Est-il vrai qu'on ne s'est jamais débarrassé d'une maladie infectieuse avec un vaccin ?

Est-il vrai qu'on ne s'est jamais débarrassé d'une maladie infectieuse avec un vaccin ?

STRATÉGIE - Le professeur Éric Caumes a tenu à rappeler que la vaccination n'était pas la solution miracle puisqu'on ne s'est "débarrassé d'aucune maladie infectieuse avec un vaccin, sauf de la variole". Cette affirmation est véridique, mais pas si décourageante.

Sept Français sur dix ont reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19. Et pourtant, la "vie d'avant" peine à reprendre. Certains voyages sont toujours interdits, le masque est encore obligatoire dans certains lieux et le virus apparu à Wuhan persiste dans tous les esprits. Comme l'a résumé Éric Caumes ce lundi 6 septembre, il apparaît que le vaccin "n'est pas magique". Interrogé sur Europe 1, le chef du service des maladies infectieuses de la Pitié-Salpêtrière a dessiné son scénario pour l'avenir, considérant qu'il faudra "vivre avec le virus". "On ne s'est débarrassé d'aucune maladie infectieuse avec un vaccin, sauf de la variole", a-t-il lancé en guise d'argument. Qu'en est-il réellement ? 

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Pour commencer, il faut savoir ce que l'on entend par "se débarrasser". Pour parler du recul d'une maladie, trois termes distincts existent. On parle d'éradication, d'élimination ou d'endiguement. La première formulation est réservée aux maladies complètement disparues de la planète. L'élimination ne concerne quant à elle que la disparition à l'échelle d'un continent ou d'un pays. Enfin, l'endiguement, ou le contrôle, représente la réduction de l'incidence et de la prévalence d'une maladie et de la morbidité ou de la mortalité qui en résulte.

Une maladie éradiquée, plusieurs éliminées

Or,  à ce jour, une seule maladie est déclarée éradiquée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Il s'agit de la variole, disparue officiellement depuis mai 1980 grâce à la vaccination. Cette rare certification repose sur la suppression prouvée de toute possibilité de transmission, l'absence de cas pendant trois ans et la mise en place d'un système de surveillance. S'il s'agit d'un cas unique dans l'Histoire, l'Europe s'est cependant bien "débarrassée" de plusieurs autres maladies infectieuses, également en voie d'éradication. La poliomyélite - couramment appelée "polio" - et la rougeole. Pour ces maladies aussi, "l'arme absolue est la vaccination", comme l'écrivait en avril 2001 le professeur Pierre Bégué dans un bulletin de l'Académie Nationale de Médecine. 

La première maladie citée a été éliminée de plusieurs régions, dont l'Europe en 1999, mais aussi des Amériques, du Pacifique-Ouest et de l'Afrique plus récemment, grâce à l'immunité induite par le vaccin. L'OMS a ainsi déclaré en août 2020 l'élimination de ce virus sur le continent africain, se félicitant qu'elle soit "l'une des plus grandes réalisations de santé publique de notre temps". La rougeole a quant à elle été éliminée de plusieurs pays, comme la Finlande ou les États-Unis.

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Cependant, aucune de ces deux maladies n'est reconnue comme "éradiquée", car certains foyers persistent. Et ce, non pas à cause du vaccin, au contraire. Car au-delà d'avoir un produit "très efficace" – soit à plus de 90% - il faut également une couverture vaccinale mondiale presque totale, soit "au moins 95%", comme nous le précise Jean-Claude Manuguerra. "Il faut donc un vaccin sûr, efficace, mais aussi peu coûteux, facile à administrer et à acheminer", résume le virologue responsable de la cellule d'intervention biologique d'urgence à l'Institut Pasteur. 

Or c'est justement l’absence de cette précieuse couverture vaccinale qui empêche certaines maladies d'être complètement rayées de la carte. Alors que la "polio" "est sur le point de disparaître" pour reprendre les mots de Jean-Claude Manuguerra, "des poches persistent dans certains pays où il est difficile de vacciner", comme au Pakistan et en Afghanistan. Quant à la rougeole, sa survie est plutôt liée au refus de certaines populations à se faire immuniser. "On pourrait avoir éliminé la rougeole en Europe, mais nous ne sommes pas assez vaccinés", regrette ainsi notre interlocuteur. D'ailleurs, en juillet dernier, le conseiller anti-Covid de la Maison Blanche, Anthony Fauci, avait noté que l'éradication de maladies comme la variole "aurait été impossible avec la désinformation sur les vaccins qui se répand actuellement aux États-Unis".

Chaque vaccination a un but différent

Si "la vaccination pourrait permettre d'éradiquer certaines maladies infectieuses" dans l'avenir, d'autres ne sont tout simplement "pas éligibles" à une telle disparition. "La vaccination fait partie de trois critères essentiels à l'éradication d'une maladie", explique ainsi le virologue. Il faut également que la maladie ne possède pas de réservoir animal - au risque de réintroduire la maladie chez l'humain depuis l'animal -  et qu'elle soit stable génétiquement. Des critères que peu de maladies infectieuses rassemblent. "Après le succès obtenu pour la variole, peu de maladies sont candidates à l'éradication", comme le confirmait en 2001 Pierre Bégué.

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Alors, que faire ? Si éradiquer les maladies infectieuses est "un des vieux rêves de l'humanité", dans ces cas de figure, c'est le contrôle de la maladie qui devient la priorité. "L'objectif est alors de diminuer l'impact sur la santé de la population", résume Jean-Claude Manuguerra, citant en exemple le cas de la fièvre jaune et de la grippe. "Ici, le but n'est plus d'éliminer un virus, puisqu'on ne peut pas, mais de  protéger les plus vulnérables, de sorte que le virus ne soit plus un problème de santé publique". 

C'est donc bel et bien grâce aux vaccins que certaines maladies infectieuses sont devenues rares et qu'une autre a complètement disparu. Ce qui n'en fait pas la solution miracle contre tous les virus. Et quid du Covid-19 ? Comme nous l'écrivions ici, la prestigieuse revue Nature a interrogé des chercheurs sur l'avenir de la maladie. Parmi eux, 89% pensaient que le virus allait devenir endémique, qu'il finirait par s'installer et revenir de manière cyclique. Le vaccin permettrait alors, non pas de le faire disparaître, mais de le rendre inoffensif. Dans ce cas-là "on ne se 'débarrasse' pas du virus, mais on s'en moque", conclut Jean-Claude Manuguerra.

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