Faible taux de vaccination des soignants : d'où vient leur malaise ?

Faible taux de vaccination des soignants : d'où vient leur malaise ?

TÉMOIGNAGES - Le Premier ministre et le ministre de la Santé ont appelé solennellement jeudi les personnels de santé à se faire vacciner contre le Covid-19, n'excluant pas d'en faire une obligation. Mais d'où vient la défiance des intéressés ?

À ce jour, environ 40% des personnels des Ehpad et 30% des soignants, en ville et à l'hôpital, sont vaccinés contre le Covid-19. Si les soignants, pourtant prioritaires pour la vaccination, ne se pressent pas pour en bénéficier d'après ces premières estimations et les remontées de terrain, peu nombreux semblent ceux qui revendiquent publiquement leur réticence. Moins rares en revanche sont les collègues et les proches qui constatent au quotidien que ça coince bel et bien. Ces derniers s'en font l'écho sur les réseaux sociaux ou dans les médias.

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Covid-19 : le défi de la vaccination

"Je suis professionnel de santé - infirmier - en santé publique Grand Paris et vacciné contre le Covid-19 depuis presque deux mois. Le constat est que les réticences sont réelles parmi mes collègues", peut-on par exemple lire sur Twitter. Même constat pour Amélie, 26 ans, infirmière à l'hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis) qui a choisi, elle aussi, de se faire vacciner. Pour cette dernière, cette résistance des soignants a une connotation plus personnelle. "Mon conjoint est infirmier en réanimation, et on n'a pas le même point de vue sur la question", explique-t-elle, soulignant toutefois qu'il a récemment "un peu changé d'avis".

"Ça ne règle donc pas tous les problèmes"

"Il faut dire qu'à la base, il n'est pas très 'médicaments', il est plutôt le genre à prendre de l'homéopathie quand il a la grippe", précise-t-elle. "Donc le vaccin, ça ne le branchait pas forcément plus que ça." À ses yeux, le contexte de cette campagne atypique a également joué un rôle. "Ce vaccin a été mis au point super rapidement alors que ça met normalement des années. Cela fait se poser des questions, encore plus que pour un autre vaccin, sur l'efficacité, mais aussi les risques", concède-t-elle. L'autre argument qui revient, poursuit-elle, a trait à la dimension altruiste de la vaccination. "Le vaccin n'est pas efficace à 100% et n'empêche pas, a priori, d'être vecteur du virus et de le transmettre quand même, des soignants vers les patients", se fait-elle l'écho, ajoutant que du point de vue des plus réticents le vaccin "ne règle donc pas tous les problèmes". Enfin, est venue s'ajouter plus récemment une autre crainte chez les soignants les plus jeunes. "On est nombreux à avoir eu des effets indésirables avec l'AstraZeneca, moi la première", souligne-t-elle, reconnaissant qu'il y a mieux pour "motiver" ceux qui sont déjà hésitants.

Si les réserves de son compagnon à l'égard de la vaccination restent d'actualité, ce dernier pourrait pourtant accepter de recevoir les fameuses injections. "On aime voyager et comme beaucoup d'autres personnes, on a envie de pouvoir de nouveau voyager dans un futur proche", explique-t-elle, bien consciente que l'argument qui a fait pencher la balance est purement d'ordre personnel. C'est paradoxalement souvent le cas, estime la jeune femme qui a d'autres exemples autour d'elle, dont celui d'une collègue, elle aussi réticente à se faire vacciner jusque-là mais qui va finalement s'y résoudre pour pouvoir retrouver son conjoint, qui n'est pas Français, à l'étranger. 

"Il faut vraiment être au contact, discuter avec eux"

Quid de la dimension altruiste de la vaccination justement ? "On a eu des clusters récemment, on sait que ça peut être à cause du personnel", reconnaît la jeune femme, qui estime toutefois que les infirmiers sont trop souvent montrés du doigt. "C'est délicat à entendre, surtout de la part de médecins ou de chefs de service qui sont moins sensibilisés niveau hygiène à travers leur formation et qui souvent en font beaucoup moins que nous de ce côté-là", estime-t-elle. Et d'ajouter : "on a toujours l'impression de bien se protéger et du coup de bien protéger nos patients"

S'agissant d'un éventuel sursaut de la vaccination chez les professionnels de santé, Amélie pense que s'il a lieu, les différents appels du gouvernement n'y seront pas forcément pour grand-chose. "Le message d'Olivier Véran, qui est lui-même soignant, est un peu différent", nuance-t-elle. En revanche, elle déplore que la médecine du travail ne sensibilise pas davantage, à travers des échanges dans les services notamment, comme cela est généralement le cas pour la grippe. "Si les médecins sont généralement assez sensibles à la vaccination, ce n'est pas le cas pour une majorité de personnels paramédicaux", résume-t-elle.

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C'est aussi l'avis du professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses de l'Hôpital Henri-Mondor à Créteil et expert vaccins à la HAS. "Les médecins sont ceux qui ont plus facilement accès à l'ensemble des données scientifiques, donc ils sont plus facilement aptes à peser le pour et le contre", résumait-il lundi sur LCI.  "Les personnels de santé n'ont pas forcément tous accès à ces données, ils ont peur d'éventuels effets indésirables. Il faut vraiment être au contact, discuter avec eux", a-t-il insisté, précisant qu'il connait "des gens qui refusent de se faire vacciner", à qui il explique "l'intérêt de le faire à la fois pour soi-même et les autres". Et de conclure: "quand on se connait, la discussion est plus productive".

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