Des stocks d'ivermectine saisis par l'ARS en Martinique ? Une rumeur rapidement démentie

Dans les Antilles, la campagne de vaccination pâtit notamment des multiples fake news propagées autour de l'épidémie.

FAKE NEWS - Souvent virales et parfois relayées par des élus locaux, les rumeurs liées au Covid se multiplient dans les Antilles. Dernier exemple en date en Martinique : des stocks d'ivermectine qui auraient été confisqués par l'ARS. Une totale invention.

Depuis le début de la crise sanitaire, certains argumentaires reviennent très régulièrement dans les discours des opposants au gouvernement. Parmi eux, le fait que les traitements contre le Covid auraient été laissés de côté, voire bloqués, afin de faire une unique promotion de vaccins. Ces messages sont parfois repris par des médecins, qui font la promotion de médicaments censés prévenir les cas graves chez les patients.

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Si l'hydroxychloroquine a fait parler d'elle, malgré une absence de résultats probants dans les essais cliniques randomisés, c'est aujourd'hui l'ivermectine qui se voit présentée comme un traitement efficace par certains. En Martinique, des messages ont circulé largement ces derniers jours assurant que les stocks de ce médicament auraient été saisis par l'ARS. Une décision qui aurait été prise "pour empêcher les médecins de prescrire", assure une internaute dans une note audio relayée sur WhatsApp. Cette dernière ajoute que l'ivermectine "réquisitionnée" serait "stockées au niveau -1 du CHU de Fort-de-France. Des accusations aussi surprenantes qu'infondées.

De stricts démentis, mais une vraie pénurie

L'ARS a-t-elle pris une telle décision au cours des dernières semaines ? Contactée par LCI, elle apporte un démenti formel, ajoutant qu'elle n'a aucunement les moyens ou les responsabilités pour diligenter une quelconque saisie. "Quand bien même nous souhaiterions réquisitionner l'ivermectine, nous ne disposons pas ce pouvoir", nous confie-t-on sans détours. Le CHU de Fort-de-France, qui stockerait les médicaments confisqués, n'a quant à lui pas commenté. Balayant ces rumeurs, il renvoie vers l'ARS, en charge de coordonner la politique sanitaire à l'échelle de la Martinique.

La préfecture, contactée par l'AFP, a elle aussi pris soin de dénoncer ce qu'elle qualifie de "fake news", notant que "le préfet et le directeur général de l'ARS" avaient à plusieurs reprises balayé ces rumeurs. Pour en comprendre l'origine, des pistes d'explications sont possibles : notamment le fait que l'ivermectine, vantée par une minorité de médecins, ferait aujourd'hui l'objet d'une recrudescence de prescriptions. 

Contacté par LCI, le président de l’ordre des pharmaciens de l'île confirme qu'il  y a eu "une vraie rupture d'environ deux semaines", suite "à des prescriptions un peu anarchiques d'un certain nombre de médecins". Une situation qui a évolué puisque depuis une quinzaine de jours, les stocks ont été reconstitués. Claude Marie-Joseph note que "la seule entité qui pourrait interdire l'ivermectine est la DGS", mais qu'elle "n'a pris aucune décision en ce sens". Il confirme ainsi que l'ARS ne dispose absolument pas d'un tel pouvoir.

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Le pharmacien confie observer des ordonnances qui le font bondir de sa chaise. "Ici, l'ivermective est prescrite hors des autorisations de mise sur le marché, sur plusieurs jours et avec des dosages comparables à ceux donnés à des animaux. Normalement, le dosage est de 18mg au maximum, mais j'ai observé des prescriptions à 100mg... C'est ce qu'on donne pour des moutons ! C'est notre rôle en tant que pharmaciens de refuser ces prescriptions si nous estimons que cela met en danger les patients." Et d'expliquer qu'il va faire parvenir à ses confrères un courrier expliquant qu'ils engageraient leur coresponsabilité en cas de problèmes rencontrés par les patients.

Au total, estime le président de l'Ordre martiniquais des pharmaciens, une vingtaine de médecins réaliseraient aujourd'hui des prescriptions d'ivermectine, et ce malgré l'absence de résultats significatifs sur la maladie lors des essais cliniques réalisés dans le monde. Une situation qui peine Claude Marie-Joseph, surtout lorsqu'il observe les réticences de la population vis-à-vis du vaccin. "Les gens recommencent à vouloir se faire vacciner", souligne-t-il. "Mais surtout car on enterre actuellement des familles entières. Des grands-parents... Ça nous rappelle des scènes vues au Brésil. Un des clients a perdu 14 personnes en 15 jours parmi ses proches, famille et amis. On parle ici d'une hécatombe."

Sollicité, le cabinet du ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu reconnaît que les fake news autour de l'épidémie font du tort dans les Antilles. Et souligne qu'au-delà des réseaux sociaux où se propagent de fausses informations, il est aujourd'hui difficile de porter certains messages auprès des populations en raison des prises de positions de personnalités publiques. Des élus ont notamment affiché à plusieurs reprises leur scepticisme quant au bénéfice de la vaccination, tandis que d'autres relaient des rumeurs infondées. Député (PC) de la Martinique, Jean-Philippe Nilor a notamment évoqué les pénuries d'ivermectine, tout en réaffirmant son opposition à une "vaccination forcée".

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Covid-19 : la Martinique contrainte à une médecine de "catastrophe"

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