Couvre-feu sanitaire : ce que nous apprend l'exemple guyanais

Couvre-feu sanitaire : ce que nous apprend l'exemple guyanais
Santé

ZOOM - Depuis sept mois maintenant, la Guyane vit au rythme du couvre-feu. Pour les autorités sanitaires, ce dispositif a été crucial pour y enrayer la propagation du virus. Que disent précisément les chiffres ?

Depuis mai, c'est tout un département, la Guyane, qui expérimente, selon des modalités variables, le couvre-feu dont Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mise en place dans plusieurs grandes métropoles françaises, dont Paris et sa région. Le président de la République a d'ailleurs cité lors de son allocution télévisée le territoire ultramarin comme "exemple", à l'instar du président du Sénat Gérard Larcher estimant un peu plus tôt dans la journée que ce dernier "doit nous amener à réfléchir". L'occasion de s'attarder plus en détail sur le dispositif mis en place en Guyane, un temps très strict, qui a beaucoup varié dans l'espace et le temps, jusqu'à être progressivement assoupli avec le ralentissement de l'épidémie.

La directrice générale de l'ARS Guyane, Clara de Bort, estime avoir suffisamment de recul pour confirmer que "cela a été très efficace". Et de détailler auprès de France Info : "On s’attendait à avoir fin juin 70 patients atteints du Covid-19 en réanimation (...). Du fait du couvre-feu, nous avons bénéficié d’une réduction de moitié du pic d’hospitalisations en réanimation. Le couvre-feu a réduit immédiatement d’un tiers la circulation du virus et ça a eu un effet immédiat."

L'efficacité de la mesure sur le territoire ultramarin a d'ailleurs de nouveau été citée en exemple par Olivier Véran ce jeudi, ce dernier évoquant néanmoins "des particularités très fortes là-bas compte-tenu du faible nombre du lit de réanimation, de la difficulté de pouvoir compter sur les zones frontalières pour pouvoir faire des évacuations sanitaires". Et d'ajouter : "le climat n'est pas le même, les horaires d'évolution des gens ne sont pas les mêmes, c'est vrai que là-bas l'horaire d'application du couvre-feu a pu évoluer avec le temps mais on a noté vraiment une cassure dans la courbe épidémique et qui s’est maintenue dans la durée".

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Une baisse de transmission observée

Une étude s'appuyant sur les données de l’Institut Pasteur, du CNRS et de l’Inserm, publiée le 12 octobre, et repérée par le HuffPost, donne une idée encore plus précise des effets de la mesure sur la propagation de l'épidémie en Guyane.

Les chercheurs se sont penchés sur le "taux de reproduction de base” du virus, le fameux R0 (nombre de personnes contaminées par une personne malade), qui autour du 20 mai, avant le durcissement du couvre-feu, avait bondi de 1,35 à 1,78.

Alors que les autorités sanitaires redoutaient un pic des hospitalisations en juillet, ce dernier n'a pas eu lieu et au 15 juin, le R0 était retombé à 1,14. Selon les auteurs, cette baisse "suggère que les mesures strictes de couvre-feu ont réussi à réduire la transmission", permettant ainsi d’éviter une trop forte pression sur les structures de soin. Mais il demeure difficile de déterminer avec certitude et précision dans quelle proportion la diminution observée est imputable au couvre-feu. Pour rappel, en plus de cette mesure, la Guyane a également fermé les frontières avec ses voisins, le Suriname et le Brésil. 

Depuis, l’expérience continue de porter ses fruits à travers une amélioration qui se confirme. Selon un dernier bilan de l'ARS Guyane, 10 cas positifs sur 212 tests réalisés ont été recensés le 14 octobre dernier sur le territoire guyanais qui compte près de 300.000 habitants. "Les chiffres diminuent, mais il ne faut pas lâcher!", prévient toutefois Marie-Laure Phinéra-Horth la maire de Cayenne et présidente de la CACL (Communauté d'agglomération centre littoral).

De nombreuses variations dans l'espace et le temps

Pour rappel, le couvre-feu avait été instauré dès le 24 mars dernier à Cayenne, avant d'être étendu à d'autres villes et durci en juin (interdiction de sortir de 17h à 5h du matin), puis assoupli compte tenu de l'amélioration de la situation sanitaire. Depuis fin septembre, l'interdiction de déplacement dans ce département français d'Amérique du Sud s'étend 7 jours sur 7 de minuit à 5 heures du matin. Seize des 22 communes du département sont toujours concernées par ces restrictions nocturnes. Et le préfet Marc Del Grande a affirmé sur Guyane la 1ère qu'elles restaient indispensables et qu'il ne comptait pas les lever pour l'instant.

Devancé de facto par la maire de Cayenne, ce dernier avait décidé pour la première fois le 11 mai, dès la sortie du confinement, un couvre-feu de 23 heures à 5 heures.  

Contestée par la Ligue des Droits de l'Homme qui y voyait notamment une atteinte à la liberté d'aller et venir, la mesure avait ensuite été en partie annulée par le tribunal administratif de Cayenne le 27 mai pour 12 des 22 communes du département. La justice estimait alors que "aucun élément produit devant le juge des référés ne justifiait de la nécessité d’appliquer une telle mesure [à ces communes]". La Guyane ne comptait alors qu'un décès lié au coronavirus et 328 cas confirmés.

A partir de juin, le représentant de l'État a publié des dizaines d'arrêtés successifs, modifiant les horaires des couvre-feux et ajoutant des communes à la liste en fonction de l'évolution de l'épidémie. Au cours de ces semaines, le couvre-feu a débuté à 19 heures, puis 17 heures, avec interdiction de circuler le samedi après-midi et le dimanche. L'épidémie s'était alors aggravée avec 16 décès et 4.268 cas au 1er juillet. En août, la préfecture a divisé le département en quatre zones avec des horaires différents.

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"Il n'y a pas de penser que ces mesures ne soient pas efficaces" ailleurs, a estimé par ailleurs ce jeudi Olivier Véran, "compte-tenu du fait qu'elles l'ont été dans certains villes ou certains pays qui ont pu le mettre en place sous des modalités différentes mais quand même assez similaires". Et d'évoquer pour conclure, l'exemple de la capitale espagnole. "Je pense notamment à Madrid où on a observé dans les quartiers qui ont mis en place un couvre une feu en quelques semaines une cassure de la courbe épidémique et une protection des hôpitaux".

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