Covid-19 : quels sont les départements qui vaccinent le moins ?

Covid-19 : quels sont les départements qui vaccinent le moins ?

ZOOM - Si la France se trouvait ce lundi à une couverture vaccinale de 38% de sa population, d'importantes inégalités territoriales apparaissent. Où enregistre-t-on les taux de vaccination les plus faibles et quelles sont les pistes avancées pour l'expliquer ?

C'est une nouvelle source de données riche en enseignements. Pour la première fois vendredi, l’Assurance Maladie (CNAM) a dévoilé une cartographie de la vaccination en France basée sur le lieu de résidence et non sur le seul lieu d’injection qui servait jusque-là de base à Santé publique France pour mettre quotidiennement ses données à jour.

Verdict : les inégalités territoriales sont flagrantes, avec un certain nombre de départements aux taux de vaccination bien plus faibles qu'ailleurs. Lesquels ? Quelles sont les pistes avancées pour expliquer de telles disparités ? 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Où les taux de vaccination sont-ils les plus faibles ?

S'agissant des personnes âgées de plus de 75 ans, les départements où les taux de vaccination sont les plus faibles sont les départements d’Outre-Mer, suivis de la Corse, des Alpes-de-Haute-Provence et de la Seine-Saint Denis. A contrario, les départements de la façade atlantique et particulièrement en Bretagne, comptent le plus grand nombre de personnes de plus de 75 ans vaccinées.

Tous âges confondus, les départements d’Outre-Mer sont là encore ceux qui enregistrent les plus faibles taux de vaccination. Viennent ensuite les départements l'Île-de-France à commencer par la Seine-Saint-Denis où seuls 22% de la population ont reçu une première injection (contre 34,3 à l'échelle nationale) et 9,5% sont complétement vaccinés (contre 15,8% à l'échelle nationale). Dans le sillage de ce département, le Val-d’Oise compte 29% d'habitants ayant reçu une première dose de sérum et 12% d'habitants complétement vaccinés. Cette proportion atteint 30% en Essonne (avec 12,6% de la population pour qui la vaccination est terminée) et du Val-de-Marne (13,2%). Suivent les Hauts-de-Seine et les Yvelines où 14,2% des habitants sont entièrement vaccinés et la Seine-et-Marne (11,6%). Pour ce qui concerne la capitale, 15,9% des Parisiens ont reçu leurs deux doses de vaccin.

En dehors de la région parisienne, quelques départements témoignent aussi de ces inégalités territoriales. C'est ainsi le cas en Haute-Savoie où seulement 13,5% de la population est vaccinée, de la Loire-Atlantique (13,7%), du Loiret (13,8%), de la Sarthe (13,9%) mais aussi de l'Ille-et-Vilaine (14,1%), de la Haute-Garonne (14,3%), de l'Eure (14,4%), du Rhône (14,6%), du Nord (14,7%), de l'Oise (14,8%), de l'Aisne et de la Marne (14,8%).

Comment expliquer les taux en Seine-Saint-Denis ?

Déplorant une "politique très inégale" en matière de vaccination, le député LFI Adrien Quatennens s'est justement attardé sur le retard observé en Seine-Saint-Denis ce mardi sur franceinfo. "On nous dit que c'est lié à la question de la répartition de l'âge, comme on a vacciné en priorité les plus âgés et que beaucoup sont morts en Seine-Saint-Denis", explique-t-il, estimant que la politique vaccinale est à travers cet exemple un "révélateur des inégalités"

Dans le détail, sur les 475 634 personnes vaccinées en Seine-Saint-Denis au 26 mai, 70,1% de résidents de 75 ans étaient concernés et plus, et 61,2% des 65 à 74 ans. "La part de résidents du département qui se font vacciner à ce stade est très en retrait par rapport au reste du pays, notamment pour les 65-74 ans et les personnes plus jeunes déjà éligibles", analyse l’Agence régionale de santé. "La Seine-Saint-Denis s’apparente à un désert médical : la densité de médecins généralistes et spécialistes y est inférieure de 30% à la moyenne nationale. Cela entraine moins d’orientations vers la vaccination des publics concernés", souligne de son côté le président du département Stéphane Troussel auprès d'Actu.fr

D'autres pistes pour expliquer ces disparités ?

En février dernier, dans une tribune du Monde trois médecins généralistes, Jacques Battistoni, Alexandre Feltz et Denis Lemasson s'étaient déjà attardés sur la sociologie des territoires comme piste d'explication en matière d'inégalités face à la vaccination. "Une majorité des bénéficiaires est issue des classes les plus aisées et ne représente pas la population la plus vulnérable", estimaient-ils entre autres, mentionnant, eux aussi, l'exemple de la Seine-Saint-Denis, un des départements les plus pauvres de la métropole. 

Autre facteur propice aux inégalités : la fracture numérique. "Les personnes âgées, polypathologiques ou grabataires, les plus susceptibles de formes graves, peuvent-elles se rendre dans les centres saturés dès les premières heures d’inscription sur Internet ? Non, priorité est donnée à ceux qui sont suffisamment avertis pour prendre un rendez-vous en ligne", écrivaient-ils encore.

Toutefois, la vulnérabilité liée à l'âge ou au handicap ne  permet pas seule de caractériser les victimes de fracture numérique, le niveau d'études ou de revenus étant, eux aussi, déterminants. Ainsi, quatre personnes non diplômées sur dix n’utiliseraient jamais internet (contre 14% pour le reste de la population.) Le recours à internet serait aussi plus rare au sein des ménages les plus modestes, en moyenne trois fois moins susceptibles de l’utiliser que les ménages les plus aisés.

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Quid du rôle des médecins et des acteurs politiques ?

En novembre dernier, avant donc que la campagne de vaccination ne soit encore lancée en France, la géographe Lucie Guimier avait de son côté évoqué le rôle des médecins et des acteurs politiques comme possible explication de la progression du scepticisme à l’égard des vaccins dans certains territoires. "Il faut désormais également prendre en compte l’évolution récente qu’est l’appropriation des discours vaccino-sceptiques par la complosphère, qui explique en grande partie la diffusion de l’hésitation vaccinale et de ses formes les plus résistantes au sein de populations jeunes et peu diplômées, qui jusqu’à récemment n’étaient que faiblement touchées par ce phénomène", expliquait-elle notamment. "Il peut s’agir d’un proche, mais on constate aussi de plus en plus souvent que des médecins ou soignants dissidents ainsi que des acteurs politiques en quête d’électeurs jouent un rôle dans la progression de ce scepticisme", analysait-elle en outre dans une tribune au Monde dédiée aux disparités territoriales entre le nord et le sud de la France.

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