Si ce n'est pas la circulation du virus, qu'est-ce qui coince pour la réouverture des stations de ski ?

Si ce n'est pas la circulation du virus, qu'est-ce qui coince pour la réouverture des stations de ski ?

SPORTS D'HIVER - Le gouvernement s'est donné un délai d'une dizaine de jours avant de se prononcer sur la réouverture ou non des stations de ski pour les vacances de Noël. Pourquoi la décision prend du temps à venir ? Explications.

350 stations de ski concernées, 10 milliards de retombées économiques, 120.000 emplois saisonniers. C'est dire si l'enjeu d'un feu vert pour débuter la saison des sports d'hiver est crucial pour le secteur de l'or blanc qui réalise 13,5% de sa fréquentation lors de l'avant-saison et 13% environ à Noël. Il va pourtant falloir encore patienter avant d'être fixé a prévenu Matignon ce lundi, une décision étant attendue "dans les dix prochains jours". 

Si l'attente devient insoutenable pour les professionnels de la montagne qui se tiennent prêts à accueillir les vacanciers, les potentiels clients aussi s'impatientent. D'aucuns n'hésitent pas à pointer d'ailleurs ce qu'ils perçoivent comme un paradoxe : en quoi un séjour au grand air aurait-il plus d'impact pour la circulation du virus que le brassage de population inhérent aux grandes villes ? L'occasion de faire le point sur le point noir qui entoure cette éventuelle réouverture. 

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Les accidents de ski en question

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, ce sont bien les chutes de ski que redoutent les autorités. Car, dans le contexte sanitaire que l'on connait, l'afflux de touristes en altitude leur fait craindre que les hôpitaux déjà engorgés par les malades du Covid-19 ne puissent pas accueillir les accidentés des sports d'hiver. Et pour cause, la situation sanitaire est particulièrement tendue dans la région alpine : la Haute-Savoie présente encore le taux d'incidence le plus élevé de France (485,4/100.000 hab) juste devant la Savoie voisine (385,9/100.000) et l'Isère (365,2/100.000). 

"Quand on voit les indicateurs sanitaires (...) notamment en Auvergne-Rhône-Alpes, où on a beaucoup de stations de sports d’hiver, c’est une des régions qui a la plus forte saturation", déclarait il y a quelques jours  la ministre du Travail Élisabeth Borne sur BFMTV. Et de poursuivre : "faire arriver, dans ce contexte, beaucoup de touristes [avec le risque] de se casser la jambe et de devoir aller à l'hôpital, au moment où les capacités hospitalières sont saturées, c’est vrai que ça semble difficile".

Or, la question des traumatologies inhérentes aux sports d'hiver est loin d'être anecdotique. En 2019, l’Association des médecins de montagne (AMM), qui regroupe 300 généralistes répartis sur tout le domaine skiable français, soit environ 250 stations, a recensé pas moins de 143.112 blessés en 2019, soit une hausse de 6,3 % par rapport à 2018 et de 4,6 % par rapport à 2010, le nombre de victimes le plus élevé de ces dix dernières années. Certaines blessures sont typiques telles que l'entorse du genou, les lésions de l'épaule, du bassin et du thorax mais aussi les fractures du poignet en passant par la rupture des ligaments croisés et les traumatismes crâniens, heureusement plus rares. 

Une ouverture espérée "mais pas au détriment de la santé publique"

Dans ce contexte, Matignon a indiqué les critères sanitaires seront donc "essentiels" pour un feu vert à un début de la saison touristique en décembre, mais aussi la coordination avec les "pays voisins". Une "coordination européenne est menée à l'initiative de la France", a-t-on indiqué à Matignon. Pour l'heure, certains pays comme l'Italie et l'Allemagne penchent pour garder les stations fermées, tandis que d'autres comme l'Autriche hésitent. Pour Hervé Gaymard, le président du conseil départemental de Savoie qui représente "45% du ski français", "l'important est que quand les stations ouvriront, tout aura été anticipé". 

En cas de réouverture des stations, un protocole sanitaire est peaufiné depuis des semaines sous l'égide du préfet de la Savoie. "On souhaite ardemment une ouverture mais pas au détriment de la santé publique", a déclaré à l'AFP Jean-Luc Boch, président de l'Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM). "Il nous semble raisonnable de laisser place à la santé pour avoir une réponse ferme entre le 5 et le 8 décembre", a renchéri de son côté Alexandre Maulin, président de Domaines skiables de France (DSF). Les professionnels ont assuré que "tout sera fait pour mettre en place des dispositifs de tests, les gestes barrières, pour que la saison démarre comme les années dernières", a rapporté Raymond Mudry, vice-président du conseil départemental de Haute-Savoie.

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En attendant de savoir s'il sera possible de dévaler les pistes dès la mi-décembre, le gouvernement a invité les professionnels du secteur à recruter leurs saisonniers qui attendent toujours de savoir s'ils seront embauchés. La ministre du Travail a assuré que les exploitants pourront mettre en place une activité partielle.

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