Covid-19 : que sait-on de la durée de l'immunité procurée par les vaccins ?

La nécessité d'un rappel pour les personnes doublement vaccinées ne devraient pas survenir avant le premier semestre 2022.

LES VERIFICATEURS AVEC L'INSERM - En Israël, les personnes vaccinées il y a plus de six mois doivent procéder à un rappel pour ne pas perdre leur passeport vaccinal. Que sait-on de la durée de protection offerte par les vaccins, et qui peut être concerné en priorité ? LCI a fait le point avec une chercheuse spécialiste de l'immunité.

Depuis quelques jours en Israël, les personnes vaccinées il y a plus de six mois sont incitées à effectuer un rappel. Une 3e dose indispensable sous peine de se voir retirer le précieux "passeport vert", équivalent local du pass sanitaire. Les autorités sanitaires de l'État hébreu cherchent ainsi à protéger au maximum la population et à se prémunir d'une baisse de l'immunité au cours du temps. 

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Faut-il s'attendre à ce que d'autres pays prennent des décisions similaires ? Le fait que l'immunité diminue au fil des mois signifie-t-il que nos pass sanitaires s'accompagneront bientôt d'une date de péremption faute de rappel à jour ? Pour en savoir plus, LCI a échangé avec la chercheuse de l'Inserm et immunologiste Sandrine Sarrazin. Basée au centre d'Immunologie de Marseille-Luminy, cette experte estime qu'à l'heure actuelle, des rappels ne sont pas prioritaires en France pour la population générale. 

Une protection qui diminue au cours du temps

Avant qu'ils ne soient mis sur le marché, les vaccins ont subi de vastes essais cliniques diligentés par les laboratoires. Des dizaines de milliers de volontaires ont été suivis de près, de quoi vérifier l'efficacité des doses mises au point et de constater leur impact indiscutable en matière de réduction des formes graves. Un élément, toutefois, n'a pas pu être étudié en détail : la durée exacte de l'immunité procurée par les différents vaccins. Fort heureusement, plus de 9 mois après les premières injections, les chercheurs y voient plus clair. Les données recueillies permettent ainsi de mesurer avec une plus grande finesse l'efficacité des doses à travers le temps et d'évaluer les besoins relatifs à de potentiels rappels pour le futur. 

Avant toute chose, Sandrine Sarrazin rappelle que pour évaluer la protection dont dispose un individu, l'on observe aujourd'hui son taux d'anticorps dans le sang. Très important à la suite d'une vaccination, ce taux va progressivement diminuer avec le temps. "La protection face à une infection diminue au fil des mois", indique la chercheuse, "en particulier chez les personnes âgées" dont le système immunitaire se révèle peu performant. Grâce aux études menées en marge de l'épidémie, les spécialistes estiment aujourd'hui que le taux d'anticorps "est diminué environ de moitié pour le Pfizer, tandis que la baisse s'établit plutôt aux alentours de 20% pour le Moderna".  

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Pas forcément de risque accru de formes graves

Cela signifie-t-il forcément un risque accru d'infections ou de formes graves ? Pas forcément, insiste l'immunologiste : "Le taux d'anticorps dans le sang n'est qu'un marqueur de l'immunisation, il faut souligner que même lorsqu'ils diminuent ou disparaissent, nous conservons des lymphocytes B dits 'mémoire', un type de globules blancs très précieux puisqu'ils gardent la mémoire d'une précédente infection. En cas de nouvelle confrontation avec le virus, ils se montrent capables de générer de nouveaux anticorps afin que le système immunitaire puisse se défendre." Il serait possible de se contenter de ces cellules conservées "à la cave", comme les décrit la chercheuse, mais à l'heure actuelle, dans une période où l'épidémie circule, le choix est plutôt fait de privilégier une immunité forte et facilement mesurable par des tests sanguins. 

Sandrine Sarrazin utilise un parallèle avec l'automobile : si au quotidien un conducteur fait confiance à sa ceinture de sécurité (les lymphocytes B) pour assurer sa protection, il préfère dans le cadre d'une situation avec un risque accru pouvoir disposer en parallèle d'un airbag (un taux d'anticorps important dans le sang). Se fier uniquement aux lymphocytes B, ces "globules blancs mémoire" comme les surnomme la chercheuse, se révélerait qui plus est hasardeux : mesurer leur présence dans notre corps requiert de réaliser des prélèvements de moelle osseuse. Un procédé bien trop délicat pour être envisagé à une très large échelle. 

