Covid-19 : faut-il privilégier les vaccins à ARNm ?

Doses de vaccin Pfizer-BioNtech

LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM – Le généticien Axel Kahn soutient que parmi les différents vaccins disponibles, ceux à ARN messager - ou ARNm -présentent des avantages majeurs. Au point de les ériger en "standards" ? LCI fait le point.

Ancien chercheur en génétique, aujourd'hui président de la Ligue nationale contre le cancer, Axel Kahn suit avec attention la crise sanitaire actuelle et la campagne de vaccination. Via son compte Twitter, il a récemment pris position en faveur des vaccins dits à ARN messager (ARNm), tels que ceux développés par Pfizer/BioNTech ou Moderna. 

"Je mets les pieds dans le plat. Les vaccins ARN sont plus protecteurs contre les souches E484K, ils ont 5 à 10 fois moins d'effets secondaires sévères, ils sont mieux tolérés", a-t-il lancé le 11 avril dernier. "Dès que cela sera possible, il serait bon de les instituer en vaccins standards. Je me répète, j'assume." Une déclaration largement relayée, alors même que le vaccin AstraZeneca (qui n'est pas un vaccin à ARNm) se trouve largement décrié.

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Dans le cadre de son partenariat avec l'Inserm, LCI a souhaité revenir sur ces déclarations en sollicitant Palma Rocchi, directrice de recherche au Centre de recherche en cancérologie de Marseille. Elle y dirige un groupe qui travaille sur les nanomédicaments à base d'acides nucléiques dans la lutte contre le cancer de la prostate. Des travaux qui l'amènent également à se pencher sur l’utilisation de ces nanomédicaments ciblant l'ARNm pour d'autres pathologies.

Des résultats probants

Les vaccins à ARNm ont été pour la première fois utilisés dans le cadre de l'épidémie de SARS-CoV-2. Leur développement a été "accéléré grâce au Covid et aux progrès de la recherche", note Palma Rocchi. Elle souligne entre autres les découvertes de la biochimiste d'origine hongroise Katalin Kariko, pressentie pour le prochain Prix Nobel de chimie. 

Si les recherches sur les vaccins à ARNm étaient menées depuis le début des années 1990, elles se heurtaient à différents problèmes. Parmi eux, ceux liés à la stabilité de l’ARN et à sa capacité intrinsèque à stimuler le système immunitaire, ce qui peut entraîner d’importantes réactions inflammatoires. Des obstacles levés au fil du temps par les chercheurs, jusqu'à aboutir aux vaccins aujourd'hui distribués.

Palma Rocchi rejoint globalement Axel Kahn, notamment en ce qui concerne l'efficacité de ces vaccins ARNm. "Ils se sont avérés plus efficaces" que les autres, glisse-t-elle, notamment contre la mutation E484K. Celle-ci est "retrouvée au niveau des variants britanniques, sud-africain, ainsi qu'au niveau du brésilien". Si des études présentent des résultats parfois contradictoires, les autres vaccins ne semblent pas aussi polyvalents. La Haute autorité de santé (HAS) estime par exemple que le vaccin AstraZeneca présente une "efficacité réduite" contre le variant sud-africain.

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Pour la directrice de recherche, les vaccins ARNm doivent aussi être jugés au regard de leur relative facilité de production. "Il suffit de produire de manière assez automatique la séquence du code génétique de la protéine S", rapporte-t-elle. De quoi les rendre "plus simples à produire qu'un antigène ou un virus inactivé". Conséquence directe : l'adaptation de ces vaccins au variants s'avère plus aisée : "Il suffit de prendre le code génétique du nouveau variant et de le retranscrire."

Il serait logique de les privilégier

Sur la question des effets secondaires, Palma Rocchi juge également les vaccins ARNm convaincants. "Ils en présentent moins que les vaccins que l'on pourrait qualifier de plus traditionnels", note la spécialiste, un constat qui fait écho aux observations de pharmacovigilance et dont LCI se faisait récemment le relais. "Si j'ai le choix, je choisis le vaccin pour lequel il y a le moins d'effets secondaires décrits", indique avec pragmatisme la directrice de recherches, "surtout si les vaccins à ARNm se révèlent plus efficaces contre la majorité des variants". 

Faut-il, dès lors, privilégier totalement les vaccins tels que celui de Pfizer/BioNTech ou de Moderna ? Sans doute est-il trop tôt pour le dire. "Je pense qu'il nous faudra encore un peu de recul pour en décider", tempère Palma Rocchi. "À court ou moyen terme, ils sont plus prometteurs, mais nous devons nous montrer prudents, afin notamment de disposer de plus de données relatives à la durée de la protection et aux potentiels effets secondaires à long terme."

Quoi qu'il en soit, les vaccins ARNm présentent de multiples avantages. Et les éléments qui pourraient jouer en leur défaveur paraissent assez négligeables à ce jour à l'experte de l'Inserm. La conservation à des températures très basses ? "Rien d'insurmontable, il s'agit simplement de s'équiper de congélateurs adaptés. De plus, d'autres vaccins à ARN messager peuvent être conservés à plus haute température, mais par manque de temps, Pfizer a privilégié une approche qu'on pourrait qualifier de plus conservatrice." 

Leur prix ? "Ce n'est pas un argument limitant absolu notamment pour les pays industrialisés", puisque "si un vaccin traditionnel se vend aux alentours de 10 euros (2,8 euros pour AstraZeneca), ceux ARNm tournent autour des 30 euros pour les deux doses". Rien de prohibitif à ses yeux, "surtout quand on compare ce coût à celui des traitements antiviraux par exemple, bien plus élevés".

"L'ère de l'ARN messager"

En résumé, la chercheuse estime que la crise du Covid-19 nous a véritablement fait rentrer dans "l'ère de l'ARN messager". Pour autant, "en ce qui concerne la vaccination, il ne faut pas forcément s'attendre à des niveaux aussi élevés d'efficacité contre des virus différents". Chaque virus ayant ses spécificités, rien ne garantit que de telles réussites puissent être aisément déclinées. 

Pour lutter contre le SARS-CoV-2, les spécialistes vantent les mérites des vaccins à ARNm et il ne leur semble pas incohérent au regard de données disponibles de vouloir les privilégier. Si les autres vaccins se montrent globalement efficaces et sûrs, il n'est pas à exclure qu'ils soient relégués à l'avenir au second plan dans la stratégie de lutte contre le virus, a fortiori si les approvisionnements en vaccins ARNm se multiplient. 

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3D - Comment l'ARNm pourrait soigner le cancer et bien d'autres maladies

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