Des vaccins efficaces "contre tous les variants" : sur quelles données s'appuie l’OMS ?

Des vaccins efficaces "contre tous les variants" : sur quelles données s'appuie l’OMS ?

DONNÉES - L'Organisation mondiale de la santé a assuré jeudi que les vaccins actuellement disponibles et approuvés fonctionnent jusqu'à présent contre tous les variants préoccupants du Covid-19. On fait le point sur les dernières études disponibles.

Leur efficacité reste réelle. Depuis le lancement fin 2020 de la vaccination contre le Covid-19 dans la plupart des régions du monde concomitant à l'émergence d'une première mutation du virus jugée inquiétante, le débat n'a eu de cesse d'être alimenté sur le risque posé par les variants du coronavirus. De fait, on compte aujourd'hui presque autant de sérums sur le marché que de nouvelles souches préoccupantes du Sars-CoV-2 : de quoi donner matière à régulièrement réévaluer la question.

Toute l'info sur

Covid-19 : le défi de la vaccination

Mais l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pourrait bien, ce jeudi, avoir clos le débat. Au moins pour un temps. "Tous les variants du virus du Covid-19 qui sont apparus jusqu'à présent répondent aux vaccins disponibles et approuvés", a ainsi souligné Hans Kluge, le directeur de l'OMS Europe, au cours d'une conférence de presse en ligne. Reste à savoir si les dernières études publiées corroborent cette affirmation, le sujet ayant donné lieu à des avis on ne peut plus contrastés ces derniers mois.

Un dose suffit à augmenter sensiblement les anticorps

Parmi les nombreuses études lancées sur la question, l'une menée par le CHU de Strasbourg a justement été prépubliée sur le site medrxiv.org ce jeudi, bien qu'elle n'ait pas encore été relayée dans une revue scientifique. Elle souligne que la vaccination, même à dose unique, "renforce la protection contre les variants en augmentant de manière significative" les quantités d'anticorps. 

"Quand ces personnes ont reçu une dose de vaccination, de n’importe quel vaccin (AstraZeneca, Pfizer ou Moderna), cela a augmenté la quantité d’anticorps dans le sang de manière très importante, permettant de neutraliser les trois formes du virus ", détaille la professeure Samira Fafi-Kremer qui a piloté l'étude, pour nos confrères de Strasbourg Actu. "C’est une très bonne nouvelle, car cela signifie que, même s’il y a l’émergence d’un variant qui échappe à la réponse immunitaire, le fait d’avoir une vaccination permet de rebooster cette dernière, qui devient efficace même contre les variants."

"Nous prévoyons de prolonger l'étude pour continuer le suivi à 18 mois et 24 mois pour mieux évaluer la dynamique des anticorps sur le long terme", poursuit-elle, l'étude strasbourgeoise ayant pour l'heure suivi pendant plus d'un an 1309 personnes, dont 393 avaient déjà contracté le Covid-19.

"Nos résultats nous donnent confiance"

Quelques jours plus tôt, des travaux préliminaires menés par des scientifiques américains s'étaient eux aussi voulus rassurants, notamment concernant le variant indien, classé cette semaine par l'OMS comme "préoccupant", rejoignant dans cette catégorie les variants britannique, sud-africain et brésilien. "Nous avons conclu que les anticorps produits par les vaccins sont un peu affaiblis contre ces variants, mais pas assez pour nous laisser penser que cela aura un grand effet sur la protection conférée par les vaccins", a commenté Nathaniel "Ned" Landau, auteur principal de ces recherches rendues publiques lundi. 

Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques ont prélevé du sang de personnes ayant été vaccinées avec l'un ou l'autre de ces vaccins, les deux principaux utilisés aux États-Unis (environ 150 millions d'Américains les ont reçus). Ils ont ensuite exposé ces échantillons à un virus synthétique présentant les mutations particulières des variants B.1.617 et B.1.618, tous deux identifiés pour la première fois en Inde. Ce mélange a ensuite été mis en contact avec des cellules de laboratoire, afin d'observer combien seraient infectées. 

En vidéo

Variant indien : faut-il s'inquiéter ?

En moyenne, pour le variant B.1.617, les chercheurs ont observé une réduction par quatre de la quantité d'anticorps neutralisants ; ces protéines en forme de Y, générées par le système immunitaire pour bloquer l'entrée des cellules au virus. Pour le variant B.1.618, la réduction était par trois. "En d'autres termes, certains anticorps ne fonctionnent plus contre les variants, mais vous en avez encore beaucoup qui marchent", résume M. Landau. "Il y en a assez qui font le travail pour que nous pensions que les vaccins resteront hautement" efficaces, a-t-il ajouté. "Nos résultats nous donnent confiance dans le fait que des vaccins actuels conféreront une protection contre les variants identifiés jusqu'ici", conclut ainsi l'étude.

Quid d'AstraZeneca face au variant sud-africain ?

Conduites en laboratoire par la NYU Grossman School of Medicine et le NYU Langone Center, ces expérimentations en laboratoire devront toutefois elles aussi être confirmées par des études dans le monde réel et être validées par des pairs avant d'être publiées dans une revue scientifique. Et les chercheurs n'excluent pas que de futurs variants plus résistants émergent à l'avenir.

"Jusqu'à présent, dans l'ensemble, nous sommes plutôt convaincus que les vaccins seront efficaces contre ce variant" indien, a aussi déclaré cette semaine Marco Cavaleri, responsable de la stratégie vaccinale de l'Agence européenne des médicaments (EMA). "Il n'y a à ce stade aucune preuve que ce variant échappe à la protection offerte par la vaccination. Les taux de neutralisation sont un peu plus bas que pour le variant britannique, mais ils sont meilleurs que pour les variants sud-africains ou brésiliens", résume de son côté le Pr François Balloux, spécialiste de la génomique des virus, auprès de L'Express

Lire aussi

Quant à l'efficacité du vaccin d'AstraZeneca sur le variant B.1.351, identifié pour la première fois en Afrique du Sud, l'OMS estime qu'il réduit les formes graves de Covid-19. Pour rappel, en février, l'Afrique du Sud a suspendu le déploiement du vaccin d'AstraZeneca après qu'une étude a montré que le vaccin mis au point par le laboratoire suédo-britannique pourrait être inefficace contre les formes légères et modérées du variant en question. 

"Bien qu'une confirmation dans des études de plus grande envergure soit nécessaire", l'AstraZeneca réduira toujours le nombre des hospitalisations et les morts liées au variant sud-africain, a déclaré jeudi l'OMS dans un courriel envoyé à l'AFP.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : "Les enfants sont désormais le principal moteur de la reprise épidémique"

Télétravail, vaccination des enfants... Ce qui pourrait être annoncé à l'issue du Conseil de défense lundi

Présidentielle 2022 : un premier meeting "à risque" pour Eric Zemmour

Covid-19 : les Français réticents à utiliser le vaccin Moderna, dont on aura pourtant besoin pour la 3e dose

VIDÉO - Indonésie : l'éruption du volcan Semeru fait au moins 13 morts, des milliers d'habitants ont fui Java

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.