Variant Delta : "aucun symptôme respiratoire" et "pas plus virulent qu'un rhume" ? C'est faux

Les laboratoires détectent un nombre croissant de cas associés au variant Delta.

LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM – Les symptômes du Covid-19 liés au variant Delta diffèrent, selon les scientifiques. Mais il est trompeur d'insinuer que le virus serait devenu bénin.

Popularisé en ligne, le mot-clé #NousSavons a été largement relayé en l'espace de quelques jours pour partager des informations autour de l'épidémie. Il a été particulièrement utilisé par des opposants à la politique sanitaire ainsi que par des communautés d'internautes hostiles à la vaccination. L'idée sous-jacente ? Partager au plus grand nombre des vérités qui seraient tues, dissimulées aux citoyens car contraires aux positions "officielles". 

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Des messages ont notamment circulé pour évoquer le variant Delta, qui nourrit de nombreuses craintes en raison de son développement rapide et de la contagiosité accrue qui lui est associée. Les symptômes qu'il engendre, peut-on lire, seraient globalement bénins. L'ex-variant indien, expliquent certains, "ne cause aucun symptôme respiratoire" et "n'est pas plus virulent qu'un rhume". S'agit-il d'informations avérées ? Pour le savoir, LCI a sollicité l'expertise de l'Inserm, dans le cadre d'un partenariat noué avec l'institut pour lutter contre la désinformation. L'occasion d'échanger avec l'infectiologue Nathan Peiffer-Smadja, par ailleurs rattaché à l'IAME. Observateur quotidien de l'épidémie, il met en garde contre les discours trompeurs qui feraient passer le variant Delta pour une souche banale et inoffensive. 

Ne pas se fier aux seules formes bénignes

À l'heure actuelle, les hôpitaux français ne constatent pas d'afflux massif de patients gravement touchés par le variant Delta du virus, au contraire de l'Inde par exemple. Pour autant, cela ne signifie pas que les symptômes associés à cette souche (qui se diffuse à vive allure dans la population) sont totalement méconnus : Nathan Peiffer-Smadja observe beaucoup de confusion sur le sujet, notamment dans l'interprétation des données et indications fournies par les Britanniques. Il est en effet important de se pencher sur la situation outre-Manche, qui dispose de retours d'expérience plus importants liés à une diffusion plus précoce de cette nouvelle forme du virus. 

"Dans les formes bénignes", glisse l'infectiologue, "nous observons une répartition un peu différente des symptômes par rapport à la souche classique". Cela se traduit par "moins de pertes d'odorat, mais aussi par davantage de personnes ayant le nez qui coule ou des maux de tête". Pas de quoi pour autant dresser un parallèle avec un simple rhume, comme le font des internautes, puisque "là, on parle seulement des formes bénignes". Et d'insister sur le fait que "ce variant Delta possède toujours la capacité d'entrainer des formes sévères". Les premières données laissent même à penser qu'il "pourrait engendrer plus de cas sévères, y compris chez les plus jeunes et chez les personnes qui ne souffrent pas de comorbidités".

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Croire que les virus serait devenu inoffensif avec l'arrivée de ce variant s'avère trompeur, a fortiori parce qu'il se révèle "beaucoup plus transmissible" que les précédents variants. "50 à 60% plus que celui dit anglais, qui l'était lui-même 50 à 60% plus que la souche originelle." Aujourd'hui, "on estime qu'une personne atteinte peut en contaminer sept en moyenne", alerte l'expert de l'Inserm. S'il est vrai que l'on observe un nombre réduit d'admissions à l'hôpital pour des formes graves, cela s'explique d'une manière assez "logique, puisque le variant se propage au sein d'une population déjà fortement vaccinée". De quoi "renforcer l'importance de la vaccination", aux yeux de Nathan Peiffer-Smadja, qui note son impact sur le nombre absolu de formes graves enregistrées et la juge centrale dans notre politique sanitaire. Il doute en effet que "les mesures barrières suffiront à elles seules pour maintenir la situation" sous contrôle.

L'essentiel : prévenir les formes graves

La répartition des formes bénignes, pour le spécialiste, reste assez accessoire. "Il est finalement peu important de s'attarder sur le fait que les patients développent plutôt des maux de gorge ou un nez qui coule", estime-t-il. Des symptômes qui évoluent ? "Rien d'inhabituel avec un variant, mais arrêtons-nous plutôt sur la proportion de formes graves", dont il redoute la hausse. Il ne faut par ailleurs pas oublier que "la variable individuelle est importante", ajoute l'infectiologue. "Chaque personne ne fait pas le même type d'infection. Des patients pourraient présenter par exemple des formes neurologiques, d'autres dermatologique…" 

L'état des connaissances progresse au fil du temps, mais il est "pour le moment difficile d'indiquer si le profil des personnes touchées et atteintes par des formes graves évolue". Nathan Peiffer-Smadja reste prudent, mais note qu'il "semblerait selon les premières données que les jeunes seraient davantage représentés parmi les patients touchés gravement", tandis qu'on les observait moins vulnérables face aux souches précédentes. 

S'il est hasardeux de le conclure de manière stricte pour l'heure, c'est en bonne partie parce que les formes graves se maintiennent à des niveaux très réduits. Un afflux de patients loin de ceux connus lors de précédentes vagues, qui reduit la quantité d'informations à notre disposition. Un effet, "encore une fois, de la vaccination", salue l'expert. L'efficacité des vaccins contre le variant Delta doit encore être précisée, mais les premiers retours montrent un impact majeur sur les formes graves. "Plus de 95% avec Pfizer, plus de 90 pour AstraZeneca". Là où des doutes persistent, "c'est face aux formes bénignes", analyse Nathan Peiffer-Smadja, ainsi qu'en "ce qui concerne la réduction de la transmission" par les personnes infectées. Des points surveillés de près par les chercheurs et qui feront à n'en pas douter l'objet de publications scientifiques dans les semaines et mois à venir. 

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