Face aux déprogrammations massives, le défi du suivi à distance des malades du cancer

Philippe LOPEZ / AFP

INTERVIEW - Toujours sous pression face à l’afflux de malades du Covid-19, les hôpitaux de PACA accueillent moins de patients atteints de cancers, sous traitement ou en proie à des complications, qu'il y a quelques semaines. Pour certains, la télé-consultation à domicile s'avère salutaire.

De toutes les disciplines concernées par les déprogrammations demandées pour faire de la place aux patients Covid, la cancérologie, au même titre que la pédiatrie et les greffes, n'est pas la plus touchée. Cela ne signifie pas pour autant que les malades du cancer sont épargnés par la pression qui pèse chaque jour un peu plus sur les services de réanimation et les hôpitaux.

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La France face à une 3e vague d'ampleur

En témoigne, en région PACA, l'exemple de l'Institut de cancérologie Sainte Catherine à Avignon qui accompagne 3000 patients sous traitements, particulièrement exposés au risque de développer une forme grave du Covid-19. À LCI, son directeur  Roland Sicard explique être contraint de suivre des patients à distance, à défaut de pouvoir les diriger dans les établissements voisins, également, surchargés. 

"Des arbitrages en commission d'hospitalisation difficiles chaque matin"

Quelle est la situation dans votre établissement face à cette troisième vague et plus généralement celle des patients atteints de cancer ? 

Depuis le début de ce mois d'avril, les structures publiques et privées de la région sont saturées, et ce syndrome de saturation concerne aussi bien les services de réanimation que, par débordement, le nombre de lits en hospitalisation conventionnelle. Or, la problématique nous concernant, c'est que certains de nos patients qui suivent des traitements ont besoin de venir souvent faire ou d'accéder à des diagnostics, voire d'être hospitalisés du fait de complications : neutropénie, infection, faiblesse... Mais cette option qui était possible avant le Covid n'est plus vraiment envisageable ou très difficile. On se retrouve en fait face au même phénomène que durant la première vague. 

Aujourd'hui, pour vous donner un ordre d'idée, pour une douzaine de sorties par jour, on a à peu près 18 demandes d'entrées, donc on aurait besoin d'un dépassement par rapport à notre capacité journalière de l'ordre de 5 à 6 patients par jour. Il n'est même pas possible de les diriger dans les établissements voisins, qui sont aussi surchargés. Dans ce contexte, les discussions en commission d'hospitalisation, chaque matin pour déterminer lequel de ces patients est le plus à même d'être suivi à distance, sont difficiles à arbitrer. Concrètement, il s'agit d'annoncer à ces personnes et à leur famille qu'on ne peut pas les admettre, mais qu'on met tout en place pour rester en télé suivi  avec eux et l'on voit bien que c'est ce qu'ils attendent de nous : qu'on leur propose des outils alternatifs pour être rassurés et sécurisés.

"Toute une organisation pour maintenir un patient à domicile"

En quoi consiste le télé suivi d'un patient atteint de cancer qui aurait normalement besoin d'être hospitalisé ? 

Le maintien du patient à domicile passe par toute une organisation qui nécessite de pouvoir rester connecté presque 24h/24 au patient avec une orientation dans le cas où il décompenserait par exemple. On peut dire que cette crise et notamment la première vague, nous aura vraiment appris à développer ces outils de télémédecine auxquels on n'avait très peu, voire pas du tout recours avant. Ils permettent un lien continu avec les patients : télé suivi, télé monitoring... Le but étant d'éviter autant que possible au patient de se déplacer en lui assurant la bonne ressource chez lui, notamment une infirmière libérale pour mieux monitorer ou l'appui d'un pharmacien de ville, autant d'acteurs de proximité avec lesquels on a appris à travailler davantage en équipe. Et sur qui on a vraiment apprécié pouvoir compter.

À tel point qu'ici, on ne peut plus dire qu'on pratique ce suivi à distance à petite échelle puisqu'on a pris la décision de mettre en route un véritable plateau technique avec le recrutement d'un pôle d'infirmiers, de pharmaciens pour prendre en compte et gérer les alertes des patients maintenus à domicile. Il s'agit presque d'une unité de service hors les murs qui est véritablement connectée à tous.

Quel enseignement tirer de ce passage forcé au suivi à distance de certains patients ? 

Je pense que cette expérience a montré, premièrement, qu'on manque cruellement de lits de réanimation en France et j'espère qu'on en tirera les enseignements. Quand les hôpitaux sont débordés, on anticipe moins les complications de certains patients et durant la première vague, on a vécu ces complications à domicile avec des retards de prises en charge. 

Mais un axe d'espoir dans la prise en charge se dégage aussi de tout cela. On ne faisait pas du tout de télémédecine avant et le patient qui allait mal ne pouvait que téléphoner. En gros, il était un peu déconnecté quand il quittait nos murs. Aujourd'hui, on s'aperçoit que le maintien à domicile et le suivi à distance permettent même d'anticiper à l'avance certaines complications et l'hospitalisation du patient pour qu'il ne se trouve pas dans le stade le plus critique de l'urgence. 

Il faudrait donc que les hôpitaux soient désormais capables de rester connectés aux patients qu'on ne peut pas admettre en hospitalisation pour apprendre à les sécuriser à distance. D'ailleurs, cette problématique a beaucoup d'autres champs d'application que la cancérologie, comme la gériatrie notamment afin de mieux suivre les personnes âgées à domicile.

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