Le fait que la protection contre une infection virale puisse rester significative même sans anticorps permet aussi de se projeter dans le futur. Lorsque l'épidémie aura cessé de se diffuser à grande échelle, il ne sera en effet pas nécessaire de multiplier les rappels visant à maintenir un taux d'anticorps très élevé. Nous pourrons ainsi compter sur la conservation de lymphocytes B "mémoire", qui apporteront une protection suffisante à condition que le virus ne présente pas de mutations majeures. Ces observations viennent contrecarrer les discours de certains opposants à la vaccination, qui ironisent en assurant qu'accepter le vaccin reviendrait à souscrire à un "abonnement" pour une piqûre tous les six mois. Pour la chercheuse, il apparaît beaucoup plus probable que la situation à l'avenir soit semblable à celle observée pour les vaccins plus traditionnels. Avec eux, les rappels ne sont pas nécessaires, ou alors très espacés dans le temps.  

Faut-il vraiment un rappel pour toute la population ?

À l'heure actuelle, explique Sandrine Sarrazin, "les données ne montrent pas de baisse notable de la protection contre les formes graves de la Covid chez les personnes vaccinées", le signe que les vaccins demeurent efficaces. Israël, en militant pour un rappel adopte donc une posture d'extrême prudence, en se basant sur les estimations les moins optimistes en matière de durée d'immunité. Pour la chercheuse de l'Inserm, le besoin d'une troisième dose ne se fait pas ressentir pour l'heure dans la population générale, "et la question se posera plutôt à l'issue de l'hiver", dans le courant du premier semestre 2022. Avec le même vaccin que celui utilisé au départ, ou avec n'importe quel autre. La spécialiste glisse en effet qu'un mélange n'a aucun effet négatif, au contraire. "Cela entraînera une réponse immunitaire semblable", résume-t-elle, "seule l'intensité de cette réponse pourrait en réalité varier".

Autre choix surprenant des Israéliens : solliciter une troisième injection non pas pour une partie, mais bien pour l'ensemble des personnes déjà vaccinées, y compris les plus jeunes. "La logique à mes yeux serait plutôt de suivre le schéma instauré en France en début d'année, consistant à prioriser les plus âgés, les plus fragiles, puis les personnes avec des comorbidités." Mobiliser attention et moyens sur les patients les plus à risque donc, quitte à ce que les plus jeunes ne soient même pas concernés. Sachant qu'ils développent très peu de formes graves, l'immunologiste estime qu'il serait possible à l'avenir de ne pas solliciter de rappel pour les moins de 30 ans. Et de compter non pas sur la présence d'anticorps, mais plutôt sur celle des lymphocytes B "mémoire", qui seraient toujours présent dans l'organisme.

Ces décisions, médicales autant que politiques, seront prises en temps voulu, en fonction notamment de l'évolution de l'épidémie. Dans l'immédiat, Sandrine Sarrazin plaide pour une large vaccination à travers le monde, en particulier dans les pays où le vaccin a tardé à être diffusé. Le risque d'une circulation continue du virus, nous le connaissons : voir émerger des variants, dont il n'est pas exclu que certains deviennent plus virulent, voire pire, capables de résister aux vaccins. Pour éviter de devoir développer de nouvelles doses adaptées à ces souches modifiées, il devient donc central de vacciner au plus vite un maximum d'individus de par le monde. Un objectif plus prioritaire pour la chercheuse que l'injection d'une troisième dose aux Français déjà vaccinés. 

Quelle que soit la durée de l'immunité escomptée pour un vaccin ou par un autre, l'experte de l'Inserm insiste en conclusion sur le fait qu'il s'agit toujours de principes statistiques généraux, qui doivent toujours se voir adaptés aux différents individus. En fonction de l'âge, des antécédents médicaux ou du mode de vie, l'efficacité du système immunitaire reste variable, sensible à de multiples facteurs. Si les grands principes de l'immunité se montrent "assez généralisables en ce qui concerne le fonctionnement global", résume Sandrine Sarrazin, "ils ne répondent pas pour autant à des formules mathématiques."

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