Rebond de l'épidémie : "La semaine du 27 octobre sera extrêmement critique dans les hôpitaux"

Rebond de l'épidémie : "La semaine du 27 octobre sera extrêmement critique dans les hôpitaux"
Santé

INTERVIEW - Alors que le nombre de cas de Covid-19 ne cesse d'augmenter, l'afflux de patients se constate déjà dans les services de réanimation. Le Pr Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l'hôpital Avicenne (Bobigny), craint même une saturation des hôpitaux d'ici la fin du mois d'octobre.

Ils ont résisté à la première vague mais appréhendent désormais la deuxième. Face à la hausse du nombre de cas de coronavirus, les hôpitaux observent l'arrivée de plus en plus de patients. Selon des projections réalisées par l'institut Pasteur fin septembre, et révélées par le Journal du dimanche, si la tendance actuelle se confirme, les services de réanimation pourraient arriver à saturation le mois prochain.

Dans les régions les plus touchées par le rebond épidémique, comme l'Île-de-France, les Hauts-de-France ou l'Auvergne Rhône-Alpes, ce phénomène pourrait même se produire dès la fin du mois d'octobre. Comment les hôpitaux s'organisent-ils pour anticiper cette augmentation des entrées en réanimation ? Le nombre de lits est-il suffisant ? Cette deuxième vague ressemble-t-elle à celle du mois de mars ? LCI a posé ces questions au professeur Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l'hôpital Avicenne (Bobigny) et directeur médical du Samu de Seine-Saint-Denis.

LCI : Après une hausse continue des cas depuis août, quelle est la situation à l'hôpital Avicenne ?

Pr Frédéric Adnet : Nous avons d'ores et déjà ouvert des lits supplémentaires de réanimation en transformant des unités de soins continus. Notre capacité habituelle est de 16 lits de réanimation, nous en avons maintenant 32. Parmi eux, la moitié est réservée aux patients Covid, et la moitié aux autres pathologies. Actuellement, nous accueillons 12 patients dans chacun des deux services. Nous sommes donc déjà à 150% de nos capacités initiales.

Les semaines à venir seront plus difficiles qu'au printemps- Pr Frédéric Adnet, chef des urgences de l'hôpital Avicenne

L'institut Pasteur redoute une saturation des services de réanimation en novembre. Est-ce également votre crainte ?

Le nombre de patients admis en réanimation double tous les quinze jours. La semaine du 27 octobre au 1er novembre sera extrêmement critique. Nous risquons effectivement de déborder et de ne plus être en mesure de recevoir des malades. Selon nos calculs, il pourrait y avoir plus de 1.000 patients en réanimation en Île-de-France à la fin du mois. C'est au-delà de nos capacités.

Face à ce risque, d'autres lits de réanimation peuvent-ils encore être ouverts ?

Oui, mais il faudrait alors déprogrammer, et nous avons toujours refusé d'avoir une politique de déprogrammation massive dans ce rebond épidémique. C'est ce que nous avions fait lors de la première vague, mais nous nous sommes aperçus que déprogrammer massivement les opérations des autres malades provoque une perte de chance et condamne ces patients. La déprogrammation induit forcément une autre mortalité, et nous voulons l'éviter.

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Après la semaine du 27 octobre, que faut-il espérer ?

Je n'ai pas de boule de cristal, mais si nous sommes dans l'incapacité d'accueillir en réanimation les patients Covid, nous risquons malheureusement d'être obligés de déprogrammer. Ce serait un choix catastrophique qui ferait payer le prix de l'acceptation des patients Covid à toutes les autres pathologies.

Cette deuxième vague ressemble-t-elle à celle du mois de mars ?

Non, cela n'a rien à voir. Paradoxalement, les semaines à venir seront plus difficiles qu'au printemps. La première vague était un véritable tsunami : tous les deux jours, le nombre de patients en réanimation doublait. Nous avions alors pris des mesures d'urgence immédiates, puisque toutes les capacités hospitalières étaient transformées pour accueillir les patients contaminés par le coronavirus. Cela nous avait permis de tenir, mais au prix du sacrifice des malades d'autres pathologies. Cette fois, nous ne voulons pas laisser tomber les autres spécialités, donc nous sommes dans la gestion des flux des deux types de patients (Covid et autres pathologies, ndlr). Mais c'est délicat : l'hôpital était déjà plein sans le coronavirus.

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Les hôpitaux sont-ils prêts pour absorber un deuxième flux de patients ?

Nous avons le matériel : des masques, des respirateurs, des lits... Mais nous n'avons pas suffisamment de personnel. Je reproche au gouvernement de ne pas avoir prévu d'augmenter la capacité des hôpitaux. Pendant l'été, nous aurions pu réaliser des formations rapides et massives des élèves infirmiers aux actes de réanimation, afin d'armer de nouveaux lits. Cela n'a pas été fait.

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