Les hôpitaux français sont-ils réellement handicapés par une trop forte proportion de personnel administratif ?

La part de soignants dans les hôpitaux français est plus faible qu'en Allemagne, si l'on se fie aux données de l'OCDE.
Santé

À LA LOUPE – Des graphiques de l'OCDE sont avancés ces derniers jours pour expliquer que le système hospitalier français souffre d'une trop grande proportion de personnel non-soignant. Des données à relativiser et qui ne préjugent pas de la qualité d'une offre de soin.

Trop de personnel administratif par rapport aux soignants dans les hôpitaux français ? Face à la crise sanitaire entraînée par l'épidémie de Covid-19, des analyses fleurissent en ligne pour expliquer les failles observées au sein de notre système de santé. Les membres d'un think tank libéral (l'Institut de recherches économiques et fiscales, ou IREF), ont partagé un graphique où l'on peut voir les données françaises en la matière, comparées à celles de nos voisins allemands. La part de personnel non-soignant dans les hôpitaux de l'Hexagone y est assez clairement supérieure, comme l'a souligné sur les réseaux sociaux Nicolas Lecaussin, le directeur de cet institut.

Les données présentées, compilées par l'OCDE, sont accessibles en ligne (même si très compliquées à retrouver), mais leur lecture s'avère pour autant sans plus complexe qu'il n'y paraît. Si les chiffres permettent d'interroger l'utilisation des moyens au sein de notre système de santé, la répartition des tâches des personnels ne peut toutefois pas être avancée comme une explication limpide des difficultés observées ces dernières semaines dans les hôpitaux français.

L'Allemagne au niveau de l'Espagne ou de l'Italie

La limite du raisonnement proposé par l'IREF s'observe avec quelques comparaisons supplémentaires. Si la part du personnel non-soignant est plus élevée en France qu'en Allemagne, on ne peut pas expliquer l'efficacité du système de santé chez nos voisins face au Covid-19 par ce seul élément. En effet, les Italiens et les Espagnols affichent une part de soignants très proche de celle des Allemands. Or, dans ces deux pays, le coronavirus a fait (et continue de faire) des ravages. 

Dans le graphique ci-dessus, réalisé par LCI à partir des mêmes données fournies par l'OCDE, on observe notamment que le Canada affiche une part de soignants assez similaire à la France. Pour autant, l'épidémie y est là-bas mieux contrôlée, la courbe des cas se révélant nettement moins critique que dans l'Hexagone. 

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De plus, comme l'a très justement fait remarquer un internaute spécialisé dans la représentation graphique des données, les chiffres de l'OCDE sont à prendre avec d'importantes réserves. Dans une série de messages en réponse au directeur de l'IREF, il a ainsi mis en lumière des biais méthodologiques non négligeables.

En effet, si l'on se penche sur les notes fournies par l'OCDE pour comprendre les différents jeux de données, on se rend compte que les chiffres avancés par les différents pays en matière de personnel non-soignant dans les hôpitaux ne s'appuient pas sur des référentiels identiques. Quand certains pays incluent à l'intérieur de cette catégorie le personnel de nettoyage ou des techniciens, d'autres ne recensent que les stricts personnels administratifs. Établir des comparaisons entre les différents pays sur la base de ces seules données se révèle donc tout à fait hasardeux.

Réfléchir à l'organisation des moyens

Pour autant, l'épidémie de Covid-19 peut constituer une bonne occasion pour s'interroger sur l'efficacité des moyens déployés dans les différents pays en matière de santé. L'OCDE regorge de statistiques sur l'efficacité des prises en charge en fonction des pathologies ou concernant l'espérance de vie des populations. 

S'il serait trop long de passer ici en revue tous ces indicateurs, il est possible de se pencher sur l'un d'entre eux, parmi les plus  observés : la part du PIB consacrée aux dépenses de santé. En effet, il serait logique que des pays qui investissent massivement dans ce domaine affichent d'excellents résultats en matière de santé publique. 

Dans ce graphique, on observe que les dépenses de santé dites "obligatoires", réalisées par l'Etat (hors investissement) placent la France au-dessus de la moyenne de l'OCDE. En revanche, un pays comme la Corée du Sud dépense moins que la moyenne. Dans le cadre de l'épidémie actuelle, ces écarts ne se sont pas traduits par une surmortalité chez les Sud-Coréens, au contraire, ce qui suggère que d'autres indicateurs sont à prendre en compte… ou que les moyens conséquents déployés en France ne sont guère efficaces. 

Quand on se penche sur les dépenses de santé globales, incluant par exemple les investissements des particuliers dans des mutuelles non obligatoires, seules quelques faibles différences s'observent, comme on peut le voir sur le graphique qui suit. 

À nouveau, les États-Unis sont en tête : ils consacrent en effet une part bien plus importante de leur PIB à la Santé. Si cela s'explique notamment par le coût assez exorbitants des prestations outre-Atlantique, ainsi que par des rémunérations bien plus importantes du corps médical, cela ne se traduit pas de manière évidente par une plus grande efficacité des soins. Le Covid-19, qui touche durement la première puissance économique mondiale, en est l'une des illustrations.

En résumé, on peut souligner que l'argument selon lequel la bureaucratie plombe l'efficacité du système de santé français ne peut pas être étayé par des données relatives à la part du personnel non soignant dans les hôpitaux. Des pays comme le Canada prouvent en effet que leur gestion efficace de l'épidémie n'est pas liée à une plus forte proportion de soignants. En revanche, il est possible de s'interroger sur l'efficacité des moyens alloués au système de santé, que ce soit en France ou aux Etats-Unis, pays qui consacre des sommes énormes chaque année dans ce domaine. 

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