Des gorilles infectés au zoo : faut-il s'inquiéter du Covid-19 chez les animaux ?

Des gorilles infectés au zoo : faut-il s'inquiéter du Covid-19 chez les animaux ?

LE VIRUS ENTRE AU ZOO - Plusieurs gorilles du zoo d'Atlanta se sont révélés positifs au coronavirus, probablement contaminés par un gardien. En marge de la pandémie mondiale, au moins sept espèces animales ont été infectées naturellement. Les animaux sont-ils en danger à notre contact ?

Le zoo d'Atlanta vient d'annoncer que plusieurs de ses quelque vingt gorilles des Plaines de l'Ouest avaient été contaminés par le SARS-CoV-2. Les soigneurs les avaient vus tousser et présenter certains symptômes, entraînant un dépistage général. Les animaux présentant des risques de complications ont tous été soignés, et si les plus âgés restent sous surveillance, aucun ne semble en danger immédiat. Les responsables du zoo se disent très inquiets du mode de contamination, estimant avoir pourtant mis en place des "protocoles de sécurité extrêmement rigoureux". Le zoo d'Atlanta a l'intention de vacciner les gorilles dès qu'ils seront rétablis. 

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En début d'année, c'est dans un zoo de San Diego que les premiers cas avaient été signalés chez des gorilles, tandis qu'un tigre avait été testé positif en 2020 dans un établissement du Bronx. Pour Gilles Salvat, directeur de la santé animale et du bien-être des animaux à l'ANSES, contacté par LCI, "c'est très vraisemblablement par les gardiens qu'ils sont contaminés. Ils peuvent être en contact étroit avec ces animaux", explique-t-il, "lorsqu'ils sont nourris ou soignés". Le zoo d'Atlanta, s'il n'a pas encore reconstitué le processus de contamination, estime aussi qu'il est probablement dû à un soignant asymptomatique, pourtant vacciné et portant une combinaison de protection. Alexis Lécu  directeur scientifique du Parc zoologique de Paris, n'est pas surpris par le fait que la majorité des cas soient relevés aux Etats-Unis : "Culturellement, il y a plus de proximité entre les soigneurs et les animaux qu'en Europe", explique-t-il.

En revanche, les responsables d'Atlanta ne s'inquiètent pas d'une contamination inverse, des gorilles vers les soignants ou le public : "Il n'y a actuellement aucune donnée suggérant que les animaux des zoos peuvent transmettre le virus aux humains", a ainsi précisé l'établissement à l'AFP. Pour Gilles Salvat, il s'agit en effet de "culs-de-sacs épidémiologiques" : "L'animal est sensible à la maladie",  précise-t-il "mais il y a peu de chances qu'il la transmette aux autres animaux", et pour contaminer l'homme en retour, il faudrait des contacts qui n'existent pas dans la configuration d'un zoo. 

Les cas de contamination relevés chez des chats ou des chiens, de la même façon, ont toujours eu pour cause la transmission par un propriétaire ou un proche infecté. Pour le scientifique, elles démontrent d'une certaine façon que le risque est faible : "Parmi les centaines de millions de personnes contaminées dans le monde, les propriétaires d'animaux sont innombrables". Et on ne connaît d'ailleurs aucun cas d'humain contaminé par son animal domestique. Depuis mars 2020, l'ANSES recommande justement aux propriétaires d'animaux domestiques de ne les approcher que masqués, avant tout pour mieux les protéger.

Plus inquiétants : les élevages de visons

Mais, si jusqu'ici les animaux sont plus mis en danger par nous que l'inverse, cela n'empêche pas de s'en inquiéter. Inversement aux contaminations dans les zoos ou chez les propriétaires particuliers, celles que l'on a enregistrées dans des élevages de visons ont effrayé les autorités sanitaires. Quelques milliers de ces animaux ont été abattus en France, des millions dans les élevages danois. 

Gilles Salvat nous explique pourquoi la configuration des élevages de visons est beaucoup plus sensible que celle des zoos : "Le vison a des récepteurs qui servent de porte d'entrée au virus, proches de ceux de l'homme, mais légèrement différents. Du coup il va sélectionner des souches, et générer des 'variants-vison', dont on ne sait pas ce qu'ils pourraient donner en passant à l'homme, en termes de résistance au vaccin par exemple"

Pour l'expert scientifique, "c'est aussi parce que sont des animaux d'élevage : la concentration d'animaux sensibles dans un même lieu donne plus d'occasions au virus de se multiplier, et donc de muter. Un furet domestique contaminé va être passagèrement malade et guérir, et il ne se passera rien d'autre. Mais dans un élevage de 10.000 individus, comme au Danemark, ils vont créer un aérosol, et éventuellement contaminer des humains avec un variant inconnu. Avec les gorilles, on serait plus inquiets si on avait des élevages de 10.000 individus, il pourrait y avoir un risque de mutation à considérer."

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Le milieu est donc un facteur crucial pour évaluer le risque épidémiologique que représente telle ou telle population animale. Ainsi, sans attendre qu'une épizootie ne se déclenche à bas bruit, l'institut Pasteur surveille de près les populations animales, comme les souris et les rats, avec qui nous entretenons une proximité qui pourrait s'avérer dangereuse. "Jusqu'ici on n'a rien trouvé, ce virus n'est pour l'instant pas adapté aux rongeurs européens", rassure Alexis Lécu, qui a participé aux travaux de Pasteur. "On se demandait si ça ne circulait pas chez certaines espèces sans qu'on s'en aperçoive. Maintenant on sait, il n'y a ni transmission, ni excrétion silencieuses, ce qui nous rassure beaucoup". Le directeur scientifique pointe un autre élément qui pourrait éloigner le risque d'inter-contaminations homme-animal : "Le bon sens épidémiologique ne va pas dans ce sens-là. Plus ce virus, pour survivre, va s'adapter à l'hôte humain, moins il risquera d'infecter des espèces plus éloignées. Mais on continuera à surveiller, de toute façon".

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