment pour les pays en voie de développement. "Notre objectif n’est pas de faire du surprofit sur ce produit" peut-on lire sur le site spoutnikvaccine.com, qui en fait la promotion. Deux autres vaccins russes, EpiVacCorona et CoviVac, ont également reçu l'approbation réglementaire avant de terminer les essais de stade avancé, comme ce fût le cas pour Spoutnik-V.

Que sait-on sur son efficacité ?

Si l'on en croit les conclusions de la revue médicale The Lancet, le vaccin russe est efficace à plus de 91,6 % contre les formes symptomatiques du Covid-19, et à peine moins pour les nouveaux variants, ce qui le place dans le peloton de tête mondial. À cela, il faut ajouter une bonne tolérance avec des effets indésirables très limités et une protection évaluée à 73 % quinze jours après la première dose. "Le développement du vaccin Spoutnik V a été critiqué pour sa précipitation, le fait qu’il ait brûlé des étapes et une absence de transparence. Mais les résultats rapportés ici sont clairs et le principe scientifique de cette vaccination est démontré", souligne dans une note jointe à l'étude la revue scientifique, qui fait référence dans le domaine.

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Où en est sa validation en Europe ?

Le 4 mars dernier, l’Agence européenne des médicaments (AEM) a entamé l’examen du vaccin russe en vue d’une éventuelle autorisation pour le Vieux continent. Mais pour l’heure, aucune négociation entre la Commission européenne et le Centre Gamaleya, qui a produit le vaccin, n’a débuté. Le régulateur européen estime que deux mois lui seront nécessaires pour se prononcer. Après cette annonce, dans la foulée, les autorités russes se sont dits prêtes à fournir des vaccins à 50 millions d'Européens dès le mois de juin. Ce lundi, un porte-parole de la Commission, Eric Mamer, a souligné qu'aucune négociation n'était en cours pour acquérir Spoutnik-V mais que "la porte n'est pas fermée pour toujours". La Russie assure de son côté avoir signé des accords de production avec plusieurs pays de l'UE.

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Pourquoi l’UE hésite à l'utiliser ?

La Russie accuse régulièrement les Occidentaux d'avoir fait campagne contre le Spoutnik-V, en insinuant que Moscou orchestrait une diplomatie du vaccin destinée à semer la discorde en Europe. "Nous ne forçons personne à faire quoi que ce soit (...) mais nous nous interrogeons sur les intérêts que défendent ces gens, ceux des entreprises pharmaceutiques ou ceux des citoyens européens ?", a déclaré ce lundi le président russe, en réaction aux déclarations du commissaire européen Thierry Breton. Il avait déclaré dimanche au 20H de TF1 que l'Europe n'avait "pas besoin" de vaccin russe. "Spoutnik-V est un vaccin en complément, nous avons 350 millions de doses", a-t-il expliqué, assurant que "les Russes ont un mal fou à le fabriquer et (qu')il faudra sans doute les aider". 

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Dans quels pays est-il approuvé ?

À ce jour, 56 pays dans le monde ont approuvé le vaccin Spoutnik-V. Bien qu’il ne soit pas encore homologué par l'Agence européenne des médicaments, plusieurs pays d'Europe centrale ont choisi de se tourner vers les vaccins russes, anticipant la pénurie. C'est la Hongrie qui, sur le Vieux continent, a été la première à inoculer le vaccin russe à sa population. D'autres pays ont suivi. La Slovaquie a reçu sa première livraison le 1er mars. La République Tchèque et l’Autriche ont annoncé être aussi en pourparlers avec la Russie pour une éventuelle commande.

Ailleurs dans le monde, neuf pays latino-américains ont déjà approuvé l'utilisation du vaccin Spoutnik V : l'Argentine, la Bolivie, le Guatemala le Guyana, le Honduras, le Mexique, le Nicaragua, le Paraguay et le Venezuela. Et il est déjà administré dans la majorité d'entre eux. En Afrique, le Maroc, le Cameroun ou encore le Kenya ont également signé des contrats, tout comme les Philippines et le Vietnam en Asie. En raison de son prix attractif, de nombreux pays en voie de développement se sont aussi positionnés pour recevoir des doses de Spoutnik-V. 

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