Échantillon de "fake news" après la vaccination d'Olivier Véran

Vaccins : les Français doutent toujours

ANTIVAX - Les images de la vaccination du ministre de la Santé ce lundi ont immédiatement provoqué de nombreuses théories douteuses sur les réseaux sociaux. Nous avons passé ces fausses informations au crible.

Il a tenu parole. Depuis le lancement de la campagne vaccinale en France, le ministre de la Santé assure vouloir montrer l'exemple, promettant qu'il se ferait vacciner contre le coronavirus dès que son tour arriverait. C'est désormais chose faite. Oliver Véran a reçu sa première dose devant les caméras, lundi 8 février, lors d'une visite au Centre hospitalier de Melun. Mais malgré une communication bien rodée, avec un angle dégagé sur la seringue, plusieurs prises de vues, et une action en direct, la sphère antivax sur les réseaux sociaux n'y croit pas, comme l'avait d'ailleurs anticipé le même Olivier Véran à la fin de l'année. Et crie à la manipulation.

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L'aiguille et le produit, source de théories complotistes

Pour prouver qu'il s'agit d'une fausse injection, des internautes assurent, vidéo à l'appui, qu'aucune aiguille n'a été utilisée. L'auteur de la séquence a zoomé sur la seringue utilisée et réalisé des arrêts sur image afin de dénoncer cette illusion. Par ce procédé, l'aiguille semble en effet disparaitre. Rien d'étonnant. En forçant le gros plan sur des images diffusées en direct par des médias, elles perdent automatiquement en qualité, effaçant la fine aiguille grise. Si l'on récupère les images, hautement plus qualitatives, des photographes, on observe cependant qu'il y a une aiguille bien enfoncée dans le bras. En atteste l'image ci-dessous, qui est un zoom sur le cliché de l'AFP utilisé en tête d'article.

Le ministre n'a pas non plus reçu cette dose avec une "aiguille rétractable", contrairement à ce que pensent certains. Et quand bien même c'eut été le cas, il n'y aurait pas non plus à s'inquiéter. Comme nous l'expliquions déjà ici, ce type de système est couramment utilisé dans le milieu médical. Il permet de protéger les soignants comme les patients des risques de blessures ou infections.

Quand ce n'est pas le contenant qui pose problème, c'est le contenu. D'ailleurs, Olivier Véran le redoutait. En décembre dernier, il confiait sur LCI (à 2 minutes dans la vidéo ci-dessous) que ce type de communication n'arriverait pas à convaincre les plus réticents. Une prédiction qui s'avère exacte. Dans les commentaires que nous avons trouvés sur Facebook sous différentes publications annonçant la nouvelle, les plus réticents à la vaccination font preuve d'une imagination débordante. "C'est une injection d'eau", croit savoir l'un, "rien ne prouve que c'était le vaccin anti-covid", suggère un autre, quand un troisième regrette que "personne" ne soit présent "pour vérifier ce qu'on lui a injecté". Tant d'hypothèses qui font surtout état d'une méconnaissance totale des méthodes de vaccination qui ont cours en France. 

Comme l'indique le guide du ministère de la Santé, au moins trois étapes précèdent la vaccination d'un patient, toutes supervisées par plusieurs soignants. Et notamment la zone de préparation. Cette phase permet d'extraire les dix doses d'un flacon d'AstraZeneca. "Pour éviter d'ouvrir et refermer les flacons à chaque vaccination, les seringues sont préparées en amont, dans les pharmacies centrales", nous explique ainsi Stéphane Paul, immunologue au CHU de Saint-Étienne, et l'un des neuf membres du comité scientifique chargé du suivi de la campagne de vaccination. C'est ce qui explique qu'on ne voit pas le flacon à l'écran, comme le relève une internaute. Cette théorie farfelue induirait donc qu'une série de protagonistes, pas forcément liés les uns aux autres, soient tous au courant. Avec le risque que l'un d'entre eux ne révèle ce "secret" et discrédite l'intégralité de la campagne.

D'autres internautes ne s'aventurent pas à imaginer de tels scénarios. Mais relèvent que le ministre de la Santé se soit fait vacciner avec le produit d'AstraZeneca, qui n'utilise pas la technologie à ARN messager. "Pas c*n le ministre", insinue un internaute "[il fait] une démonstration trompeuse". Un message qui sous-entend qu'Olivier Véran aurait sélectionné un produit prétendument moins nocif que l'ARN messager, pointé du doigt. En réalité, le ministre de la Santé n'a tout simplement pas eu le choix. Comme prévu, il s'est conformé à la stratégie française, dictée par la Haute autorité de Santé. L'instance a choisi de mettre à disposition ce vaccin pour les "professionnels des secteurs de la santé et du médico-social de 18 à 64 ans", ce qui correspond à la catégorie à laquelle appartient Olivier Véran, neurologue de profession. Les autres produits sont toujours réservés aux plus anciens et au personnel soignant de plus de 40 ans. 

Une méthode qui interroge

Enfin, c'est parfois la méthode de piqûre qui provoque le doute des internautes. S'il y a bien eu des ratés en début de campagne, notamment à cause de certaines consignes erronées dispensées par le ministère de la Santé, ils sont réglés depuis plusieurs semaines. Certains continuent à trouver à redire. Une internaute remarque par exemple que la professionnelle qui administre le vaccin "ne portait pas de gants", signe qu'elle ne serait pas une vraie soignante. Cette protection n'est pourtant pas recommandée dans le guide du ministère à destination des soignants. Le port systématique des gants est prévu uniquement si le professionnel "présente des lésions cutanées aux mains". En revanche, il est précisé par exemple qu'il doit porter un masque à usage médical.

"Elle est où la petite pichenette pour vérifier qu'il n'y a pas d'air ?" s'interroge une autre personne. Encore une preuve de la méconnaissance des pratiques. Ce geste n'est réalisé qu'au moment de la préparation des seringues. Or, comme nous l'expliquions plus haut, cette étape est réalisée bien avant le moment de l'injection.

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Si l'on veut vérifier factuellement le travail réalisé par cette soignante, on peut se référer à la fiche technique du ministère pour le vaccin d'AstraZeneca. Il faut commencer évidemment par "effectuer une hygiène des mains" avant de "désinfecter la région" qui sera vaccinée avec une compresse. Reste ensuite à "tendre la peau", "enfoncer l'aiguille d'un mouvement sûr et rapide perpendiculairement au plan cutané" et enfin "injecter la dose". Des instructions suivies à la lettre dans le cas de l'injection reçue par Olivier Véran. Sur la totalité des dizaines de commentaires que nous avons parcourus, aucun d'entre eux n'arrive à réellement discréditer la méthode utilisée par la soignante. Et aucun n'apporte la preuve de ce qu'il avance. Les anti-vaccins préférant aux faits les insinuations trompeuses. 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr

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